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Envoyé spécial

« Taïwan fait face à un danger encore plus grand avec la chute de Hong Kong »

Des taxis immobilisés dans une rue à Hong Kong et un écran géant sur lequel est présenté un discours de Xi Jinping.

Le président chinois Xi Jinping s'est rendu à Hong Kong pour le 25e anniversaire de la rétrocession de l'ancienne colonie britannique à la Chine.

Photo : Reuters / PAUL YEUNG

TAIPEI, Taïwan - Des exilés hongkongais disent ne plus reconnaître leur ville d’origine. Le démantèlement de Hong Kong, l’érosion des libertés et l’imposition du régime autoritaire communiste chinois depuis la rétrocession doivent servir d’avertissement à Taïwan, selon eux. Rencontre avec deux exilés.

Notre correspondant en Asie Philippe Leblanc sera basé à Taïwan pour les prochains mois, afin de nous faire découvrir cette île de près de 24 millions d'habitants, sa société et les défis qui l'animent. Et aussi afin de couvrir les enjeux d'actualité de toute la région Asie-Pacifique.

Dans sa petite librairie de Taipei, remplie de livres portant sur les thèmes de la résistance et de la liberté, Lam Wing Kee vit avec les rappels qu’il est un homme marqué par le régime chinois. Sur le sol, des gouttes de peinture rouge rappellent le passage de partisans du régime communiste. Ils sont venus vandaliser son commerce quelques fois par le passé.

Lam Wing Kee a été emprisonné en Chine pour avoir vendu des livres bannis par le gouvernement chinois lorsqu’il vivait encore à Hong Kong.

Lam Wing Kee assis à une table, des livres posés devant lui.

Lam Wing Kee a fondé une librairie dédiée à la liberté, à Taipei.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Hong Kong n’est plus le Hong Kong du passé, dit-il. On doit plutôt dire Hong Kong chinois aujourd’hui. La Chine a commencé à détruire la ville avec la loi sur l’extradition en 2019 puis l’imposition de la loi nationale sur la sécurité en 2020. La loi chinoise s’applique à Hong Kong. Il n’y a plus de libertés.

Débordé de demandes d’entrevue cette semaine, Sang Pu est un commentateur politique originaire de Hong Kong. Il a étudié à Taïwan avant de retourner chez lui au début des années 2000. Il s'est finalement installé à Taïwan en raison de l’érosion rapide des libertés. Des amis lui ont récemment dit qu’il serait arrêté s’il remettait les pieds à Hong Kong.

Vous savez quoi? Le pire est à venir à Hong Kong, prévient-il. Le gouvernement de Hong Kong veut obtenir encore plus de pouvoirs répressifs en adoptant une loi contre tout ce qu’il considère comme de fausses nouvelles.

Sang Pu.

Sang Pu accuse la Chine de réécrire l'histoire, notamment dans les manuels scolaires, en niant que Hong Kong a déjà été une colonie britannique.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Il veut aussi adopter l’article 23 de la loi fondamentale pour interdire la trahison, la sécession et la sédition. C’est une version encore plus autoritaire de la loi sur la sécurité nationale.

Même s’il fait le deuil de son Hong Kong, Lam Wing Kee croit que ses compatriotes peuvent trouver la liberté en eux.

Hong Kong comme endroit physique n’est pas important. Ce qui compte, c’est le peuple. La liberté de penser est le plus important. Ceux qui quittent Hong Kong se libèrent.

Sang Pu, au contraire, continue d’espérer un retour à la liberté pour Hong Kong. Il vante la résilience des citoyens.

Nous ne sommes pas violents, nous sommes des résistants, explique-t-il. Aucun régime tyrannique ne se tient debout éternellement. L’autocratie, ça ne peut pas durer. On voit le régime chinois vaciller quelque peu, l'économie ralentit. Une partie de la population est en colère contre le pouvoir.

Concerts et feux d'artifices : Hong Kong a célébré aujourd'hui les 25 ans de sa rétrocession à Pékin par le régime britannique. Reportage de Philippe Leblanc

Taïwan, la prochaine cible chinoise?

Plusieurs officiels chinois font allusion à ce qu’ils appellent la réunification de la Chine, le retour de Taïwan par tous les moyens possibles, incluant la force. Sang Pu croit que le sort de Hong Kong est un sérieux avertissement pour sa terre d’accueil.

Taïwan fait face à un danger encore plus grand avec la chute de Hong Kong, croit-il. C'est aujourd’hui l’endroit clé à protéger pour préserver la démocratie. Le monde entier doit être en état d’alerte contre une possible agression de la Chine.

Lam Wing Kee sent que c’est sa responsabilité de protéger Taïwan. Il participe à des séminaires sur les campus universitaires et reçoit des Taïwanais de tous les horizons dans sa librairie. Ses armes : la conscientisation et l’éducation.

On peut utiliser les livres pour comprendre la Chine, comprendre Taïwan et comprendre ce qui motive tout ce qui arrive maintenant. Il faut faire face aux problèmes actuels et savoir ce qui nous attend. Je ne suis pas trop inquiet pour Taïwan, car il y a une armée ici, ce que Hong Kong n’a pas.

Sang Pu, lui, croit que Taïwan doit justement renforcer sa capacité militaire et s’attaquer à ceux qui essaient de causer du tort de l’intérieur.

Il y a beaucoup de collaborateurs chinois en opération à Taïwan, déclare-t-il. Ils essaient de pourrir le système de l’intérieur et de déstabiliser l’île. Il faut en être conscient.

Pour ces expatriés hongkongais, leur sort est la preuve que les promesses chinoises de respecter le principe un pays, deux systèmes sont des mensonges et que Taïwan doit s’accrocher à ses libertés.

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