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Aliments locaux : quel est le rôle des poules d’arrière-cour?

Des poules se promènent dans un jardin.

Avec une dizaine de poules dans son jardin, une résidente de Kagawong, dans le canton de Billings, se trouve dans l'illégalité par rapport aux règlements municipaux.

Photo : Radio-Canada / Aya Dufour

Même si elles se trouvent toutes deux sur l’île Manitoulin, les communautés de Wiikwemkoong et Billings, dans le Nord de l’Ontario, diffèrent dans leur stratégie pour renforcer l’offre locale en denrées alimentaires.

L'une accompagne et encourage ses habitants à élever des poules; l’autre interdit la pratique dans certaines zones, bien qu’elle envisage de la permettre sous certaines conditions.

Enseigne à l'entrée de la communauté.

Kagawong est un village d'environ 750 habitants dans le canton de Billings, sur l'île Manitoulin.

Photo : Radio-Canada / Aya Dufour

Or, selon Kim Neale, consultante en action climatique et résidente du canton de Billings, les conditions proposées par le conseil sont si restrictives qu’elles auront un effet dissuasif sur les résidents, ce qui nuira à l’approvisionnement en produits alimentaires locaux.

Sur la plus grande île au monde en eau fraîche, l’approvisionnement en produits locaux est particulièrement important, les produits importés coûtant environ 30 % plus cher en raison des frais de transport.

À cela s’ajoutent les perturbations dans la chaîne d’approvisionnement et l’inflation.

Ces deux conditions ont créé un véritable engouement pour le jardinage et l’élevage de poules dans la Première Nation de Wiikwemkoong depuis deux ans, selon la coordinatrice du programme de ressources agricoles de la communauté, Annette Peltier-Flamand.

Annette sourit.

Annette Peltier-Flamand est la coordinatrice du programme de ressources agricoles de la Première Nation de Wikwemikong.

Photo : Radio-Canada / Aya Dufour

Mais le conseil municipal de Billings, lui, ne considère pas l’élevage de poules d’arrière-cour comme étant une stratégie pour lutter contre la hausse des prix de la nourriture.

Les poules ne sont pas nécessairement la solution, puisqu'elles coûtent cher à obtenir et entretenir, soutient Bryan Barker, conseiller municipal du canton.

Pour Céleste Smith, une résidente de Kagawong qui compte une dizaine de poules dans son jardin, la réglementation imposée par le canton de Billings ont d’importantes répercussions financières et émotionnelles.

Celeste s'apprête a ouvrir son enclos.

Pour se conformer aux règlements envisagés par le conseil municipal de Billings, Celeste Smith devra se défaire de la moitié de ses poules, et acheter du nouveau matériel pour son enclos.

Photo : Radio-Canada / Aya Dufour

Or, M. Barker estime que le projet de réglementation discuté actuellement au conseil municipal est raisonnable. C’est une question de respect et courtoisie pour les voisins et la communauté qui ne veulent pas de poules, affirme-t-il.

Produits locaux et sécurité alimentaire

Le programme de ressources agricoles de Wiikwemkoong compte une dizaine d’employés qui forment et appuient les résidents de la Première Nation dans leurs projets de jardinage et d’élevage de volaille et de bétail.

Depuis deux ans, les résidents qui participent au programme de poules d’arrière-cour de la communauté peuvent obtenir gratuitement des poussins et du matériel, en plus de bénéficier d’un accompagnement personnalisé de l’équipe des ressources agricoles.

« Nous n’imposons pas de règlement municipal pour l’élevage de poules d’arrière-cour, car nous voulons encourager les gens à prendre part à ces initiatives de sécurité alimentaire. »

— Une citation de  Annette Peltier-Flamand, coordinatrice du programme de ressources agricoles de Wiikwemkoong

Une heure à l’ouest de Wiikwemkoong, dans le canton de Billings, Celeste Smith refuse de se défaire de ses poules, malgré les avertissements et les menaces d’éviction de son propriétaire.

Celeste sourit.

Celeste Smith cultive une sorte de grain de maïs autochtone menacé à l'aide du fumier de ses poules.

Photo : Radio-Canada / Aya Dufour

Ce n’est pas seulement une question d’avoir accès à des œufs frais ou de la viande – leur fumier joue un rôle essentiel pour la santé de la terre dans mon jardin, affirme celle qui est originaire de la Première Nation Haudenosaunee et qui se spécialise dans les techniques agricoles autochtones traditionnelles.

Face aux changements climatiques, les municipalités devraient encourager l’élevage de poules d’arrière-cour, et non tenter de le limiter, selon Mme Kim Neale. Ça réduit l’empreinte de carbone en créant des sources de nourriture à proximité, en plus d’améliorer la santé des sols.

Une pratique qui doit être encadrée

Si le projet de loi se concrétise dans le canton de Billings, les résidents des zones résidentielles pourront à nouveau élever des poules dans leur cour.

Ils devront toutefois respecter certaines règles, comme payer des frais annuels, se procurer de l’équipement spécifique, et limiter le nombre de poules.

M. Barker sourit.

Bryan Barker, un policier retraité, est le maire adjoint du canton de Billings, sur l'île Manitoulin dans le Nord de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada / Aya Dufour

Ces mesures, jugées trop restrictives et coûteuses par certains résidents, sont nécessaires, selon M. Barker. Nous avons besoin de règles pour éviter des problèmes avec les rongeurs, les prédateurs et les maladies.

Contrairement à Wiikwemkoong, le canton de Billings ne mise pas sur les poules d’arrière-cour pour renforcer l’offre locale en denrées alimentaires.

D’autres initiatives communautaires – comme de la distribution de nourriture aux résidents qui vivent de l’insécurité alimentaire – ont été mises en place par le passé.

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