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Cinq ans de prison pour le plus vieil accusé de crimes nazis

L'homme, en fauteuil roulant, se cache le visage avec une pochette.

L'ex-gardien de camp de concentration, Josef Schütz, n'a exprimé aucun regret au cours des nombreuses audiences.

Photo : Getty Images / ADAM BERRY

Agence France-Presse

La justice allemande a condamné mardi à une peine cinq ans de prison un ancien gardien de camp de concentration nazi, Josef Schütz, 101 ans, la personne la plus âgée à être reconnue coupable de complicité de crimes commis pendant l'Holocauste.

Cet ancien sous-officier des Waffen-SS a été jugé coupable de complicité dans le meurtre d'au moins 3500 prisonniers lorsqu'il opérait, entre 1942 et 1945, dans le camp de Sachsenhausen, au nord de Berlin.

Pendant trois ans, vous avez regardé comment des prisonniers étaient torturés et tués sous vos yeux [...] par votre positionnement sur le mirador du camp de concentration, vous aviez constamment la fumée du crématorium dans le nez, a déclaré le président du tribunal de Brandebourg-sur-la-Havel, Udo Lechtermann.

« Toute personne voulant fuir le camp était fusillée. Ainsi, tout gardien de camp a participé activement à ces meurtres. Il y a des endroits où on ne doit pas être et des choses qu'on ne doit pas faire. »

— Une citation de  Udo Lechtermann, président du tribunal de Brandebourg-sur-la-Havel

À l'annonce de la sentence, plus importante que le minimum de trois ans de prison pour complicité de meurtres inscrit dans le droit allemand, l'accusé en fauteuil roulant, habillé d'une chemisette grise et d'un pantalon de pyjama, est resté stoïque.

L'homme se tient debout, les bras sur les hanches.

Le juge Udo Lechterman lors du procès de l'ancien gardien de camp de concentration nazi, le 28 juin 2022.

Photo : Getty Images / ADAM BERRY

Son avocat, Stefan Waterkamp, a dans la foulée annoncé qu'il irait en cassation, repoussant au mieux à 2023 une application de cette peine qui semble hypothétique étant donné l'état de santé fragile de M. Schütz.

Il n'a exprimé aucun regret

Jamais au cours de la trentaine d'audiences il n'aura exprimé le moindre regret. Au contraire, lundi, il a encore nié toute implication, se demandant pourquoi il était là, et a affirmé que tout est faux à son sujet.

Josef Schütz a avancé plusieurs récits sur son passé, parfois contradictoires. Dernièrement, il a prétendu avoir quitté la Lituanie au début de la Seconde Guerre mondiale pour rejoindre l'Allemagne, où il aurait travaillé comme ouvrier agricole durant tout le conflit. Une version contestée par plusieurs documents historiques mentionnant notamment son nom, sa date et son lieu de naissance, prouvant qu'il avait bien été affecté de fin 1942 à début 1945 à la division Totenkopf des Waffen-SS.

Après la guerre, Josef Schütz a été transféré dans un camp de prisonniers en Russie, puis s'est installé dans le Brandebourg, près de Berlin, travaillant comme paysan puis serrurier, sans jamais être inquiété.

Un avertissement aux auteurs de crimes de masse

La peine correspond aux attentes des plaignants, justice a été rendue, s'est félicité l'avocat de 11 des 16 parties civiles Thomas Walther.

Jamais je ne pourrai lui pardonner : tout être humain faisant face à des atrocités a le devoir de s'y opposer, a fustigé, larmes aux yeux, Antoine Grumbach, 80 ans, dont le père, engagé dans la résistance en France, est mort à Sachsenhausen.

« Ce verdict marque un engagement pénal pour l'avenir et représente un avertissement aux auteurs de crimes de masse : quel que soit leur niveau de responsabilité, leur responsabilité juridique est engagée. »

— Une citation de  Guillaume Mouralis, directeur de recherche au CNRS et membre du Centre Marc Bloch à Berlin

Entre son ouverture en 1936 et sa libération par les Soviétiques le 22 avril 1945, le camp de Sachsenhausen a vu passer quelque 200 000 prisonniers, principalement des opposants politiques, des juifs et des homosexuels. Des dizaines de milliers d'entre eux ont péri, victimes principalement d'épuisement dû au travail forcé et aux cruelles conditions de détention.

Des couronnes déposées devant une sculpture commémorative.

Site du mémorial « Station Z » de l'ancien camp de concentration de Sachsenhausen.

Photo : Getty Images / SOEREN STACHE

Pourtant simple gardien de camp, M. Schütz a été condamné à une lourde peine comparativement à d'autres décisions récentes, illustrant la sévérité accrue, quoique jugée très tardive par les victimes, de la justice allemande.

En juillet 2020, un tribunal avait infligé une peine de deux ans de prison avec sursis à un ex-gardien du camp de Stutthof, Bruno Dey, 93 ans.

Le cas le plus emblématique a été la condamnation à cinq ans de prison de l'ancien gardien du camp d'extermination de Sobibor John Demjanjuk en 2011. Il avait fait appel et était décédé un an plus tard, sans avoir été incarcéré.

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