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Une manifestation à Queen’s Park pour dénoncer les violences interreligieuses en Inde

Quelques dizaines de personnes avec des pancartes et des drapeaux de l'Inde et du Canada.

Des manifestants se sont rassemblés à Queen's Park pour attirer l'attention sur les tensions religieuses et manifestations de violence qui ont lieu en Inde.

Photo : Radio-Canada

Marwa Siam-Abdou

Des membres de la communauté indienne de Toronto se sont rassemblés samedi à Queen's Park pour dénoncer le traitement des minorités dans leur pays d'origine, en particulier des musulmans. Les propos tenus par une membre du parti au pouvoir en Inde ont mené à une recrudescence des tensions religieuses dernièrement.

« Nous exprimons notre peur et condamnons ce qui se passe actuellement en Inde. Le gouvernement canadien a plusieurs échanges avec l'Inde, nous voulons qu’il dénonce ces violations des droits de la personne. »

— Une citation de  Mohammed Shafi, activiste et manifestant

En mai dernier lors d'un débat télévisé, Nupur Sharma, ex-porte-parole du BJP (Bharatiya Janata Party), le parti nationaliste hindou du premier ministre Narendra Modi, a tenu des propos sur le prophète Mahomet jugés haineux par la communauté musulmane.

La personnalité politique a été suspendue par son parti, mais l'incident a suscité des manifestations en Inde et à l'échelle mondiale et a mené à de violents affrontements.

Cette semaine, des centaines de policiers ont été déployés et Internet mobile coupé dans une ville de l'ouest de l'Inde, après le meurtre présumé d'un tailleur hindou par deux musulmans, dont une vidéo a été diffusée en ligne.

Selon la presse locale, la victime avait partagé sur les réseaux sociaux une publication soutenant les récentes déclarations de Nupur Sharma.

Les deux accusés du meurtre ont été arrêtés et nous nous assurerons d’avoir une punition sévère et une justice rapide, a déclaré le premier ministre du Rajasthan, Ashok Gehlot. Le BJP de Modi a appelé au calme.

Sentiment de persécution

Mohammed Shafi, activiste et participant à la manifestation de Toronto, soutient que le gouvernement indien crée un climat de peur et de menace. Les propos haineux du gouvernement BJP provoquent des attaques contre les personnes portant des symboles religieux, la population indienne musulmane vit dans la crainte, affirme-t-il.

Des manifestants au centre-ville de Toronto

Les manifestants se sont rassemblés à Queen's Park samedi.

Photo : Radio-Canada

Christophe Jaffrelot est chercheur à Sciences Po Paris et au CNRS, et auteur de l'ouvrage L'Inde de Modi : national-populisme et démocratie ethnique. Il rappelle que ces tensions communautaires ne sont pas nouvelles, mais l'arrivée au pouvoir du premier ministre Narendra Modi il y a huit ans a marqué un certain tournant.

Depuis 2014, il ne se passe guère de mois sans qu'il y ait un mouvement, une mobilisation, une émeute. Et ceci paraît d'ailleurs très bien coordonné. On a une succession de campagnes dont les musulmans sont les cibles.

On a quand même basculé dans un univers où les musulmans considèrent qu'ils sont devenus des citoyens de seconde zone, qu'ils sont exclus de la plupart des institutions. Il n'y a pratiquement plus de membres de la communauté musulmane dans les gouvernements indiens, cite-t-il en exemple.

Narendra Modi soulève les bras en s'adressant à la foule.

Narendra Modi et le BJP sont arrivés au pouvoir en 2014.

Photo : Getty Images / Atul Loke

Naila Saeed, membre du Conseil canadien des musulmans indiens, craint que le principe de sécularisme en Inde soit ainsi menacé. Nous devons protéger notre constitution, déclare-t-elle.

Constitutionnellement, l'Inde est non pas laïque, mais sécularisée, ce qui veut dire qu'elle ne sépare pas les Églises, les Églises et l'État, mais reconnaît toutes les Églises sur un pied d'égalité. Et en pratique, on voit que c'est autre chose qui se passe, observe M. Jaffrelot.

La manifestation à Queen's Park a été organisée par le Conseil canadien des musulmans indiens. Les participants souhaitent attirer l'attention de la communauté internationale sur ces réalités.

Avec les informations de l'AFP, Reuters et Camille Gris-Roy

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