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Kiev dénonce la « terreur russe » après les frappes dans la région d’Odessa

Les séparatistes appuyés par l'armée russe soutiennent par ailleurs avoir « totalement » encerclé Lyssytchansk, ce que nie l'armée ukrainienne.

Une femme pleure.

Une femme pleure devant son immeuble détruit par des bombardements russes à Sievierodonetsk, dans la région de Louhansk.

Photo : Reuters / ALEXANDER ERMOCHENKO

Agence France-Presse

L'Ukraine a dénoncé une « terreur russe délibérée » et renouvelé ses appels pour obtenir des systèmes antimissiles occidentaux après des frappes meurtrières dans la région d'Odessa, au moment où les forces de Kiev affrontent une situation « extrêmement difficile » à Lyssytchansk, ville clé dans la bataille du Donbass.

Selon les autorités militaires et civiles ukrainiennes, 21 personnes au moins, dont un garçon de 12 ans, ont été tuées vendredi avant l'aube par trois missiles russes ayant détruit un grand immeuble et un complexe touristique à Serguiïvka, localité sur le littoral de la mer Noire, à environ 80 km d'Odessa, dans le sud de l'Ukraine.

« Il s'agit d'une terreur russe délibérée et non de quelques erreurs ou d'une frappe de missile accidentelle. »

— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président ukrainien

Les autorités locales assurent qu'il n'y avait pas la moindre cible militaire à l'endroit des frappes.

En réponse aux accusations ukrainiennes, le Kremlin a assuré que les forces armées de Russie n'opèrent pas sur des cibles civiles en Ukraine, réaction qualifiée d'inhumaine et cynique par Berlin.

Selon Kiev, les frappes sur Serguiïvka ont fait 38 blessés, parmi lesquels cinq enfants, dont deux dans un état grave.

Un bâtiment détruit.

Un bâtiment résidentiel détruit par un tir de missile russe dans la région d'Odessa

Photo : Reuters

J'appelle nos partenaires à fournir à l'Ukraine des systèmes de défense antimissiles aussitôt que possible. Aidez-nous à sauver des vies, a plaidé une nouvelle fois sur Twitter le ministre des Affaires étrangères Dmytro Kouleba, qualifiant la Russie d'État terroriste.

Selon l'armée ukrainienne, les armes utilisées contre Serguiïvka sont des missiles de croisières soviétiques datant de la guerre froide et conçus pour frapper un groupe aéronaval, du même type que ceux ayant frappé lundi en pleine journée un centre commercial à Krementchouk (centre de l'Ukraine, à 200 km du front) et ayant fait au moins 19 morts selon le dernier bilan encore provisoire des secours.

Lyssytchansk encerclée?

M. Zelensky a reconnu que la situation demeurait extrêmement difficile à Lyssytchansk, ville industrielle du Donbass, où se concentrent la majeure partie des combats.

Les séparatistes soutenus par l'armée russe ont pour leur part affirmé samedi avoir totalement encerclé Lyssytchansk. La milice populaire de Lougansk [l'armée séparatiste] et les forces armées russes ont occupé les dernières hauteurs stratégiques, ce qui nous permet d'affirmer que la localité de Lyssytchansk est totalement encerclée, a indiqué un représentant séparatiste, Andreï Marotchko, cité par l'agence de presse russe TASS.

Mais l'armée ukrainienne a assuré le contraire. Les combats font rage autour de Lyssytchansk. Heureusement, la ville n'est pas encerclée et elle est sous contrôle de l'armée ukrainienne, a déclaré à la télévision ukrainienne Rouslan Mouzytchouk, porte-parole de la Garde nationale de l'Ukraine.

Lyssytchansk est la dernière grande ville de la région de Louhansk contrôlée par l'armée ukrainienne. Elle est jumelle de celle de Sievierodonetsk, conquise la semaine dernière par Moscou après le retrait des forces ukrainiennes à l'issue d'une bataille de plusieurs semaines. Les deux villes sont séparées par la rivière Donets.

La prise de Lyssytchansk permettrait à l'armée russe d'avancer ensuite vers Sloviansk et Kramatorsk, deux autres grandes villes de la région industrielle du Donbass, que Moscou cherche à conquérir.

Un bâtiment détruit après avoir été touché par un tir de missile près d'Odessa.

Un procureur chargé des crimes de guerre, un sauveteur et un civil observent un bâtiment détruit après avoir été touché par un tir de missile près d'Odessa.

Photo : Getty Images / OLEKSANDR GIMANOV

À une soixantaine de kilomètres plus à l'ouest, à Sloviansk, ville du Donbass non loin de celles d'Izioum et de Lyman déjà aux mains des forces russes, un tir de roquettes a touché des maisons habitées vendredi soir, provoquant la mort d'une femme qui était dans son jardin et blessant son mari, a raconté samedi matin un voisin à un journaliste de l'AFP en montrant les dégâts provoqués sur des bâtiments du quartier.

Selon le gouverneur de la région de Donetsk, Pavlo Kyrylenko, 4 civils ont été tués et 12 ont été blessés à Sloviansk depuis vendredi matin.

Sloviansk subit jour et nuit depuis au moins une semaine des tirs de roquettes touchant des quartiers résidentiels.

Répondant aux demandes ukrainiennes d'armes supplémentaires, le Pentagone a annoncé vendredi une nouvelle aide militaire d'un montant de 820 millions de dollars pour Kiev, comprenant jusqu'à 150 000 obus de 155 mm, de nouveaux missiles pour les lance-roquettes multiples américains Himars, récemment arrivés sur le champ de bataille, ainsi que des systèmes de défense antiaérienne NASAMS (de fabrication américano-norvégienne), capables de tirer des missiles sol-air de courte et moyenne portée.

La Norvège a annoncé de son côté une aide sous forme d'un don de quelque 960 millions d'euros (1,2 milliard de dollars canadiens), pouvant notamment permettre à Kiev d'acheter des armes.

Face au blocus maritime que lui impose la Russie et qui l'empêche d'exporter son blé, l'Ukraine a demandé vendredi à la Turquie d'intercepter un cargo russe parti du port de Berdiansk, en zone occupée, qu'elle soupçonne de transporter des milliers de tonnes de céréales volées par Moscou.

Notre     dossier Guerre en Ukraine

Des bombes au phosphore

Comme pour illustrer l'enjeu de la guerre des céréales qu'impose Moscou à Kiev et qui inquiète nombre de pays africains dépendant du blé ukrainien pour leur sécurité alimentaire, l'armée ukrainienne a affirmé vendredi soir, vidéo à l'appui, que l'armée russe avait bombardé à deux reprises avec des bombes au phosphore l'île aux Serpents, îlot de la mer Noire proche des côtes ukrainiennes et roumaines essentiel pour contrôler la circulation maritime dont Moscou avait assuré la veille s'être retiré en signe de bonne volonté.

Kiev affirme pour sa part que les Russes en ont été chassés par des frappes ukrainiennes répétées.

Sur le front diplomatique, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, s'adressant vendredi par vidéo au Parlement de Kiev, l'a appelé à accélérer ses réformes contre la corruption, dans le cadre de la candidature de l'Ukraine à l'UE acceptée fin juin par les dirigeants des Vingt-Sept.

Elle a aussi salué le vote d'une loi visant à combattre l'influence excessive des oligarques sur l'économie et demandé l'adoption d'une loi sur les médias qui rende la législation ukrainienne conforme aux normes de l'Union européenne.

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