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Le milieu du cinéma déplore la fin de la distribution en salle pour Les Films Séville

Les Films Séville ont distribué plusieurs films québécois à succès,

Les Films Séville ont distribué plusieurs films québécois à succès,

Fanny Bourel

Le distributeur québécois Les Films Séville a annoncé mardi la fin de son activité de distribution en salle. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans le milieu du cinéma québécois tant celui qui a distribué de gros films comme Bon Cop, Bad Cop 2, Louis Cyr : l’homme le plus fort du monde ou la série de films Hunger Games était un pilier du secteur.

Quand je l’ai appris, j’ai pensé que c’était une journée noire pour la distribution au Québec, mentionne Christian Larouche, producteur et distributeur avec ses entreprises Christal Films et Les Films Opale.

On ne s’attendait vraiment pas à cette nouvelle, affirme Hélène Messier, présidente-directrice générale de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), qui est d’autant plus surprise que lundi soir avait lieu une grande première pour Lignes de fuite, le film de Catherine Chabot et Miryam Bouchard qui sort le 6 juillet et qui est distribué par Les Films Séville.

L’AQPM, qui réunit 160 maisons de production québécoises, a publié mercredi un communiqué pour déplorer une perte inestimable et relayer l’inquiétude ressentie par le milieu de la production cinématographique. 

Les Films Séville étaient un joueur important dans le domaine de la distribution, surtout pour les films à gros budget et grand public, explique Hélène Messier. Ils étaient dans le métier depuis longtemps, leur équipe était reconnue et ils ont toujours défendu le cinéma québécois.

Les Films Séville n’ont pas répondu mercredi aux sollicitations de Radio-Canada, mais plusieurs des partenaires de ce distributeur ont expliqué avoir reçu des courriels ou des appels les avertissant de la fermeture de cette activité de distribution en salle. 

À quoi sert un distributeur de films? 

Méconnues du grand public, les entreprises de distribution de films constituent pourtant un maillon essentiel de la chaîne cinématographique. Ce sont elles qui travaillent à convaincre les cinémas de présenter un film dans une ou plusieurs salles. Elles réalisent la mise en marché des films, c’est-à-dire qu’elles orchestrent des événements, les relations avec les médias ou encore des campagnes publicitaires pour attirer le public en salle et faire en sorte que le film soit vu par le plus grand nombre de gens possible. 

Ce rôle est d’autant plus important pour la visibilité des films québécois que ces derniers font face à des superproductions comme Elvis et Top Gun : Maverick, qui bénéficient de la force de frappe des grosses machines que sont les studios hollywoodiens. 

Une activité en décroissance au fil des années

Trois jeunes filles (Léane Labrèche-Dor, Catherine Chabot et Mariana Mazza) se collent pour prendre un égoportrait.

Léane Labrèche-Dor, Catherine Chabot et Mariana Mazza dans une scène de «Lignes de fuite».

Photo : Eve B. Lavoie

Si l’annonce de l’arrêt de l’activité de distribution en salle des Films Séville a été brutale, elle n’a pas surpris tout le monde. Même avant la pandémie, l’entreprise ne distribuait plus autant de films par an qu’il y a 10 ans. Ça fondait comme neige au soleil, souligne Mario Fortin, président-directeur général des cinémas Beaubien, du Parc et du Musée. Il était donc prévisible qu’il y ait une restructuration, mais il y a un écart entre une restructuration et une fermeture.

Les Films Séville appartenaient à l’entreprise canadienne de cinéma et de télévision Entertainment One, qui a été acquise en 2019 par la multinationale américaine Hasbro, qui vend notamment des jouets. 

Selon Vincent Guzzo, président de Cinémas Guzzo, Hasbro a voulu ainsi se désengager du domaine d’affaires qu’est la distribution de films en congédiant une bonne partie du personnel des Films Séville. 

La distribution de films fragilisée par la pandémie

Si Les Films Séville distribuaient moins d’œuvres qu’avant depuis plusieurs années, la pandémie n’a pas arrangé la rentabilité de la distribution de films en salle pour Hasbro. 

Ça prouve que la pandémie a fait du mal à tout le monde, souligne Christian Larouche.

La pandémie a affaibli les moyens de toutes les boîtes de distribution comme elle a affaibli les boîtes de production, renchérit Denise Robert, qui a produit Lignes de fuite

La productrice craint de voir d’autres distributeurs québécois fermer leurs portes. Les boîtes de distribution sont toutes sous-financées pour survivre dans une période post-COVID où tout le public est rendu sur les plateformes, dit-elle. Ramener [les gens] en salle et rendre nos films accessibles autant à la population de Chicoutimi et de Sherbrooke qu’à celle de Montréal, ça demande des moyens.

Une partie du milieu du cinéma québécois voit dans cette disparition un signal d’alarme.

« C’est l’occasion de se rappeler qu’il est urgent de mener une réflexion plus globale sur le cinéma en salle. On doit se poser des questions et faire revenir le public en salle. »

— Une citation de  Hélène Messier, présidente-directrice générale de l’AQPM

Des personnes congédiées qui continuent de travailler bénévolement

Que va-t-il arriver aux films que Les Films Séville devaient distribuer prochainement? Denise Robert a eu l’assurance que Lignes de fuite, qui sort le 6 juillet, ne sera pas touché, car des membres du personnel désormais congédié vont continuer à travailler bénévolement.

« Les gens avec qui on travaillait nous ont rassurés et nous ont dit : "On va être là pour vous." Je suis reconnaissante du dévouement de l’équipe qui continue de croire en ce qu’on fait. »

— Une citation de  Denise Robert, productrice

Pour les films qui vont prendre l’affiche plus tard comme 23 décembre, la comédie écrite par India Desjardins, Patrick Roy, le président des Films Séville, a affirmé à l’AQPM qu’ils seront offerts au public comme prévu et qu’aucune maison de production ne sera pénalisée. D’autres distributeurs du Québec pourraient reprendre les droits de distribution de ces films. La nature a horreur du vide, dit Mario Fortin.

Autre question en suspens : qu’adviendra-t-il du catalogue de films déjà sortis dont Les Films Séville possèdent les droits comme ceux réalisés par Xavier Dolan, à l’exception de J’ai tué ma mère?

Le catalogue est détenu par les Américains, s’inquiète Denise Robert. Il faut que ça reste entre des mains québécoises.

Ce texte a notamment été écrit à partir d'une entrevue avec Denise Robert réalisée par Stéphanie Gagnon, chroniqueuse culturelle à l'émission Le 15-18. Les propos ont pu être édités à des fins de clarté ou de concision.

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