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La Cour suprême limite les efforts de Washington pour s’attaquer aux émissions de GES

Une centrale au charbon.

Le reportage de Valérie-Micaela Bain

Photo : Reuters / Brian Snyder

Agence France-Presse

La très conservatrice Cour suprême des États-Unis a limité jeudi les moyens fédéraux de lutter contre le réchauffement climatique dans un arrêt qui pourrait plus largement compliquer tous les efforts de régulation de l'État américain.

La plus haute juridiction du pays a estimé que l'Agence pour la protection de l'environnement (EPA) ne pouvait pas édicter de règles générales pour réguler les émissions des centrales à charbon, qui produisent près de 20 % de l'électricité aux États-Unis.

Un porte-parole de la Maison-Blanche a dénoncé une nouvelle décision dévastatrice de la Cour qui vise à ramener notre pays en arrière. Le président américain Joe Biden n'hésitera pas à utiliser les pouvoirs que lui confère la loi pour protéger la santé publique et s'attaquer à la crise du changement climatique, selon une courte déclaration transmise à la presse.

L'arrêt a été adopté par les six magistrats conservateurs de la Cour.

Mettre une limite aux émissions de dioxyde de carbone à un niveau qui imposerait de renoncer, au niveau national, au charbon pour produire l'électricité pourrait être une solution pertinente à la crise d'aujourd'hui. Mais il n'est pas crédible que le Congrès ait donné à l'EPA l'autorité d'adopter une telle mesure, écrit le juge John Roberts en leur nom.

Mais leurs trois collègues progressistes se sont dissociés d'une décision jugée effrayante. La Cour a retiré à l'Agence de protection de l'environnement le pouvoir que le Congrès lui a donné de répondre au "problème le plus pressant de notre époque", écrit la juge Elena Kagan, en rappelant que les six années les plus chaudes ont été enregistrées au cours de la dernière décennie.

Saluée par les conservateurs, décriée par les démocrates

Reflétant les divisions de la société américaine sur les questions environnementales, la décision a été immédiatement saluée par le Parti républicain, hostile à toute régulation fédérale et défenseur des énergies fossiles.

Aujourd'hui, la Cour suprême rend le pouvoir au peuple, a estimé son chef au Sénat, Mitch McConnell, en reprochant au président démocrate Joe Biden de mener une guerre contre les énergies à prix abordable malgré l'inflation.

Mais les démocrates, à l'instar de la jeune élue Alexandria Ocasio-Cortez, ont jugé la décision catastrophique.

Notre planète est en feu et cette Cour suprême extrémiste détruit la capacité du pouvoir fédéral de se battre, a ajouté la sénatrice Elizabeth Warren.

Atterrées, les organisations de défense de l'environnement ont souligné l'écart avec le reste du monde. La décision menace les États-Unis d'être relégués loin derrière nos partenaires internationaux qui accélèrent les efforts pour remplir leurs engagements climatiques, a souligné Nathaniel Keohane, président du Center for Climate and Energy Solutions.

Après la volte-face sur l'avortement la semaine dernière, cet arrêt représente un nouveau changement de pied à la Cour suprême.

L’empreinte de Trump

En 2007, elle avait décidé à une courte majorité que l'EPA était compétente pour réguler les émissions de gaz responsables du réchauffement climatique, au même titre qu'elle est chargée par une loi des années 1960 de limiter la pollution de l'air.

Mais depuis, l'ex-président républicain Donald Trump, un climatosceptique hostile à toute mesure contraignante pour l'industrie, a fait entrer trois magistrats au sein du temple du droit américain, cimentant sa majorité conservatrice.

Au-delà de l'EPA, leur décision pourrait limiter les efforts de toutes les agences fédérales de régulation, notamment celle sur la santé et la sécurité au travail (OSHA).

La majorité a dit que les agences ne peuvent pas prendre de mesures significatives pour remplir leurs objectifs, quelle que soit l'importance des enjeux, a expliqué à l'AFP le professeur de droit environnemental Robert Percival, de l'Université du Maryland.

Elle insiste pour que ces agences obtiennent une "autorisation claire du Congrès", mais elle sait que le Congrès est extrêmement dysfonctionnel, ajoute Richard Lazarus, professeur à Harvard.

Compte tenu des fractures entre élus, espérer l'adoption d'une loi sur le climat paraît en effet un vœu pieux.

Concrètement, le dossier au cœur de la décision trouve sa source dans un plan ambitieux adopté en 2015 par Barack Obama pour réduire les émissions de CO. Ce Clean Power Plan, dont la mise en œuvre revenait à l'EPA, avait été bloqué avant d'entrer en vigueur.

En 2019, Donald Trump avait publié sa propre règle pour une énergie propre abordable, limitant le champ d'action de l'EPA au sein de chaque site de production d'électricité, sans l'autoriser à remodeler tout le réseau.

Un tribunal fédéral ayant invalidé cette mouture, plusieurs États conservateurs et l'industrie du charbon ont demandé à la Cour suprême d'intervenir et de préciser les pouvoirs de l'EPA.

Le gouvernement du démocrate Joe Biden avait fait savoir qu'il ne comptait pas ressusciter le plan de Barack Obama et avait demandé à la Cour suprême de déclarer le dossier caduc pour éviter une décision aux conséquences dommageables. Son pari a échoué.

Un recul, selon l'ONU

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a jugé jeudi par la voix d'un porte-parole que l'arrêt de la Cour suprême marquait un recul dans la lutte contre la crise environnementale.

Nous pouvons dire qu'il s'agit d'un recul dans notre lutte contre le changement climatique, alors que nous sommes déjà très en retard dans la réalisation des objectifs de l'accord de Paris adopté en 2015, note le porte-parole dans un communiqué.

Mais nous devons aussi nous rappeler qu'une urgence de nature aussi mondiale que le changement climatique exige une réponse mondiale, et que les actions d'une seule nation ne devraient pas et ne peuvent pas faire ou défaire la réalisation ou non de nos objectifs pour le climat.

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