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« J’ai pensé ne plus pouvoir y aller », la fin de Connexion AE fait mal à des étudiantes

Trois étudiantes du Nouveau-Brunswick et leurs mères racontent l’angoisse dans laquelle elles sont plongées depuis l’annulation surprise d’un programme qui leur facilitait l’accès à l'université.

Une capture d'écran de Jolène et Byancé Hébert, l'une à côté de l'autre, lors de l'entrevue qui a été faite via Messenger.

Jolène et Byancé Hébert sont préoccupées par l'annulation du programme Connexion NB-AE.

Photo : Messenger

L'angoisse à l’idée de ne soudainement plus avoir les moyens d’aller à l’université, dans deux mois, est bien réelle chez des étudiantes qui comptaient sur le programme Connexion AE pour financièrement joindre les deux bouts.

Jolène Hébert de Saint-Louis-de-Kent vient de terminer ses études secondaires. La journée de sa remise de diplôme le 23 juin, elle apprend que le programme Connexion AE est aboli.

Je suis vraiment stressé. J’ai pensé tout de suite ne plus pouvoir y aller et que tous mes plans futurs étaient finis, raconte la jeune femme, qui souhaite devenir enseignante.

« Je ne veux pas endetter ma famille. »

— Une citation de  Jolène Hébert, future étudiante en éducation

En septembre, Jolène comptait faire comme sa sœur Byancé, et profiter de Connexion AE, un programme qui selon elle devait lui permettre de travailler l’été et d’ensuite profiter de l’assurance-emploi tout en demeurant aux études à temps plein.

Un édifice portant le nom de « Student Union Building ».

Un édifice sur le campus de l'Université du Nouveau-Brunswick (UNB), le 26 avril 2021 à Fredericton.

Photo : CBC / Daniel McHardie

Assise près d’elle, Byancé Hébert, qui étudie en kinésiologie à l’Université du Nouveau-Brunswick, explique qu’elle recevait environ 1000 $ par mois pendant ses études grâce à ce programme. Sans cet argent, elles disent qu'il sera difficile de faire des études universitaires.

Les deux jeunes femmes racontent que l’apport de Connexion AE est essentiel pour que leurs parents puissent financièrement leur permettre de faire des études. On travaille tout l’été, mais il faut aussi payer notre loyer tout l’été, on n'est pas capable de sauver plus qu’il n’en faut.

Les parents de Byancé et Jolène n’ont pas eu la chance de profiter d’études supérieures. Je suis la première de la famille qui a été à l’université, ensuite c’est ma sœur, raconte l’aînée.

De l'aide qui n'est pas faite pour les étudiants, explique la province

Depuis 2008, Connexion AE était un programme provincial, qui adoucie les critères d'admissibilités à l'assurance-emploi, financée par le fédéral, afin d'utiliser d'une période de chômage pour aller aux études.

[L'assurance-emploi] n'a jamais été conçue pour être utilisée comme une forme d'aide aux étudiants, indique le ministère provincial de l'Éducation postsecondaire, qui précise qu'il faut une période de pause au minimum d'un an entre le secondaire et l'université pour profiter de cet argent.

Bien que plusieurs étudiants profitent de Connexion AE pendant leurs études en travaillant l'été, sans prendre une année de pause, les personnes qui suivent une formation à temps plein ne correspondent pas aux critères d'admissibilité établis par Service Canada, assure le ministère.

Le gouvernement fédéral avait demandé des changements au programme tel qu'administré par la province, cependant il n'en a pas pour autant demandé l'abolition, selon le député d'Acadie-Bathurst Serge Cormier.

Plus d’heures de travail, moins d’heures d’étude

Pour compenser la perte de revenu de Connexion AE, la province a invité les étudiants à se trouver du travail pendant leurs études. C'est une solution qui va inévitablement compromettre la qualité de leurs apprentissages, selon les principales intéressées.

Janelle Guimond, tout sourire, à l'intérieur.

Janelle Guimond se considère chanceuse de pouvoir compter sur l'aide de ses parents pour financer ses études, mais elle s'inquiète pour ceux qui n'ont pas cette chance.

Photo : Gracieuseté

Janelle Guimond, elle aussi de Saint-Louis-de-Kent, étudie en éducation du français à l’Université de Moncton et travaille l'été. Avec l’abolition de Connexion AE, c’est environ 1700 $ par mois qu'elle perd en revenu.

Elle a été prise de court par cette annonce. Que le programme ait été mal appliqué ou non, en matière d’accès à l’éducation supérieure, Connexion AE avait fait ses preuves, selon elle.

« C’était quelque chose qui était si avantageux pour les étudiants. Pourquoi l’enlever? »

— Une citation de  Jannelle Guimond, étudiante en éducation

La future enseignante raconte que la charge de travail de l’université requiert un investissement à temps plein pour les cours, les travaux et les stages. Entre les études, le travail et la santé mentale, elle craint que quelque chose doive être hypothéqué.

On s’entends, l’université ne va pas donner ce temps-là en classe, ils demandent qu’on fasse ça dans notre temps libre. Mais maintenant mon temps libre sera consacré à aller travailler, raconte Jannelle Guimond.

Jolène, en robe de bal de finissante, est accompagnée de sa mère et de sa soeur. Elles prennent une photo dans un parc.

Jolène Hébert a souligné sa graduation la semaine dernière en compagnie de sa mère et de sa soeur.

Photo : Gracieuseté

Travailler pendant les études pour payer les frais de scolarité, le logement et la nourriture n'est pas un scénario que souhaite revivre Byancé Hébert. La deuxième année [d’étude], j’ai travaillé en même temps. J’ai trouvé que c’était probablement la plus difficile année de ma vie, raconte-t-elle, surtout dans le temps des examens.

« Je ne pouvais pas prendre tout mon temps et me pousser académiquement en même temps que je travaillais. »

— Une citation de  Byancé Hébert, étudiante en kinésiologie

Sa sœur Jolène n’est pas chaude à l’idée que des impératifs financiers viennent prendre le dessus sur ses apprentissages. Je feel que tu devrais mettre toute ton attention sur être le meilleur que tu peux dans le domaine que tu vas.

Des mamans consternées

Ha! Ça, c’est une maman fière!, lance Tanya Hébert en pointant du doigt les photos au mur de ses deux filles Byancé et Jolène. Expressive, la mère de famille grimace : elle n’a pas encore digéré la fin de Connexion AE.

Le week-end de la graduation en plus, c’est là qu’on se l’est fait dire, lance-t-elle.

On fera quelque chose, on figurera out. Pas question selon elle qu’une de ses filles n’aille pas à l’université pour des questions d’argent. Peut-être qu’il va falloir que je fasse des prêts, peut-être sur les marges de crédits.

« Comment est-ce que je peux dire à l’une : "ok, toi tu peux y aller et l’autre ne peut pas"? »

— Une citation de  Tanya Hébert, mère
Une capture d'écran de l'entrevue faite avec Tanya Hébert, elle affiche une expression inquiète.

« On a travaillé fort toute notre vie pour être où ce qu’on est dans notre vie financièrement pour qu’on puisse les aider », raconte Tanya Hébert en parlant de ses filles.

Photo : Messenger

Sylvie Guimond, la mère de Janelle, craint que tout cela décourage des étudiantes comme sa fille à choisir des professions universitaires. C’est le futur qui est là : les futures médecins, infirmières et enseignantes.

Elle ne comprend pas non plus comment une telle annonce, si lourde de sens pour les finances de plusieurs familles, n’a pas été faite à l’avance.

Peut-être que s’ils nous avaient donné un préavis, ça aurait été moins dur pour nous les parents, indique-t-elle.

Les mères et leurs filles ont toutes demandé la même chose : si on coupe l'entrée d'argent qui était fournie par Connexion AE, un équivalent doit être mis en place pour assurer l’accès aux études supérieures.

Plus jeune, Tanya Hébert ne souhaitait pas aller à l’université, son conjoint n’y est pas allé non plus, mais pour d’autres raisons. Ils n’avaient pas les moyens, les beaux-parents.

Elle veut offrir cette chance à ses filles.

Il y a un temps, l’université c’était pour le monde qui avait de l’argent. On a peur que ça retourne à ça. On va prier que non.

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