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Les vies brisées des familles des migrants asphyxiés

Une parente de Wilmer Tulul, mort dans la remorque abandonnée au Texas.

Une parente de Wilmer Tulul pleure dans sa maison du village de Tzucubal, au Guatemala. Melvin Guachiac et son cousin Wilmer, tous deux âgés de 13 ans, font partie des migrants morts dans une remorque.

Photo : afp via getty images / JOHAN ORDONEZ

Radio-Canada

La dernière fois que Melvin a parlé avec sa mère au Guatemala, il y a quelques jours, c'était pour lui dire qu'il était « de l'autre côté », au Texas, sur cette terre tant convoitée des États-Unis, où il est mort asphyxié et déshydraté quelques heures plus tard avec 52 autres migrants dans un camion surchauffé par le soleil.

Le jeune garçon âgé de 13 ans était attendu par son père Casimiro à Houston, où ce dernier travaille depuis un an après avoir quitté leur village natal de Tzucubal, dans une région habitée par des Autochtones à quelque 160 km à l'ouest de la capitale guatémaltèque.

Cependant, le coup de fil des autorités pour lui annoncer le drame a mis fin au rêve américain.

Jusqu'à 65 °C à l'intérieur de la remorque

Lundi soir, un employé municipal de San Antonio, au Texas, a entendu un appel à l'aide près d'une route où il travaillait et a entrouvert la porte arrière de la remorque d'un poids lourd : sur les 64 occupants du camion, 48 étaient déjà décédés. Les 16 autres ont été transportés dans les hôpitaux environnants, où cinq d'entre eux sont morts.

Selon des experts, la température a pu monter jusqu'à 65 °C à l'intérieur du camion.

Sur les 53 victimes, 27 étaient originaires du Mexique, 14 du Honduras, sept du Guatemala et deux du Salvador, selon les autorités américaines. Un huitième Guatémaltèque figure parmi les victimes qui restaient à identifier, selon le ministère des Affaires étrangères du Guatemala.

Melvin Guachiac voyageait en compagnie de son cousin Wilmer Tulul, âgé de 14 ans, lui aussi du village de Tzucubal, où les maisons en dur signalent le statut envié de ceux qui reçoivent de l'argent de parents aux États-Unis.

À la poursuite d'une vie meilleure

Le jeune homme nourrissait de grands rêves : avoir un bel avenir, sortir de la pauvreté, mener des études, aider ses parents [...] et son petit frère âgé de six ans, se lamente Maria Guachiac, une cousine.

En attendant le rapatriement des corps, les familles endeuillées improvisent des autels avec les photos des disparus dans les maisons. Sur un mur, le portrait de Wilmer vêtu d'un tee-shirt de Batman.

Voisins et parents viennent présenter leurs condoléances dans des conversations à voix basse, entrecoupées par les pleurs et par les lamentations des proches parents. Des femmes en costume traditionnel apportent de la nourriture pour les visiteurs et pour les familles.

Wilmer pensait ne rester que deux ans aux États-Unis, le temps d'aider à la construction d'une maison, avant de revenir au village. Son grand-père maternel Juan Tepaz, 63 ans, ne peut contenir ses sanglots.

« Si nous avions de l'argent, il n'y aurait pas besoin de partir. Mais il faut se battre, jusqu'à en perdre la vie, comme dans ce cas. »

— Une citation de  Antonio Sipac, 62 ans, un voisin dont deux des dix enfants vivent aux États-Unis

Prières et espoir pour les disparus

Au Mexique, les habitants d'un village de montagne regardent des photos de trois des leurs au sommet de l'autel de l'église, priant pour que les adolescents Jair, Yovani et Misael ne fassent pas partie des 53 migrants qui ont péri à l'intérieur d'une semi-remorque étouffante au Texas.

Pour l'instant, les parents relisent leurs derniers messages, scrutent les photos, attendent un appel téléphonique et prient.

Teófilo Valencia, le père de Jair, 19 ans, et de Yovani, 16 ans, était assis à regarder son téléphone, lisant les derniers messages qu'il avait reçus d'eux.

Photos de deux jeunes qui étaient dans la semi-remorque où plusieurs migrants ont trouvé la mort.

Yolanda Olivares, mère de Yovani et de Jair Valencia Olivares, dispose un autel avec les photos de ses enfants disparus devant sa maison à San Marcos, dans l'État méxicain de Veracruz, le jeudi 30 juin 2022.

Photo : AP / Yerania Rolon

Papa, maintenant, nous allons à San Antonio, a écrit Yovani à 11 h 16 lundi. Une demi-heure plus tard, son frère écrivait qu'ils étaient prêts à travailler dur et à tout payer.

Quelques heures plus tard, ils ont été retrouvés dans la semi-remorque abandonnée à côté des voies ferrées à la périphérie de cette ville du sud du Texas.

Les cousins étaient partis ensemble le 21 juin. Yolanda Olivares Ruiz, la mère des frères, a caché le certificat scolaire de Yovani dans son portefeuille en guise de pièce d'identité et mis trois vêtements de rechange pour chacun dans des sacs à dos ainsi que les numéros de téléphone de parents aux États-Unis et au Mexique.

Hermelinda Monterde Jiménez a passé la nuit avant leur départ à parler avec son fils Misael. Il lui avait demandé de le réveiller pour son départ, et la maman admet qu'elle a pensé ne pas le faire. Mais c'était sa décision et son propre rêve, a-t-elle raconté.

Leur maison comme garantie

Leurs parents ont obtenu des prêts, utilisant leur maison comme garantie pour couvrir les frais de passage de 10 000 $ pour chaque cousin. Ils ont payé une partie à l'avance et devaient payer le reste après que les garçons furent arrivés sains et saufs.

Les jeunes voulaient travailler, économiser de l'argent et revenir pour ouvrir leur propre magasin de vêtements et de chaussures. Ils s'étaient donné quatre ans.

Vendredi dernier, le 24 juin, ils étaient à Laredo, au Texas.

Ils ont dit à leurs parents qu'après le week-end, ils seraient emmenés à leur destination à Austin, où un cousin qui avait fait le voyage quelques mois plus tôt les attendait. La semaine dernière, 20 habitants ont quitté la ville pour les États-Unis.

Des membres des familles et des amis des migrants prient pour qu'ils soient en vie.

Yolanda Olivares, la mère des adolescents Yovani et Jair, prie pendant une veillée à la chandelle le 30 juin pour que ses deux fils et leur cousin ne fassent pas partie des 53 migrants qui ont péri dans une remorque abandonnée au Texas. Le décès de Misael a été confirmé depuis.

Photo : AP / Felix Marquez

Mercredi, le consul du Mexique à San Antonio a confirmé que des résidents de l'État de la côte du golfe de Veracruz comptaient parmi les 27 victimes mexicaines. Jeudi, des avocats de l'État se sont rendus à San Antonio pour aider aux identifications.

Des milliers de personnes sur la route jusqu'aux États-Unis

Chaque année, des milliers de migrants illégaux d'Amérique centrale se lancent sur la route pour gagner les États-Unis et pour échapper à la violence des gangs criminels et à la misère, qui s'est encore accentuée depuis la pandémie de COVID-19.

Certains partent en caravanes, ces groupes de plusieurs centaines ou de milliers de migrants qui cheminent à pied, d'autres paient – souvent plus de 10 000 $ – des coyotes (passeurs).

Depuis 2014, environ 6430 migrants sont morts ou ont disparu sur la route vers les États-Unis, d'après les chiffres de l'Organisation internationale des migrations (OIM).

Les réseaux de passeurs sont de plus en plus complexes, explique Dolores Paris, une chercheuse spécialiste des migrations. Il s'agit d'entreprises criminelles.

Avec les informations de Agence France-Presse, et La Presse canadienne

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