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Des conditions de vie dénoncées à l’Hôpital de Granby

La façade de l'Hôpital de Granby

Julie Croteau dénonce les conditions de vie dans lesquelles réside sa mère.

Photo : Radio-Canada / André Vuillemin

Radio-Canada

La fille d'une patiente en attente d'un hébergement en centre d'hébergement et de soins longue durée (CHSLD) déplore les conditions de vie dans lesquelles vit sa mère depuis des mois à l'Hôpital de Granby. Elle rapporte par exemple qu'un seul bain lui aurait été donné au cours des cinq dernières semaines.

Atteinte d'alzheimer, Denise Valois, 80 ans, ne pouvait plus demeurer dans la résidence privée pour aînés qui l'hébergeait jusqu'en janvier dernier. Une demande pour être transférée dans un CHSLD a donc été faite. Depuis, elle vit à l'Hôpital de Granby en attendant qu'une place se libère.

Selon sa fille, Julie Croteau, les soins ont toujours été difficiles à obtenir, mais la situation se serait aggravée au cours des deux dernières semaines en raison d'une pénurie de personnel. C'est difficile. Ce qu'on veut, c'est que notre parent soit traité avec respect et dignité, qu'il ait les soins de base. Ça fait en sorte que je suis de plus en plus là vu qu'elle a moins de support. C'est triste, se désole-t-elle.

Julie Croteau debout derrière le fauteuil roulant où est assise sa mère, Denise Valois.

Julie Croteau déplore les conditions dans lesquelles vit sa mère, Denise Valois.

Photo : Collaboration spéciale Julie Croteau

Julie Croteau a constaté qu'il y a un seul employé à l'unité où est hébergée sa mère. C'est sûr qu'ils font leur possible, mais prendre soin de 12 personnes aux prises avec des problèmes cognitifs en même temps, être là pour aller à la salle de bain, les faire manger, c'est extrêmement de travail.

Elle soutient que l'accès aux bains est particulièrement difficile. Il y a des fois des toilettes partielles ou complètes au lit, mais des bains, c'est très rare. La dernière fois, ça faisait cinq semaines qu'elle n'avait pas eu de bain. Par manque de personnel, ils ne peuvent pas avoir quelqu'un pour les bains. La dernière fois, c'est moi qui lui a donné.

« C'est triste aussi de voir le personnel qui est à bout de souffle. Ce sont des gens extraordinaires qui sont dévoués. Malheureusement, ils ne peuvent pas tout faire.  »

— Une citation de  Julie Croteau, fille d'une résidente de l'Hôpital de Granby

Mêmes coûts qu'en CHSLD, moins de services

Julie Croteau rappelle que sa mère paye sa place à l'Hôpital de Granby. Elle doit payer le même montant que si elle était en CHSLD. Là-bas, elle aurait un bain par semaine. Ils ont des services, de la stimulation, un paquet de choses qu'on n'a pas à l'hôpital. Ça nous coûte 1700 $ par mois.

Elle a multiplié les démarches pour que les choses changent. Entre autres, elle a porté plainte à l'établissement et elle a contacté la direction de l'unité où demeure sa mère, en vain. On veut prendre soin de notre parent alors on fait tout ce qu'on peut pour l'aider. Malheureusement, ce n'est pas le cas de tout le monde d'avoir des gens qui se battent en arrière.

« C'est difficile de se battre contre le système pour que nos parents aient les services auxquels ils ont droit.  »

— Une citation de  Julie Croteau, fille d'une résidente de l'Hôpital de Granby

Une infirmière dénonce à son tour

Une infirmière, qui travaille à l'unité où Mme Valois est hébergée, a voulu témoigner, de façon anonyme, de la situation qui y prévaut. Le manque de personnel quasi quotidien depuis plusieurs semaines. C'est rendu que tout le monde est à bout de souffle sur l'unité, raconte-t-elle.

Une zone spéciale qui accueille des gens en attente de relocalisation a été créée, selon cette infirmière. C'est comme des murs de Coroplast qui sont sur une base à roulettes dans le but de les déplacer en fonction des arrivées ou des départs. La porte est accrochée sur un rail au plafond et pend dans le vide.

« Les patients sont un peu pris en cage parce qu'on n'a pas assez de ressources humaines pour s'occuper d'eux. Ce sont des patients qui ont besoin d'une surveillance un pour un. On a de la difficulté, avec le manque de personnel, de leur offrir les soins de base. On fait de mieux, mais on fait l'essentiel. On essaye qu'il n'arrive pas d'accident. »

— Une citation de  Une infirmière de l'Hôpital de Granby

Selon elle, si un patient décide de pousser un mur, il y a des risques de blessures et de fugues.

De son côté, le Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est soutient être en processus de dénonciation pour cette unité.

Pas une situation idéale, selon le CIUSSS de l'Estrie - CHUS

Le CIUSSS de l'Estrie - CHUS admet que la situation n'est pas idéale, ni pour les patients, ni pour le personnel. Elle confirme qu'une douzaine de patients en attente d'un hébergement en CHSLD se trouvent sur cette unité qui sert habituellement des patients de courte durée.

Ce qu'on fait pour offrir les meilleurs soins possibles, on regroupe les patients dans un même secteur et que le bon personnel y soit pour en prendre soin, explique Patricia Bourgault, directrice des soins infirmiers au CIUSSS de l'Estrie - CHUS.

Patricia Bourgault soutient que les cloisons mises en place servent à assurer la sécurité des usagers. Elles servent, selon elle, de reproduire une petite unité et de permettre à ces patients de circuler, sans errer dans le secteur de courte durée. Quant aux bains, sans préciser leur fréquence, elle affirme que les patients reçoivent régulièrement une toilette à leur chevet ou au lit.

« On met des choses en place pour cette clientèle-là. Ce n'est pas la première unité où on doit se réajuster, se réorganiser. On l'a vu du côté du Granit, de Sherbrooke. On va adapter la façon de soigner pour bien prendre soin de ses gens-là. »

— Une citation de  Patricia Bourgault, directrice des soins infirmiers au CIUSSS de l'Estrie-CHUS

Il y a toutefois un goulot d'étranglement pour obtenir une place en CHLSD, admet le Dr Benoît Heppell. Les lits qu'on est capable d'ouvrir en CHSLD sont occupés par un patient. Quand un lit se libère, on est capable de donner le congé à l'hôpital à un patient qui attendait depuis un certain temps. La roue tourne de cette façon.

Selon le Dr Heppell, 89 personnes attendent une place en CHSLD. C'est un peu pour nous des records.

« Le phénomène de la personne âgée qui arrive à l'hôpital et qui ne peut plus rester dans son milieu de vie, ce n'est pas nouveau [...] Mais dans les dernières années, ce phénomène-là s'est accentué. »

— Une citation de  Dr Benoît Heppell

Le médecin affirme que la demande varie, mais que les délais peuvent être plus longs lorsqu'une personne a de grands besoins. Il estime toutefois que de façon générale, ce phénomène de vieillissement et d'épuisement des milieux ira en s'accentuant, et se répercutera sur les lits de courte durée.

« L'hôpital, ce n'est pas un milieu de vie. Il faut reconnaître la souffrance des gens. C'est souffrant pour la famille, pour le personnel.[...] Il faut rendre ces milieux-là les plus accueillants et les plus adaptés possibles à la personne âgée, mais ça reste sous-optimal et espérons que ces gens-là puissent avoir une place en CHSLD le plus rapidement possible. »

— Une citation de  Dr Benoît Heppell

Avec les informations de Marie-Hélène Rousseau

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