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Trump a tout tenté pour se joindre aux émeutiers du Capitole, selon une ex-employée

Cassidy Hutchinson se lève de son siège dans une salle d'audience.

Cassidy Hutchinson, qui était une assistante de Mark Meadows, ex-chef de cabinet de Donald Trump, témoignait mardi devant la commission du Congrès qui enquête sur l'assaut du Capitole.

Photo : Getty Images / AFP/ANDREW HARNIK

L'ex-président américain Donald Trump aurait tenté de s'emparer du volant de sa voiture de fonction après s'être fait dire qu'il ne pouvait pas se rendre sur le site du Capitole, alors que ses partisans, qu'il savait armés pour certains, s'y dirigeaient pour prendre d'assaut le siège du Congrès, le 6 janvier 2021.

C'est ce qu'a affirmé Cassidy Hutchinson, une assistante de l'ex-chef de cabinet de M. Trump, Mark Meadows, lors d'un témoignage devant la commission d'enquête sur l'assaut du Capitole, qui tenait mardi une audition qui n'était pas initialement prévue à son horaire.

Je suis le foutu [fucking] président. Amenez-moi au Capitole, aurait déclaré M. Trump en s'emparant du volant, selon les faits relatés à Mme Hutchinson dans les minutes qui ont suivi cet événement par l'adjoint de M. Meadows, Anthony Ornato.

L'histoire a été racontée à Mme Hutchinson par M. Ornato à la Maison-Blanche, en présence du responsable de la sécurité du président, Robert Engel, qui avait été pris à partie. Ce dernier, qui avait refusé de suivre l'ordre du président, n'a pas rectifié les faits rapportés par M. Ornato, laissant croire à leur authenticité.

Rapportant les propos d'Anthony Ornato, Mme Hutchinson a aussi dit que Donald Trump se serait servi de son autre main pour contenir M. Engel, la posant près de sa gorge pendant qu’il s’emparait du volant de la limousine.

Monsieur, vous devez retirer votre main du volant, nous rentrons à la Maison-Blanche, lui aurait répondu M. Engel.

Or, cette version a été contredite. En soirée mardi, le reporter de NBC News Peter Alexander a publié sur son compte Twitter qu’une source proche du Secret Service lui a révélé que les deux témoins de la scène affirment le contraire.

Ainsi, selon ce qu'a rapporté le journaliste, Robert Engel et le chauffeur de la limousine sont disposés à venir témoigner sous serment, devant la commission, que le président ne s’est pas jeté sur le volant ni sur personne.

Donald Trump a le poing fermé levé en l'air.

L'ancien président des États-Unis Donald Trump

Photo : Reuters / JIM BOURG

Le président républicain voulait se rendre au Capitole après s'être adressé à des partisans devant la Maison-Blanche au moment où les résultats de la présidentielle, qu'il avait perdue face au démocrate Joe Biden, étaient sur le point d'être certifiés au terme d'un processus présidé par son ex-vice-président, Mike Pence.

Nous allons nous battre comme des diables. Et si vous ne vous battez pas comme des diables, vous n'aurez plus de pays! avait-il alors lancé à ses fidèles. Ces derniers ont ensuite pris d'assaut le Capitole devant des policiers débordés qui n'ont pu contenir la foule.

Au courant de la présence de gens armés

Tandis qu'un responsable de la sécurité mettait en garde contre le fait que certains manifestants avaient des armes à feu ou encore des lances au bout de drapeaux, Mark Meadows n'a presque pas réagi et a continué à regarder son téléphone, a raconté Cassidy Hutchinson.

Selon Mme Hutchinson, M. Trump était parfaitement au courant que certains de ses partisans étaient armés. Avant de prononcer son discours, il s'était plaint que la foule venue l'entendre était trop clairsemée et il s'était fait dire que des gens refusaient d'entrer dans l'enceinte de fortune pour ne pas devoir se délester de leur arme à feu, comme c'était requis.

Je n'en ai rien à foutre [I don't fucking care] s'ils ont des armes. Ils ne sont pas ici pour me faire mal, a déclaré le président avant de s'adresser à la foule, selon Mme Hutchinson. M. Trump voulait que la sécurité soit assouplie pour que les gens puissent s'approcher de sa tribune, même s'ils étaient armés.

Ils ne vont pas me blesser. Retirez les foutus [fucking] détecteurs de métal. Laissez entrer mes partisans [my people]. Ils peuvent marcher jusqu’au Capitole d’ici, aurait lancé Donald Trump, selon ses dires.

Mark Meadows réfléchit.

Mark Meadows était le chef de cabinet de Donald Trump.

Photo : Associated Press / Andrew Harnik

Cette jeune femme, qui travaillait à quelques pas seulement du bureau ovale, a dépeint un président qui se débattait dans la colère pour rester au pouvoir, prônant même l’usage de la violence et refusant de condamner les émeutiers.

À mesure que ses partisans en furie se dirigeaient vers le siège du Congrès américain, l’ancien président et son chef de cabinet n’ont pas semblé se soucier des appels à pendre Mike Pence, a-t-elle décrit.

Elle a cité son ancien supérieur voulant que M. Trump croit que Mike le mérite et, de surcroît, à propos des émeutiers, que le président ne pense pas qu’ils font quelque chose de mal.

D’après Donald Trump, la seule personne qui a mal agi cette journée-là était Mike Pence en ne le soutenant pas, a-t-elle affirmé à la commission.

Des dangers connus

Mme Hutchinson a aussi relaté que l'avocat de la Maison-Blanche Pat Cipollone voulait à tout prix éviter que le président Trump se dirige vers le Capitole. Nous allons nous faire accuser de tous les crimes qu'on peut imaginer, lui a-t-il dit le 3 janvier. Il faut s'assurer que ça ne se produise pas. Ce serait une idée épouvantable.

D'ailleurs, il n'est pas le seul à l'avoir avertie, avant les événements, des dangers encourus. Mme Hutchinson a déclaré que son patron Mark Meadows lui avait dit que les choses pourraient devenir très, très mauvaises le 6 janvier.

Pat Cipollone a les bras croisés.

Pat Cipollone était l'avocat de la Maison-Blanche sous l'administration Trump.

Photo : Associated Press / Patrick Semansky

Lorsque la violence a éclaté au Capitole, le chef de cabinet de Donald Trump n'a presque pas réagi, a déclaré Mme Hutchinson. Peu après l’entrée des premiers manifestants dans le Capitole, relate-t-elle, l'avocat Pat Cipollone s’est précipité au bureau de M. Meadows pour réclamer une réunion d’urgence avec le président.

Le chef de cabinet lui aurait alors répondu que le président ne voulait pas intervenir. Le conseiller a répliqué : Mark, quelque chose doit être fait sinon des gens vont mourir et le sang sera sur tes foutues [fucking] mains, selon Mme Hutchinson.

L'avocat personnel du président Trump, Rudy Giuliani, lui avait plutôt dit quelques jours avant l'assaut du Capitole : Nous irons au Capitole. Ce sera super. Le président sera là. Il aura l'air puissant, a-t-elle déclaré.

À mon souvenir, c'est la première fois que j'ai eu peur et me suis sentie nerveuse à propos de ce qui pourrait se passer le 6 janvier, a ajouté Mme Hutchinson.

Elle a également informé la commission d'enquête que Mark Meadows et Rudy Giuliani avaient manifesté leur intérêt à obtenir un pardon présidentiel relativement à leur implication dans les événements du 6 janvier. Selon l'Associated Press, une source a nié que M. Meadows ait tenté d'obtenir un pardon.

Colère à la Maison-Blanche

Un mois plus tôt, toujours incapable de faire infirmer le vote de l’élection présidentielle, Donald Trump aurait été pris de rage en lisant un reportage de l’Associated Press en prenant son repas.

L'article révélait que le secrétaire à la Justice et procureur général des États-Unis, William Barr, avait reconnu publiquement ne pas avoir trouvé de preuve de fraude électorale qui aurait pu avoir un impact sur l’issue du scrutin.

La Maison-Blanche à Washington

Donald Trump aurait fait une crise dans la salle à manger de la Maison-Blanche après avoir pris connaissance de propos du procureur général William Barr.

Photo : iStock

Mme Hutchinson raconte que le président républicain a été pris d’une terrible colère dans la salle à manger de la Maison-Blanche, si bien qu’il aurait lancé avec fracas son assiette sur un des murs de la pièce.

Ayant entendu du bruit, elle dit être descendue à la salle à manger et avoir constaté que des morceaux de porcelaine jonchaient le sol et qu'il y avait des coulisses de ketchup sur le mur.

Le valet, qui remplaçait la nappe de la table à manger, lui a confié que le président était extrêmement fâché contre M. Barr et qu’il s’était emporté, causant ces dégâts.

Une vaste enquête

Depuis près d'un an, la commission d'enquête sur l'assaut du Capitole a entendu plus de 1000 témoins, dont deux enfants de l'ancien président, et épluché 140 000 documents pour faire la lumière sur les faits et gestes précis de Donald Trump avant, pendant et après cet événement qui a fait trembler la démocratie américaine.

Les neuf élus qui en font partie – sept démocrates et deux républicains rejetés par leur parti – déroulent depuis mi-juin, au cours d'auditions publiques, un récit plaçant Donald Trump et son entourage au coeur d'une tentative de coup d'État.

Vidéos et témoignages à l'appui, ils détaillent méticuleusement les pressions exercées de toutes parts par le milliardaire pour se maintenir au pouvoir, jusqu'à l'assaut du Capitole par ses partisans le 6 janvier 2021.

Le républicain, qui flirte ouvertement avec l'idée de se représenter à la présidentielle de 2024, dénonce avec véhémence les travaux de la commission, fustigeant tour à tour une parodie de justice et une chasse aux sorcières.

C'est tordu et faux, tout comme l'ensemble des travaux de la commission, a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.

Son parti, qu'il tient encore d'une main de fer, a d'ores et déjà promis d'enterrer les conclusions de cette commission s'il venait à prendre les rênes de la Chambre des représentants aux législatives de mi-mandat, en novembre.

Avec les informations de CNN, Agence France-Presse, et Associated Press

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