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Système de paie Phénix : une Terre-Neuvienne a perdu sa maison

Joanne Nemec Osmond.

Joanne Nemec Osmond, ci-dessus devant le centre de l’Agence du revenu du Canada à Saint-Jean, explique que le système de paie Phénix du gouvernement fédéral a mis sa vie sens dessus dessous.

Photo : Radio-Canada / Ariana Kelland

Radio-Canada

Une résidente de Saint-Jean à Terre-Neuve-et-Labrador affirme qu’elle a perdu sa maison, son gagne-pain et sa tranquillité d’esprit à cause des ratés du système de paie Phénix du gouvernement fédéral et qu’elle n’a encore reçu aucune indemnisation.

Joanne Nemec Osmond, 46 ans, a travaillé à l’Agence du revenu du Canada de 2006 à 2018. Elle affirme que Revenu Canada lui doit toujours de l’argent pour son travail et qu’elle ne pourra jamais rétablir son crédit ni récupérer sa maison qu’elle espérait léguer à ses enfants.

Mme Nemec Osmond fait partie des quelque 200 000 employés du gouvernement fédéral qui ont connu de longues périodes sans salaire ou qui ont été moins rémunérés que prévu ou trop rémunérés depuis l’entrée en service du système de paie Phénix.

Le fédéral utilise ce système de paie depuis 2016 qui connaît d'innombrables problèmes et qui a coûté plus de 2,4 milliards de dollars en date d’avril.

Des chèques de 0 $

Joanne Nemec Osmond affirme que peu après l’entrée en service de Phénix, elle a commencé à voir des déductions sur ses relevés de salaire, variant de quelques dizaines à quelques centaines de dollars. Selon elle, l’employeur lui a dit qu’elle avait été trop rémunérée et qu’il devait récupérer ainsi cet argent.

Les problèmes se sont aggravés après qu’elle a accepté un poste mieux rémunéré en 2017. Elle a commencé à recevoir des chèques de 0 $.

Stressée et incapable de faire ses paiements hypothécaires, elle a fait une demande d’assurance-emploi, toujours en 2017. Des erreurs du système Phénix dans son relevé d’emploi l’ont toutefois empêché d’être admissible. Elle a par la suite réussi à toucher de l'assurance-emploi, après une intervention de son député fédéral, Seamus O'Regan.

Mme Nemec Osmond est retournée au travail quelques mois plus tard et a continué à recevoir des chèques de 0 $. Personne ne semblait pouvoir l’aider à corriger cette erreur.

Puis, en 2018, Revenu Canada a mis fin à son emploi. Elle dit qu’elle se sentait bouleversée, accablée, et qu’elle ne savait pas comment obtenir de l’aide.

L’année suivante, sa banque a saisi sa maison pour défaut de paiement hypothécaire. Mme Nemec Osmond et ses deux filles vivent maintenant dans un logement subventionné. Elle doit plus de 33 000 $ à l’institution financière First National.

Joanne Nemec Osmond se désole d’avoir perdu la maison qu’elle et son ex-mari ont construite en 1996 et où ses deux filles sont nées. Elle dit en avoir toujours le cœur brisé.

Ses difficultés se poursuivent

Malgré la fin de son contrat en 2018, Joanne Nemec Osmond a reçu deux formulaires T4, en 2019 et en 2021, indiquant par erreur qu’elle avait des revenus d’emplois ces années-là.

En février 2020, Revenu Canada lui a envoyé une lettre indiquant qu’elle devait rembourser 6926,38 $ pour des versements de salaire excédentaires. Quelques mois plus tard, la somme a été révisée à 5925,88 $. CBC a eu accès à ces lettres.

Un formulaire de l'Agence du revenu du Canada.
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Joanne Nemec Osmond a reçu ce formulaire T4 indiquant un revenu d'emploi gagné chez Revenu Canada en 2021 alors que son emploi s'est terminé en 2018.

Photo : Radio-Canada

Revenu Canada récupère la somme en la déduisant des remboursements d’impôts annuels de Mme Nemec Osmond. Elle dit que c’était aussi bouleversant parce qu’elle avait besoin de cet argent. Elle ajoute qu’elle a reçu un autre T4 peu après indiquant des revenus d’emploi de 1800 $.

Joanne Nemec Osmond dit se sentir comme si son ancien employeur voulait tout lui prendre jusqu’à la dernière goutte de son sang.

Le gouvernement fédéral a promis de verser 2500 $ pour dommages-intérêts généraux à ses employés admissibles et il a annoncé en novembre 2021 une nouvelle catégorie d’indemnité pour dédommager les lourdes pertes financières de ses employés touchés par les problèmes de Phénix.

Mme Nemec Osmond n’a encore reçu aucune indemnisation, mais elle a reçu un avis par courriel confirmant que son cas était en cours de révision.

Le syndicat réclame une enquête

L’Alliance de la fonction publique du Canada affirme que des dizaines de milliers d’employés du gouvernement fédéral sont toujours touchés par les déboires de Phénix et elle réclame une enquête nationale.

Joanne Nemec Osmond affirme que ses tentatives de communiquer avec le syndicat ont échoué. La vice-présidente du syndicat en Atlantique, Colleen Coffey, indique toutefois que l’équipe syndicale qui se penche sur les problèmes de Phénix travaille sans relâche auprès des fonctionnaires pour comprendre pourquoi et comment ils ont subi ces difficultés.

Services partagés Canada dit tester un autre système de paie à l’aide des leçons apprises du système Phénix.

En date du 31 mai, plus de 96 % des réclamations reçues ont été réglées, selon le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada.

Il n’a pas été possible d’obtenir à temps des commentaires de Services publics et Approvisionnement Canada.

D'après un reportage de Ariana Kelland, de CBC

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