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L’abolition du programme Connexion AE risque de faire diminuer les taux d’inscription

Étudiants de l'Université de Moncton

L'abolition du programme Connexion AE risque de faire diminuer les inscriptions à l'université.

Photo : Radio-Canada / Michel Nogue

L’abolition d’un programme d’aide aux étudiants fait craindre le pire aux institutions postsecondaires.

L’Association des bibliothécaires, professeures et professeurs de l’Université de Moncton (ABPPUM) a lancé un cri d’alarme, une semaine après l’abolition du programme d’aide financière aux étudiants, Connexion AE, financé à même les caisses de l’assurance-emploi.

Les professeurs craignent pour la survie de l’université

Par communiqué, l'ABPPUM écrit : en plus de précariser leur situation, l’annulation de ce programme vient menacer la survie de l’Université de Moncton.

L’abolition du programme, survenue sans solution de rechange, signifie que plusieurs milliers d’étudiants seront privés de l’aide financière qui leur permettait de poursuivre des études postsecondaires.

L’avenir de l’université passe par le nombre d’étudiants qui peuvent s’inscrire, et les étudiants qui comptaient sur ce programme-là, bien tout à coup, sans avis, ne pourront plus compter sur un soutien financier, déplore Hélène Albert, professeure à l’École de service social de l’Université de Moncton, et vice-présidente interne de l’ABPPUM.

L’abolition du programme Connexion AE, jointe à l’augmentation importante du coût de la vie, risque de faire mal à bien des étudiants, selon Hélène Albert. Avec l’augmentation des prix des logements qui ne sont pas abordables pour des gens qui gagnent très bien leur vie, c’est devenu ridicule pour les étudiants, ça devient de moins en moins, sinon plus, accessible.

Hélène Albert, devant un édifice, de nuit.

Hélène Albert, professeure à l'École de service social de l'Université de Moncton, et vice-présidente de l'Association des bibliothécaires, professeures et professeurs de l’Université de Moncton.

Photo : Gracieuseté d'Hélène Albert

Selon la professeure en sciences sociales, la décision du gouvernement Higgs vient contrecarrer bien des efforts pour faire face à la pénurie de main-d'œuvre dans plusieurs domaines.

En enseignement, en travail social, en sciences infirmières, c’est d’une clarté monumentale qu’on est déjà en pénurie de main-d'œuvre dans ces domaines-là [...], donc en prenant cette mesure-là, sans offrir une manière de palier à ce soutien financier-là qui est donné aux étudiants, c’est très irresponsable, souligne-t-elle.

De son côté, l’administration de l’Université de Moncton dit suivre la situation de près. On peut s’attendre à ce que la fin du programme Connexion AE ait un impact sur notre capacité de recruter et de retenir les étudiantes et étudiants de l’Université de Moncton, explique Gilles Roy, vice-recteur à l’enseignement et à la recherche.

Le programme a été créé en 2008

Depuis 1998, la Loi sur l’assurance-emploi du gouvernement fédéral permet au Nouveau-Brunswick d’autoriser une formation pendant qu’une personne reçoit des prestations.

Mais le programme Connexion AE a été mis en place en 2008, dix ans plus tard. Ce n’est que récemment qu’il a été désigné par le nom Connexion AE. Auparavant, il faisait partie du programme Formation et perfectionnement professionnel.

Le politicien en entrevue.

Donald Arseneault était ministre de l'Éducation postsecondaire, formation et travail lorsque le programme Connexion AE a été créé.

Photo : Radio-Canada

Sous la gouverne du ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail de l’époque, Donald Arseneault, le gouvernement provincial a négocié avec le fédéral une nouvelle forme d’aide pour favoriser le retour aux études.

Dans ce temps-là, on avait la dette étudiante, en moyenne, la plus élevée au pays. Au pays, la dette étudiante était de 26 000 $, et nous au Nouveau-Brunswick, c’était 36 000 $. Donc, c’est sûr qu’on essayait de trouver des façons de comment est-ce qu’on fait nos études plus abordables, et accessibles, se rappelle-t-il.

La province avait réussi à convaincre Ottawa de réduire de trois ans à un an le temps passé sur le marché du travail pour avoir droit à l’assurance-emploi, tout en poursuivant des études postsecondaires. Les personnes admissibles devaient rencontrer un conseiller à l’emploi, être admissibles à l’assurance-emploi, et avoir passé au moins un an sur le marché du travail après les études secondaires.

En 2008, l’aide était accordée pour une période de deux ans seulement. Ce sont donc surtout des étudiants des collèges qui pouvaient en bénéficier.

Mais en 2016, le même ministre, Donald Arseneault, a négocié une extension de la période où l’aide était offerte, pour la faire passer de deux ans à quatre ans. Cela la rendait plus accessible aux étudiants universitaires.

Le ministre se rappelle que le fédéral n’a jamais été très favorable au programme qu’avait réussi à mettre en place le Nouveau-Brunswick.

En 2016 aussi le fédéral voulait qu’on annule le programme, et qu’on fasse quelque chose d’autre, mais on s’est débattus encore une fois pour dire non, soutient-il.

Depuis 2008, les gouvernements libéraux et conservateurs ont défendu le programme, pour s’assurer qu’il soit maintenu, souligne le député fédéral d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier.

Il y avait le programme en place de disponible, qui existe depuis 2008, et malheureusement, cette année le gouvernement Higgs, pour probablement une question idéologique, a décidé d’y mettre fin, lance-t-il.

Fredericton invoque les besoins du marché du travail

Nous avons tenté d'obtenir une entrevue du ministre de l’Éducation postsecondaire, Formation et Travail, Trevor Holder, question de mieux comprendre sa décision, mais en vain.

Trevor Holder en mêlée de presse à l'extérieur.

Trevor Holder, ministre néo-brunswickois de l’Éducation postsecondaire, de l’Éducation et du Travail.

Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue

Par courriel, une porte-parole du ministère a expliqué que la décision avait été prise, entre autres, pour répondre aux demandes du secteur privé.

Étant donné les défis actuels du marché du travail de la province, Connexion NB-AE entre également en conflit avec les efforts de la province pour aider les employeurs à combler les postes vacants. Nous avons entendu de nombreux employeurs témoigner de leur recherche désespérée pour des travailleurs, en particulier ceux de l’industrie de l'accueil et des services, qui auraient normalement accès à des étudiants pour travailler à temps partiel pendant leurs études, peut-on lire dans le courriel du ministère.

Le ministère évoque aussi les règles de l’assurance-emploi, un programme fédéral, qui n’ont pas été prévues pour offrir une aide financière aux étudiants. On y précise donc : afin de se conformer aux critères d'admissibilité à l'assurance-emploi (AE) du gouvernement fédéral, le programme Connexion NB-AE n'est plus offert.

Le fédéral rejette les motifs invoqués par Fredericton

Sur les demandes du marché du travail, le député Serge Cormier estime qu’il s’agit d’un faux débat.

Il y a un problème de main-d'œuvre au Nouveau-Brunswick depuis plusieurs années, c’est pas nouveau que cette année il y a un problème de main-d'œuvre.

Serge Cormier.

Serge Cormier, député fédéral d'Acadie-Bathurst, rejette les explications avancées par Fredericton pour justifier la fin du programme Connexion AE.

Photo : Radio-Canada / Mario Mercier

« La priorité des étudiants devrait être d’étudier. »

— Une citation de  Serge Cormier, député fédéral d’Acadie-Bathurst

Le programme existe depuis 2008, ce genre de programme-là a été modifié au cours des années, et tous les anciens premier ministre du Nouveau-Brunswick et tous les anciens ministres de postsecondaire, Formation et Travail ont décidé de garder programme-là,, même si le fédéral, depuis les 15 dernières années ont dit à la province, ben vous devriez peut-être modifier le programme, explique le député Serge Cormier.

Le député précise que la décision de mettre fin au programme est la décision du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

Si le gouvernement du Nouveau-Brunswick veut continuer le programme, ils ont juste à peine à revenir sur leur décision, et dire qu’ils veulent continuer le programme, c’est aussi simple que ça, assure-t-il.

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