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Des « travailleurs de proximité » pour aider les enfants et leur famille

Québec investit 9 millions de dollars sur trois ans dans un projet pilote qui permettra de rejoindre des enfants de moins de 5 ans, par l’intermédiaire d’organismes communautaires, partout dans la province.

Une fillette est assise seule dans l'ombre.

Plusieurs enfants de moins de 5 ans n'apparaissent pas sur les écrans radars du gouvernement du Québec.

Photo : iStock

Aussi étonnant que cela puisse paraître, même en 2022, plusieurs enfants de moins de 5 ans n'apparaissent pas sur les écrans radars du gouvernement. Ils ne fréquentent pas de CPE ni de garderie et sont rarement vus par des médecins. La plupart du temps, ils vivent dans des milieux défavorisés et souffrent souvent de retards moteurs ou de langage, ainsi que de troubles de comportement. Québec veut les retrouver et aider leurs familles, en déployant des « travailleurs de proximité » partout dans la province.

C'est quelque chose qu'on n'a jamais fait auparavant, affirme le ministre de la Famille Mathieu Lacombe. On doit aller vers eux et prendre leur famille par la main pour leur offrir des services, sans les obliger.

Son ministère veut ainsi répondre à une recommandation du rapport de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent. Un projet pilote de 9 millions de dollars sera lancé au cours des prochaines semaines, pour une durée de trois ans.

Mathieu Lacombe prend la parole en conférence de presse.

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe

Photo : Radio-Canada / Patrick Louiseize

Les organismes communautaires et les centres de pédiatrie sociale sont appelés à collaborer au projet. Plusieurs d'entre eux comptent déjà sur ce type d'intervenant, mais chacun fonctionne à sa manière, selon la mission qui lui est confiée. L'un des objectifs du projet pilote sera de développer le concept à l'échelle du Québec, autant pour les milieux urbains et ruraux que pour les communautés autochtones.

Des messagers sociaux

Les travailleurs de proximité sont définis comme un croisement entre le travailleur social et l'intervenant communautaire, appelés à travailler davantage sur le terrain qu'en clinique.

C'est un peu comme les travailleurs de rue, qui vont à la rencontre des gens en difficulté plutôt que d'attendre qu'ils viennent à nos bureaux ou qu'ils nous appellent. Il y a un aspect de dépistage là-dedans, mais un dépistage par des gens capables d'apprivoiser des personnes en difficulté et pas toujours faciles à approcher, explique le Dr Gilles Julien, dont la Fondation est reconnue comme l'un des précurseurs en matière de pédiatrie sociale communautaire. Il qualifie ces travailleurs de messagers essentiels.

Selon lui, cette approche de proximité est d'autant plus nécessaire au sortir de la pandémie, après que de nombreuses familles démunies se soient encore plus isolées. Ces gens-là sont habitués à se camoufler. J'ai vu dernièrement des parents que je n'avais jamais vraiment vus auparavant parce qu'ils étaient toujours masqués avec leurs enfants quand ils sortaient. Ils ont tendance à rester chez eux, à moins s'ouvrir.

Portrait de lui souriant.

Selon le Dr Gilles Julien, l'approche de proximité est nécessaire au sortir de la pandémie de COVID-19.

Photo : Ben Champoux

L'argent de Québec permettra de créer de nouveaux postes de travailleurs de proximité dans les organismes communautaires et les centres de pédiatrie sociale. Les sommes pourront aussi être utilisées pour bonifier le salaire des intervenants qui font déjà le travail. Le Dr Julien estime qu'un ou deux travailleurs par organisme pourront être ajoutés grâce au projet pilote.

Ils devront développer des stratégies pour rejoindre les familles en situation de vulnérabilité qui ne sollicitent pas les services offerts gratuitement par l'État dont elles auraient pourtant besoin. Il peut s'agir d'aide pour trouver des banques alimentaires, des vêtements, des services éducatifs et d'accompagnement. L'objectif principal est de les sensibiliser aux ressources existantes ou de les informer de leur existence.

Des travailleurs partout, dans toutes les régions

On veut les amener vers les services et les outiller pour que leur vie soit meilleure. Il faut qu'elles aient accès à ce qu'elles ont droit, ajoute le ministre Lacombe. Avec le projet pilote, il compte définir précisément le rôle des travailleurs de proximité et trouver les meilleures méthodes pour atteindre les familles.

Le directeur de la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille (FQOCF), Alex Gauthier, espère qu'ils réussiront à trouver le meilleur modèle pour reconduire ce projet pilote de façon permanente et obtenir un financement récurrent pour ce type d'intervenant.

Ils agissent comme une courroie de transmission et sont un frein à l'isolement des familles. Certaines familles peuvent avoir de la difficulté à demander de l'aide et c'est sûr que le problème s'est exacerbé avec la pandémie, explique-t-il.

Depuis deux ans, on a constaté une hausse importante de la toxicomanie, de l'alcoolisme, de la violence conjugale et des problèmes d'adaptation sociale des enfants. Ces familles-là ont besoin d'aide pour sortir du marasme dans lequel elles peuvent s'être enracinées, ajoute M. Gauthier.

Pour les rejoindre, il pense aussi qu'il faudra aller à leur rencontre, sans attendre que ces familles entreprennent les démarches en premier pour demander de l'aide.

Plus on va vers eux, plus on se rapproche d'eux, plus ils viennent nous confier des choses et nous demander des services. Mais si on n'est pas près d'eux, c'est plus difficile et on échappe beaucoup d'enfants qui tombent entre deux chaises et qui passent dans les filets de la DPJ et des CLSC. Ça fait longtemps que je souhaitais un mouvement vers ça. C'est peut-être le début de quelque chose de nouveau, une forme de médecine de proximité, conclut le Dr Gilles Julien.

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