•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Peter Brook, légende du théâtre, est décédé

Portrait de Peter Brook.

Peter Brook avait réinventé l'art de la scène en dépassant les formes traditionnelles et en revenant aux fondamentaux : un acteur face à son public.

Photo : Getty Images / AFP / Lionel Bonaventure

Agence France-Presse

Le Britannique Peter Brook, légende du théâtre et un des metteurs en scène les plus importants, est décédé samedi à l'âge de 97 ans, a appris dimanche l'AFP auprès de son entourage, confirmant une information du Monde.

Peter Brook était avec Constantin Stanislavski le metteur en scène le plus influent du XXe siècle et à qui l'on doit le théâtre tel qu'on le connaît aujourd'hui.

Le maître aux yeux bleus d'acier, né au Royaume-Uni dont il avait la nationalité bien qu'il ait mené une grande partie de sa carrière en France, a en effet réinventé l'art de la scène en dépassant les formes traditionnelles et en revenant aux fondamentaux : un acteur face à son public.

Souvent comparé à Stanislavski (1863-1938) qui avait révolutionné le jeu d'acteur, Peter Brook est le théoricien de l'espace vide, une sorte de bible pour le monde du théâtre, parue pour la première fois en 1968.

« Je peux prendre n'importe quel espace vide et l'appeler une scène. Quelqu'un traverse cet espace vide pendant que quelqu'un d'autre l'observe, et c'est suffisant pour que l'acte théâtral soit amorcé. »

— Une citation de  Peter Brook, metteur en scène

Sa pièce la plus connue est Le Mahabharata, épopée de neuf heures de la mythologie hindoue (1985), adaptée au cinéma en 1989.

Il l'a créée en France, où il s'est installé dès le début des années 1970 et où il fonde le Centre international de recherche théâtrale, dans un théâtre à l'italienne sur le point d'être démoli, le Théâtre des Bouffes du Nord.

Passion pour l'expérimentation

Portrait de Peter Brook.

Peter Brook.

Photo : Getty Images

Né à Londres le 21 mars 1925, ce fils d'immigrés lituaniens juifs signe sa première mise en scène à 17 ans.

S'il rêve de cinéma, il se dirige rapidement vers le théâtre.

À 20 ans, diplômé d'Oxford, il est déjà metteur en scène professionnel et, deux ans plus tard, ses productions à Stratford-upon-Avon, ville natale de Shakespeare, déchaînent les passions. À 30 ans, il dirige déjà de gros succès à Broadway.

Pour la Royal Shakespeare Company (RSC), il met en scène de nombreux textes du Barde, qui est pour lui le filtre par lequel passe l'expérience de la vie.

Son Marat/Sade fascine Londres et New York, et lui vaut un Tony Award en 1966.

Mais à la fin des années 1960, après 40 succès théâtraux dans lesquels il a dirigé les plus grands, de Laurence Olivier à Orson Welles, Brook affirme avoir épuisé les possibilités du théâtre conventionnel et entre dans une période expérimentale.

Pour beaucoup, sa surprenante production de Songe d'une nuit d'été (1970) pour la RSC dans un gymnase en forme de cube blanc a été un tournant.

Elle pousse l'actrice Helen Mirren à abandonner ses débuts de carrière grand public pour rejoindre sa compagnie naissante à Paris où, dès le départ, il aspire à travailler avec des acteurs de différentes cultures.

En quête incessante d'authenticité, il part en Afrique, en Iran ou aux États-Unis, et y mène des travaux expérimentaux axés sur le déconditionnement de l'acteur et le rapport au spectateur.

Il rapporte de ses voyages des spectacles d'anthologie tels que Les Iks (1975), La Conférence des oiseaux (1979) ou Le Mahabharata.

Au fil de ses créations (Timon d'Athènes (1974), Mesure pour Mesure (1978), La Cerisaie (1981), La Tempête (1990), L'Homme qui (1993), Hamlet (2000) ou 11 and 12 (2009)), il se forge un style de plus en plus pur et dépouillé.

En 1997, lorsqu'il triomphe au Royaume-Uni avec Oh les beaux jours de Samuel Beckett, les critiques le saluent comme le meilleur metteur en scène que Londres n'a pas.

Après une aventure de plus de 35 ans aux Bouffes du Nord, Peter Brook quitte la direction du théâtre en 2010, à 85 ans, tout en continuant d'y monter des mises en scène.

Peter Brook salue une foule.

Peter Brook, vu ici à l'occasion d'un gala à Oviedo, en Espagne, en 2019.

Photo : Getty Images / Juan Manuel Serrano Arce

« Toute ma vie, la seule chose qui a compté, et c'est pour cela que je travaille dans le théâtre, c'est ce qui vit directement dans le présent. »

— Une citation de  Peter Brook, metteur en scène

Le charismatique metteur en scène a été ébranlé en 2015 par le décès de son épouse, la comédienne Natasha Parry. Il confie : On tente de négocier avec le destin en lui disant : "Ramenez-la juste pour 30 secondes"...

Outre des pièces de théâtre, il a mis en scène plusieurs opéras comme La Flûte enchantée et réalisé une douzaine de films dont Moderato Cantabile (1960) et Sa majesté des mouches (1963), tous deux adaptés de romans.

Outre sa fidèle collaboratrice Marie-Hélène Estienne, il laisse derrière lui deux enfants : le réalisateur Simon Brook et la metteuse en scène de théâtre Irina Brook.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !