•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les séries audio, menace ou occasion pour le cinéma?

Deux hommes, avec des casques d'écoute, écoutent un balado.

La popularité des balados de fiction a augmenté durant la pandémie, selon des spécialistes.

Photo : Site web : Paris Podcast Festival

Agence France-Presse

Les séries audio menacent-elles le septième art? Longtemps considéré comme le parent pauvre du cinéma, le son s'affranchit désormais de l'image, porté par un marché du balado et du livre audio en pleine croissance.

La salle est rectangulaire, plongée dans le noir et entièrement insonorisée. En son centre, deux personnes se font face devant un micro. Entre elles, lové dans un fauteuil, un troisième homme les interrompt : On la refait, moins lu cette fois. Et... action!

Bienvenue à une session d'enregistrement de la fiction audio Batman Autopsie, à laquelle l'Agence France-Presse (AFP) a assisté. Diffusée sur Spotify au printemps dans neuf pays, cette grande production a fait le pari osé de transposer l'univers cinématographique du superhéros dans celui du son.

Du l'immense succès de Calls en France à L'employé (sur Spotify) ou Mon prince à la mer (sur Arte), les séries audio ne sont pas une nouveauté. Néanmoins, depuis quelques mois, leur production s'est accélérée et professionnalisée. Qu'on pense aux contes pour enfants, aux suspenses ou aux comédies, il y a de quoi satisfaire tout type de public.

L'explosion des écoutes des contenus audio était déjà largement enclenchée, mais elle a été accélérée par le confinement, avait déclaré en février à l'AFP – au moment de la présentation à la presse de Styx, nouvelle création audio – Ainara Ipas, patronne d'Audible France, propriété du géant Amazon.

« Je pense que, plus que jamais, on avait besoin et on continue à avoir besoin de ces bulles, de cet espace intime qui nous permet de nous évader. »

— Une citation de  Ainara Ipas, patronne d'Audible France
Une chanteuse sur scène, dans une lumière rosée.

Audible a organisé une soirée de lancement pour sa série de fiction originale «The Big Lie» au festival Tribeca, à New York, en 2022.

Photo : Getty Images / Bryan Bedder

Offre complémentaire

Alors que les salles de cinéma n'ont toujours pas renoué avec leurs statistiques de fréquentation pré-COVID-19, ces séries audio menacent-elles le septième art?

On est dans une pratique complémentaire. Écouter une série audio n'empêche pas d'aller au cinéma, estime la productrice Léa Marchetti, en entrevue avec l'AFP. Celle qui baigne depuis des années dans cet univers a coréalisé, avec Charles de Cillia, Bonne nuit ma douce, fiction audio épurée sortie le 23 juin.

Même son de cloche pour l'étoile montante du cinéma français Dali Benssalah, qui a prêté sa voix à Batman et a également participé à la fiction Styx : C'est une nouvelle plateforme; c'est une nouvelle façon de divertir les gens et de raconter de belles histoires, lui aussi interrogé par l'AFP.

Une femme de dos se promène dans la rue avec un casque d'écoute sur la tête.

De nombreuses pièces de théâtre ont également été captées en format balado durant la pandémie.

Photo : afp via getty images / GIUSEPPE CACACE

Le son sans l'image

Depuis l'apparition du cinéma, le son a toujours été pensé comme le complément indispensable à l'image, explique à l'AFP Daniel Deshays, un des grands spécialistes du son en France.

Aujourd'hui, les séries audio sont parvenues à une minirévolution : le son se consomme seul.

Le son renvoie chaque personne à sa mémoire personnelle, ce que ne fait pas l'image, souligne Daniel Deshays.

« On a découvert une conscience de l'écoute, moment avec soi face à la surcharge sonore du monde. Le son nous extrait de ça et nous renvoie dans un autre univers. »

— Une citation de  Daniel Deshays, spécialiste du son

On est sur des usages connectés très simples d'accès, sur son téléphone et la tablette, et on va répondre à des attentes, notamment à des personnes qui se sont éloignées de la lecture, physique ou numérique, qui sont un peu rebutées par la lecture, analyse pour sa part Ainara Ipas.

Une salle de cinéma vide.

Cet été, le public peut retrouver les salles de cinéma sans soucis liés aux restrictions sanitaires.

Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard

Reste que pour l'historien du cinéma et professeur à l'Université Lyon 2 Martin Barnier, rien ne remplacera l'expérience du cinéma.

Regarder Batman sur écran géant avec un son qui fait vibrer la salle, c'est une expérience unique. Même si vous avez un super casque d'écoute chez vous, ça ne sera jamais au niveau d'une salle de cinéma. Ces sensations sont indépassables.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !