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Deux millions de litres de lait jetés à la poubelle

Des vaches dans un étable

Des centaines de milliers de litres de lait sont transformés chaque jour à l'usine d'Agropur à Granby.

Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Rousseau

Deux millions de litres de lait ont dû être jetés depuis le déclenchement d'une grève générale illimitée mercredi dans une usine d'Agropur à Granby. Le conflit de travail force les fermes laitières à sacrifier leur production à coup de milliers de litres par jour.

Vendredi passé, on a dû jeter 4200 litres de lait à la poubelle. C’est vraiment le fruit de nos efforts qui est jeté, ça fait mal au cœur de voir ça, dit, désolé, Raphael Spani, copropriétaire d'une ferme laitière familiale.

En temps normal, un camion vient récupérer le lait produit par ses bêtes pour le transporter à la fromagerie Agropur de la rue Omer-Deslauriers, à Granby, où il est transformé avant d'être mis en vente.

Avec la grève, le producteur ne sait plus où se tourner.

Trouver des alternatives, c'est difficile. Je crois que les autres usines sont accotées pas mal, alors c'est dur d'en accepter à un volume supplémentaire, ajoute-t-il, en référence aux autres usines de transformation qui fonctionnent déjà à capacité maximale.

Il est dans son étable.

Raphael Spani est un producteur laitier de troisième génération.

Photo : Radio-Canada / Danielle Kadjo

L'usine de Granby transforme 800 000 litres de lait par jour, soit 10 % de toute la production au Québec.

Lorsqu'une grève est déclenchée dans une usine importante comme celle de Granby, il faut trouver d'autres preneurs, confirme Yannick Grégoire, directeur adjoint aux communications de la Fédération des producteurs de lait du Québec.

Cela demande d'approcher des usines pour voir si elles peuvent transformer un volume supplémentaire, quitte à rechercher des acheteurs à l'extérieur du Québec. Les producteurs peuvent ensuite tenter d'écouler leur produit auprès des banques alimentaires et, au besoin, utiliser ce qui reste pour nourrir leurs animaux.

C'est après tous ces efforts-là, lorsqu'il ne reste plus aucune option, que malheureusement le lait doit être jeté, explique M. Grégoire.

Ce dernier tente tout de même de relativiser le chiffre de deux millions de litres de lait gaspillé, notant que 70 millions de litres sont produits chaque semaine au Québec.

Du lait remplit une trayeuse.

Une vache dans une étable

Photo : Radio-Canada / Danielle Kadjo

Il n'en reste pas moins que c'est trop, lance-t-il, soulignant que les litres de lait non vendus sont synonymes de pertes de revenus pour les producteurs.

Il demande ainsi au syndicat et à l'employeur de sortir des sentiers battus pour aider des producteurs qui sont pris entre l'arbre et l'écorce.

« Les producteurs se retrouvent à devoir supporter le poids de ce conflit de travail, alors qu'au final ils ne sont pas assis à la table pour négocier les conditions de travail de cette usine-là. On demande aux parties prenantes d’être créatives, de prendre une quantité minimale de lait pour éviter le gaspillage qu'on voit en ce moment. »

— Une citation de  Yannick Grégoire, directeur adjoint aux communications de la FPLQ.

On ne va pas en grève pour le fun

S'il se désole du gaspillage de lait entraîné par la grève, le conseiller syndical Bernard Cournoyer insiste pour dire que les travailleurs vont rester en grève tant que l'employeur persistera dans ses demandes.

On ne va pas en grève de même pour le fun. Si on sort en grève, c’est qu’il y a des enjeux importants qui visent directement les familles des grévistes.

La convention collective des 250 travailleurs de l'usine Agropur de Granby est échue depuis près d'un an. C'est principalement la question des horaires qui achoppe avec l'employeur.

Des manifestants brandissent des pancartes.

Les 250 employés de l'usine d'Agropur à Granby ont voté à l'unanimité pour une grève générale illimitée.

Photo : Radio-Canada / Danielle Kadjo

Pour le président du syndicat, Daniel Chaput, le maintien des horaires en vigueur depuis les années 1980 est essentiel à la qualité de vie des employés de l'usine.

Les horaires de travail qu'on a en ce moment couvrent tous les jours de la semaine, 365 jours par année. On garantit une production et une qualité tous les jours, mais on n'est pas prêts à changer un horaire qui fait la satisfaction de tous les membres.

Mylène Dupéré, vice-présidente communications corporatives pour Agropur, n'a pas voulu commenter l'état des pourparlers avec le syndicat. Elle indique toutefois que la coopérative laitière, dont les membres sont des producteurs laitiers, faisait tout en son possible pour en arriver à un règlement rapide.

Entre-temps, la coopérative dit travailler en étroite collaboration avec les producteurs du Québec pour limiter le gaspillage alimentaire.

On essaie le plus possible de répartir le lait dans nos autres usines, mais vous comprendrez que la capacité de transformation est limitée.

Il n'y a aucune motivation à changer les choses

Aussi choquant puisse-t-il paraître, le gaspillage de lait causé par la grève à Granby n'est pas un phénomène isolé.

Selon l'expert en agroalimentaire Sylvain Charlebois, de 100 à 300 millions de litres de lait sont jetés au Canada chaque année, que ce soit en raison d'une grève ou d'autres facteurs. Même si le Canada fait tout ce qu'il faut pour éviter que ce genre de situation ne se produise.

Il accorde une entrevue de façon virtuelle à Radio-Canada.

Sylvain Charlebois

Photo : Radio-Canada

L'expert cite notamment l'existence de technologies comme l'upérisation à haute température (UHT) qui permettent de conserver le lait pendant plusieurs mois.

Il note également que des réserves stratégiques existent pour d'autres produits laitiers comme le beurre et le fromage en cas d'imprévus.

Or, il estime que le système de gestion de l'offre des produits laitiers n'incite pas à changer les choses, puisque les producteurs savent très bien qu'ils seront un jour indemnisés.

Au Canada, contrairement à d'autres pays, le lait est presque un bien public [...] On subventionne une partie de la production, donc le lait est payé par les Canadiens.

Ce qui fait dire à l'expert que le Canada devrait modifier le système de gestion de l'offre de manière à rendre illégal l'acte de gaspiller du lait à la ferme.

D'autant plus que ce gaspillage survient au moment où le panier d'épicerie coûte plus cher pour les consommateurs.

Les prix des produits laitiers augmentent de 10 à 15 % actuellement. La section laitière est un gros problème pour plusieurs personnes qui ont un budget extrêmement serré.

Et ce sont ces payeurs de taxes qui paient pour le lait qui est jeté dans les égouts.

Avec les informations de Danielle Kadjo.

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