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Le métier de Pascal Bérubé : député

Ceux qui seront élus le 3 octobre prochain le seront d’abord comme député d’une circonscription. Plusieurs le resteront et ne deviendront jamais ministre. Député, rôle de second ou de premier plan?

Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, devant un micro.

Le député de Matane-Matapédia en entrevue à Radio-Canada lors de son bilan de session.

Photo : Radio-Canada / Joane Berube

Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, revendique le travail de député comme un des plus beaux métiers, une rareté dans le monde politique québécois.

Pascal Bérubé ne veut pas être chef : il le dit et le redit. Il a, affirme-t-il, refusé des postes prestigieux. Il veut rester député. Mais pas seulement député : un député indépendantiste d’un parti qui traîne dans le fond de cale des sondages.

Les appels du pied de la Coalition avenir Québec (CAQ) n’y ont rien changé.

Il fait toutefois partie des rares élus dont on prédit avec assurance la réélection. Mystère? Non, travail, rétorque Pascal Bérubé, qui sollicitera un sixième mandat l'automne prochain.

Cette fonction me rend profondément heureux, affirme-t-il.

Parcourir sa circonscription

Pierre Paradis dans Brome-Missisquoi, Gérard D. Levesque dans Bonaventure : ces deux députés libéraux ont été réélus sans discontinuer pendant plus de 35 ans.

Mais c’est le péquiste François Gendron qui remporte la palme avec 41 ans et 10 mois en tant qu’élu d’Abitibi-Ouest. C’est lui que Pascal Bérubé cite quand il rappelle que les élus sont d’abord députés d’une circonscription.

La sienne est une immense circonscription qui regroupe 45 municipalités et trois MRC.

Pascal Bérubé dans un groupe de gens où on reconnaît sa conjointe, Annie-Soleil Proteau, et l'ex-première ministre Pauline Marois.

Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, s'assure d'être présent dans sa circonscription.

Photo : Radio-Canada / Gracieuseté

Ce territoire, il le connaît jusque dans tous ses bouts de rang. Son programme de visites du 24 juin avait des allures de rallye automobile. Je sais qui je représente, dit-il : je suis un député rural, un député de la ruralité, un député d’agriculteurs, un député de forestiers, de cols bleus, de gens plus âgés que la moyenne québécoise.

Le petit gars de la rue du Vallon, à Matane, admet qu’il est parfois difficile de représenter une circonscription aussi vaste, mais, insiste-t-il, c’est sa région natale. Je ne serais pas député d’une autre région. Tout me rappelle ma vie. C’est mon école primaire… Dans tout ça, il y a un sens.

Il avoue qu’il ne comprend pas qu’un député puisse ne pas habiter sa circonscription. Je suis peut-être le plus radical de l’Assemblée nationale à ce chapitre. Il n’y a rien de plus territorial qu’un député.

Heureux au bureau

C’est notoire : il dort peu et entre souvent au bureau aux aurores. Je suis content, je prends de l’avance sur les choses, explique le Matanais.

Surtout que les cas qui échouent dans les bureaux d’un député sont la plupart du temps les cas hors norme.

Le député compare d’ailleurs son bureau à une clinique sans rendez-vous. Les gens débarquent. Ils voient mon auto et ils savent que je suis là. Je suis ici les fins de semaine. C’est ici que je suis heureux, au bureau, raconte M. Bérubé.

Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia et chef intérimaire du Parti québécois.

Le député compare son bureau à une clinique sans rendez-vous.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

Cette sollicitation constante ne lui pèse pas. Non, sinon on ne fait pas ça. L’épicerie dure une heure et demie plutôt qu’une demi-heure. J’apprends des choses, je note tout. Je rappelle souvent la fin de semaine.

Les limites de son écoute restent celles de son pouvoir. J’aime le monde, mais il faut que ça aille vite. C’est quoi, votre attente par rapport à moi? Si je peux faire quelque chose, on va prendre le temps. Je leur donne des petits devoirs, tout le temps. Des fois, ils ne reviennent pas.

« Il y a des limites à ce que je peux faire : je ne suis pas un commissaire industriel, je suis député. »

— Une citation de  Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia

À l'écouter raconter son parcours d’ancien militant étudiant et de politicien, on comprend qu’il a su rester fidèle à ses amitiés et à ses contacts, un atout qu’il utilise pour l’avancement de ses dossiers.

Le jeune Pascal Bérubé avec François Legault.

Pascal Bérubé et François Legault alors que le premier était jeune attaché politique, et le second, ministre de l'Éducation.

Photo : Gracieuseté : Pascal Bérubé

Idem pour sa bonne entente avec le premier ministre François Legault. C’est moins une reconnaissance qu’un canal, fait valoir Pascal Bérubé. La bonne relation permet d’avoir un retour d’appel rapidement.

Le joueur d’équipe

Si Pascal Bérubé transcende les frontières de sa circonscription, c’est que son travail de parlementaire a souvent été souligné et reconnu par ses pairs ou par la presse parlementaire. C’est deux vies, dit-il en comparant son travail de circonscription à celui de l’Assemblée nationale. Je me suis développé des talents pour être heureux : l’art oratoire, le côté combatif.

Il reconnaît que son passage comme chef intérimaire du Parti québécois a plu à ses concitoyens. Ils ont aimé que je sois en avant, dit-il.

Ses interventions en Chambre sont de la même eau. J’optimise mon temps, je m’arrange pour être clair, être entendu, être parfois spectaculaire dans le style. Ça, c’est pour me faire entendre.

« Souvent, c’est ce qui rend les gens le plus fiers, c’est quand ils me voient à l’Assemblée nationale et qu’ils disent : "Lui, c’est le nôtre." »

— Une citation de  Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia

Le revers, c'est le taux de notoriété, [qui] fait qu’on est beaucoup plus surveillé.

Député de la troisième opposition

Être dans l’opposition, dit-il, c’est avoir la liberté de parole. Je m’exprime comme je veux quand je veux. Ça, c’est précieux. C’est ce que les gens apprécient.

En 15 ans de mandats, le député n’aura goûté que deux ans, sous Pauline Marois, au prestige d’un parti au pouvoir. Localement, ça n’a pas été un frein d’être dans l’opposition, soutient Pascal Bérubé.

Ce qui est encore pire, c’est d’être au gouvernement et de ne pas être ministre dans un parti au pouvoir. Tu ne peux pas t’exprimer publiquement, il faut que tu avales toutes les couleuvres, commente le député.

Ce n’est pourtant pas pour cette raison qu’il a refusé de se joindre à la CAQ. C’est parce que je suis indépendantiste. C’est facile d’entrer dans un train en marche quand ça va bien. C’est plus stimulant de se battre pour ce en quoi on croit.

Il refuse de commenter directement les départs d'anciens de son parti qui ont rejoint celui de François Legault, mais l’exaspération est palpable. Je me méfierais beaucoup des travailleurs de la 11e heure qui se trouvent des affinités avec le gouvernement parce qu’il est en haut dans les sondages.

Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé.

Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, reste un indépendantiste convaincu.

Photo : Pascal Bérubé

La conviction est là, point d'ancrage de son engagement politique, mais il se définit aussi comme un député qui s’adonne à être indépendantiste. C’est honnête : tout le monde le sait que je suis indépendantiste, ce n’est pas incompatible avec le fait qu’on dise que je suis un bon député, soutient Pascal Bérubé.

Avec une majorité de 17 000 voix lors du scrutin de 2018, on ne peut que lui donner raison. Pascal Bérubé parle d’ailleurs de ses électeurs comme d’une coalition locale qui transcende les partis.

La septième campagne

Cinq victoires, une défaite. Et une septième campagne qui s’amorce. Pascal Bérubé ne lâche pas la bride.

La vraie course ne commencera sans doute qu’à la fin de l’été. Pour Pascal Bérubé, elle n’arrête jamais. Il pourrait s'asseoir sur ses lauriers. Il n’en est rien. Il reste fébrile. Si j’étais battu, ce serait épouvantable, je le prendrais personnel.

C’était dur, cette année, à cause de Véronique Hivon. C’était quelque chose, laisse échapper Pascal Bérubé. Le politicien se reprend aussitôt en faisant valoir la candidature vedette d'Alexis Deschênes, ancien journaliste et maintenant avocat de l’aide juridique, dans Bonaventure.

Une chose est certaine avec les candidats du Parti québécois dans cette élection, c’est qu’il n’y a aucun opportuniste. Il faut donner des points à la sincérité, plaide Pascal Bérubé quand on l’interroge sur la dégringolade de son parti.

La circonscription qu’il représente n’a pas manqué d’élire des députés libéraux au fil des ans.

Le jeune député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé.

Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, lors de ses premières campagnes électorales

Photo : Gracieuseté : Pascal Bérubé

C’est une députée libérale qui lui a fait mordre la poussière lors de son premier saut en politique active, en 2003. C’est la même qu’il a battue en 2007. J’étais convaincu que si je réussissais à me faire élire, j’allais faire du bon travail, mais il fallait que j’entre, que je réussisse à être élu une première fois à l’Assemblée nationale, raconte le député quand il parle de ses premières passes d'armes électorales.

Il voit le scrutin comme une évaluation de son travail, même si sa machine électorale est d’une efficacité redoutable. Les bénévoles seront encore là cette année pour faire son pointage. Les sympathisants sont déjà repérés. Il reste à les consolider et à les convaincre d'aller voter.

« J’aime les campagnes, mais c’est toujours stressant. Les gens peuvent décider ce qu’ils veulent, ils ne me doivent rien. »

— Une citation de  Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia

Ce ne sera pas une campagne comme les autres. Aux départs publics s'ajoute celui d'une personne de l'ombre mais essentielle pour un député.

Ce sera la dernière avec celle qui est son organisatrice électorale depuis 2007 et aussi responsable de son personnel politique. Marcelline Gauthier est une des rares directrices de campagne au Québec et la meilleure, selon Pascal Bérubé. Il devra dorénavant poursuivre sans elle s'il est réélu.

Les mots du député

Ambition

Plus pour les gens que je représente que pour moi.

Fidélité

À ses valeurs, car on est jugé là-dessus.

Travail

Beaucoup : je ne prends jamais de vacances.

Loisirs

La politique.

Pauvreté

C’est pour les gens pauvres qu’on se bat.

Politique

Un immense privilège.

Santé

La mienne? Souvent négligée.

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