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Sanimax : les élus exclus du comité de bon voisinage à Rivière-des-Prairies

Le combat juridique que mènent en parallèle la Ville et l'entreprise serait à l'origine des tensions.

Plan large de l'usine Sanimax à Rivière-des-Prairies.

L'usine d'équarrissage de Sanimax est établie depuis des décennies à Rivière-des-Prairies. Cependant, au fil du temps, la Ville de Montréal a permis à des résidents de s'établir aux alentours. C'est à ce moment-là que les problèmes ont commencé.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Deschênes

Tout comme la qualité de l'air par une chaude journée d'été à Rivière-des-Prairies, le climat de travail se dégrade à la table du comité de bon voisinage créé par Sanimax pour favoriser une cohabitation harmonieuse avec la communauté, échaudée par les problèmes récurrents d'odeurs provoquées par les activités à l'usine d'équarrissage.

Depuis plusieurs rencontres, de l’avis de la majorité des membres, l’ambiance générale au comité est devenue dysfonctionnelle, au point de paralyser complètement les discussions concernant les mesures pour améliorer la cohabitation, a fait savoir par infolettre le président du comité, l'ex-ministre Rémi Bujold, jeudi soir.

Selon nos informations, le combat juridique que mènent en parallèle la Ville de Montréal et Sanimax serait à l'origine des tensions. L'administration Plante a transmis plusieurs avis de non-conformité à l'entreprise, que celle-ci conteste devant les tribunaux.

Sanimax, devant cette situation-là, a décidé de réformer son comité et d'exclure les élus pour le moment en attendant que la relation entre la Ville de Montréal et Sanimax se rétablisse et qu'on puisse développer une meilleure collaboration, nous a confié Rémi Bujold en entrevue vendredi.

Les élus des deux ordres de gouvernement et du palier municipal qui siégeaient au comité seront remplacés par deux représentants externes avec des expertises pertinentes pour le comité (équarrissage, environnement, agroalimentaire, etc.), précise-t-on dans l'infolettre du comité, qui se réunira pour la première fois sous sa nouvelle forme le 27 juillet.

Une situation épineuse et complexe

Le problème de puanteur qui émane des activités de Sanimax perdure depuis des années à Rivière-des-Prairies : avec le temps chaud reviennent les mauvaises odeurs émises par l'usine et par les camions qui transportent la matière première.

Enzo Commisso n'en peut plus. Je n'ai pas envie de laver mon auto, je n'ai pas envie de couper mon gazon... C'est rendu là, là. Selon lui, l'odeur s'est intensifiée depuis quelques années.

Pour trouver des solutions, Sanimax avait pourtant réactivé en 2020 un comité de bon voisinage composé de citoyens, de représentants de l'entreprise et d'élus. Cependant, malgré les efforts déployés, les résultats ne répondent visiblement pas aux attentes et le climat s'est dégradé.

Le comité sera donc remanié. La représentante de l'administration municipale, la conseillère Lisa Christensen, ne sera plus invitée.

Le député Marc Tanguay fait partie de ceux qui devront eux aussi céder leur siège. Il travaille sur le dossier depuis sa première élection, en 2012. Dix ans après, c'est exactement, exactement les mêmes inconvénients, déplore-t-il. Comme plusieurs de ses concitoyens, il croit que Sanimax devra tôt ou tard plier bagage.

« Si on ne pense pas au déménagement, je pense qu'on va en parler encore de la même façon dans 10 ans, malheureusement. »

— Une citation de  Marc Tanguay, député libéral de LaFontaine

Outre M. Tanguay, aucun des autres élus écartés – le député fédéral Pablo Rodriguez, la ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, Chantal Rouleau, et la conseillère de la Ville du district de La Pointe-aux-Prairies, Lisa Christensen – n'était disponible pour une entrevue sur le sujet en ce 1er juillet, fête du Canada.

Dans une déclaration écrite qui nous a été transmise, l'administration Plante a toutefois promis de continuer à défendre les règlements sur l'environnement que Sanimax tente de faire invalider devant les tribunaux, et ce, peu importe la composition du comité citoyen établi par la compagnie.

Comme à Charny

Le conseiller d'opposition Giovanni Rapanà, qui siège aussi au conseil d'arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, avait lui aussi été invité à se joindre au comité. Toutefois, il a préféré conserver son indépendance, dit-il en expliquant que ce comité a été voulu et, disons, sous-géré [sic] par Sanimax.

Lui aussi aimerait que l'équarrisseur déménage. Déjà, à l'époque de Denis Coderre, on avait entamé un processus pour faire respecter les règles, mais si Sanimax ne se conforme pas, il faut passer à la phase successive, plaide-t-il.

L'usine d'équarrissage de Sanimax est établie depuis des décennies à Rivière-des-Prairies. Sa présence est d'ailleurs antérieure à celle des résidences construites aux alentours, un argument souvent répété par les partisans du statu quo, ce qui n'émeut pas Enzo Commisso.

« Avant, on pouvait chasser ici, mais plus maintenant. Pourquoi? Parce que les choses changent. On avait le droit de brûler du bois avant, mais plus maintenant. Pourquoi? Parce que les choses changent. [...] Pourquoi eux ne s'adaptent pas? C'est ça que je ne comprends pas. »

— Une citation de  Enzo Commisso, résident de Rivière-des-Prairies

À l'inverse, Rémi Bujold croit que l'arrivée d'experts au comité permettra d'apprécier les améliorations [apportées par l'entreprise] et d'en faire part aux citoyens qui se trouvent autour de la table.

Il continue d'espérer que toutes les parties impliquées finiront par s'entendre et il rêve de nouveaux rapprochements, à l'instar de celui qui a été opéré le printemps dernier à Charny, un secteur de Lévis où Sanimax exploite une autre usine d'équarrissage.

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