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L’UOF, un « legs pour les générations futures », dit Dyane Adam

Dyane Adam à un micro.

Dyane Adam quitte son poste à la haute direction de l'Université de l'Ontario français.

Photo : Dyane Adam / Facebook

Maud Cucchi

Ancienne commissaire aux langues officielles, Dyane Adam quitte la tête du Conseil de gouvernance de l'Université de l’Ontario français (UOF) en juin. Un moment propice pour partir sereinement, explique-t-elle.

Entre les financements capricieux, les changements de gouvernements et un long processus chamboulé par une pandémie, la naissance de l'Université de l'Ontario français n'a pas été une sinécure. Dyane Adam, l'une des instigatrices, en raconte les coulisses avant de quitter toutes ses fonctions à la haute direction.

La création de l'Université de l'Ontario français a relevé du véritable parcours du combattant, quel a été le principal obstacle à surmonter?

C’est une course, il y a toujours eu le défi du temps. On était sur une trajectoire conditionnée par des facteurs externes, que ce soit une élection - provinciales, fédérales - donc à chaque moment, on risquait de ne pas avancer dans le projet.

On a eu à peine une fenêtre d’une année pour développer le projet, s’assurer que le gouvernement l’endosse, développe une loi et la passe. Le financement était obtenu que déjà [le provincial] déclenchait des élections en mai-juin 2018. Avec le nouveau gouvernement, [...] il y a une période d’attente, une autre course aux obstacles pour amener ce gouvernement-là à connaître le projet, l’endosser, le financer…

Alors qu'on était pris dans une course folle au temps, le fédéral s’en allait en élections à son tour. [...] Puis on a démarré en pleine pandémie en 2021 dans des conditions exigeantes. On a construit, embauché, créé nos programmes, lancé les premiers cours, tout en virtuel. C’était déjà difficile pour les universités bien établies, alors imaginez pour nous!

« Les équipes étaient toutes motivées par la conviction que c’était un projet qui devait aboutir, cela faisait des décennies que les Franco-Ontariens voulaient une université autonome de langue française, c’était un rendez-vous de l’histoire qu’on ne pouvait pas rater, peu importe les obstacles. »

— Une citation de  Dyane Adam

Comment avez-vous réussi à faire financer l'UOF, à convaincre du bienfondé du projet?

Il faut avoir cette intime conviction qu’on est sur la bonne voie et de ne jamais accepter un "non"; influencer et ne jamais abandonner.

J’avoue que je peux être très entêtée - gentiment - mais je n'arrête pas. On était une équipe très soudée, on a analysé toutes les stratégies tactiques, on a mobilisé tous les alliés et les décideurs pour que ça devienne irréversible et incontournable [dans le camp politique].

Le gouvernement Ford entrait en juin 2018 avec pour priorité l’assainissement des finances publiques. Notre nouveau projet a donc été mis en veilleuse mais j’avais une bonne expérience de travail avec les gouvernements. Il fallait amener ce nouveau gouvernement à comprendre notre projet, l'importance de l’UOF pour la société franco-ontarienne, et ontarienne en général.

« Dès décembre, avec la grande manifestation, la communauté s’est mobilisée autour du projet et j’ai senti que le gouvernement réalisait qu’il avait peut-être commis une erreur. Ils ont été ouverts à nous écouter. »

— Une citation de  Dyane Adam

C’est comme si un train était parti de la gare, roulait à la bonne vitesse et d’un seul coup, plus de carburant.

Puis, on a réussi à avoir un financement du fédéral. Dans l’espace de deux semaines, la ministre Joly et le gouvernement Trudeau ont accepté de nous verser une somme de 1,9 million de dollars.

Enseigne de l'UOF sur la devanture de l'édifice.

L'Université de l'Ontario français à Toronto.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

On avait besoin de cette somme-là pour nous garder vivants. Elle nous a permis d’exister en période d'incertitude et de négocier une entente de principe avant que le fédéral, à son tour, passe en élections.

Comment l'UOF compte-t-elle faire sa marque dans un marché compétitif? Au vu des faibles inscriptions d'élèves ontariens issus du secondaire, aurait-il mieux fallu miser sur des programmes populaires plutôt que d'en créer de nouveaux?

Je crois que les programmes sont parfaits, transdisciplinaires, ils portent sur des enjeux clés pour l’avenir - l’environnement, les cultures numériques, etc.

Ce qui fait que l'université n’a pas beaucoup recruté, c’est que nous sommes en démarrage. Le bac en éducation est approuvé, il reste à être confirmé par l’Ordre des enseignants et nous allons ajouter d’autres programmes en santé mentale, en droit, comme prévu.

« L’UOF c’est un legs pour les générations futures. [...] Avoir une université entièrement de langue française dans la métropole canadienne, qui va devenir un phare pour tous les francophones et les francophonies, pour moi, c’est merveilleux.  »

— Une citation de  Dyane Adam

L'Université cible aussi les étudiants qui sortent des écoles d’immersion ainsi que les francophones des écoles de langue anglaise.

L'idée, c'est d’offrir à ces étudiants déjà francophones un parcours éducatif en français qu’ils pourraient poursuivre en même temps que leurs études universitaires pour s’assurer qu'ils obtiennent leur diplôme dans des établissements de langue anglaise et qu'ils puissent également garder leur français, et même le perfectionner.

Quelle prendrait la forme de cette entente entre universités?

D'alliance, de partenariats, ça peut prendre toutes les formes. Au stade de la conception de l'UOF, nous avions déjà obtenu l’intérêt de l’Université de Toronto, de l'[Université métropolitaine de Toronto], de développer ce genre de passerelles entre deux universités autour de programmes (en science et en santé, par exemple).

L’équipe va travailler dans ce sens dans les prochaines années, pour offrir beaucoup plus de choix à nos étudiants francophones et francophiles.

« L’université va prendre sa place mais la réputation se bâtit. C’est une start-up et on voit que ça pousse. Il faut juste du temps. »

— Une citation de  Dyane Adam

Les universités dites "prestigieuses" sont souvent prises dans les carcans, certains veulent changer les programmes mais ne peuvent pas, les profs sont établis dans leur façon d’être…

Ce n’est pas parce qu’une université a 50 ans et qu’elle a pignon sur rue, qu’elle est plus adaptée aux réalités du marché d’aujourd’hui.

Si vous êtes un paquebot, ça prend plus de temps de se retourner alors que quand vous êtes plus petite, vous avez cette flexibilité et cette capacité d’innover.

Que présage la réélection de Doug Ford pour la francophonie ontarienne?

On est bien en selle et je pense que notre gouvernement actuel comprend bien les enjeux qui touchent la francophonie.

Mme Mulroney a un leadership remarquable au niveau de cette communauté-là, elle a une place importante et a l’oreille de M. Ford alors je pense que nous sommes très bien positionnés pour faire valoir les intérêts des francophones.

Par ailleurs, on ne peut pas faire du militantisme ou travailler avec les gouvernements sans faire preuve de diplomatie. C’est une question de dialogue, d’échange d'idées, d’influence sur les décideurs.

Toutefois, il ne faut jamais lâcher et si l'on n’est pas satisfait, il faut revenir à la charge. C’est d’autant plus important pour un groupe minoritaire.

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