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Des centaines de manifestantes réunies au Québec pour le droit à l’avortement

Des manifestantes brandissent des pancartes devant le palais de justice de Montréal en signe d'appui au droit à l'avortement.

Des dizaines de manifestantes ont défendu le droit à l'avortement devant le palais de justice de Montréal dimanche.

Photo : Twitter/Marie-Josée Paquette-Comeau

La Presse canadienne

Des centaines de manifestants dans tout le Québec ont exprimé dimanche leur indignation à la suite de la révocation de l'arrêt Roe c. Wade par la Cour suprême des États-Unis, qui invalide le droit à l'avortement à l'échelon fédéral dans ce pays.

Malgré la chaleur accablante, de nombreuses personnes se sont massées devant le palais de justice de Montréal, brandissant des pancartes avec des inscriptions telles que Mon corps, mon choix, final bâton ou Autonomie pour tous.

Une manifestante s'était déguisée en personnage de la série La Servante écarlate et tenait une pancarte sur laquelle on pouvait lire Ce n'est plus de la fiction.

La Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) a organisé la manifestation de dimanche avec d'autres partenaires afin de manifester son appui aux femmes des États-Unis et de dénoncer la montée du mouvement antiavortement au Québec.

C'est un message de solidarité avec les femmes et les personnes américaines qui seront désormais obligées de reporter des actions contre les grossesses non désirées, mais c'est aussi un message de solidarité avec les Québécoises qui sont pro-choix de se retrouver ensemble et de se mobiliser contre le mouvement culturel anti-choix, a indiqué la co-coordonnatrice de la FQPN et responsable du dossier avortement, Jess Legault.

Des manifestantes brandissent des pancartes en faveur de l'avortement devant le palais de justice de Montréal.

Les manifestantes à Montréal ont témoigné leur appui aux Américaines visées par la décision de la Cour suprême des États-Unis d'invalider l'arrêt Roe c. Wade, ce qui permet aux États d'interdire ou de limiter le recours à l'avortement.

Photo : Twitter/Marie-Josée Paquette-Comeau

Les droits des femmes, c’est toujours fragile

La députée de Québec solidaire (QS) Manon Massé était sur place au palais de justice de Montréal pour manifester son appui au mouvement pro-choix. Ces dictateurs de nos corps doivent comprendre qu'ils n'ont absolument aucune légitimité pour faire cela. Cette bataille aux États-Unis est un pas de recul et il faut veiller, il faut être là et ouvrir l'œil, parce que les droits des femmes, c'est toujours fragile, a déclaré Mme Massé.

La députée était ravie de constater la mobilisation de nombreuses femmes et des diversités de genre, mais elle a aussi souligné qu'il est important que les hommes soient à leurs côtés pour dire qu'ils reconnaissent ce droit.

Mme Massé souhaite envoyer un message solidaire aux personnes lésées par cette situation aux États-Unis.

« On doit tendre la main à nos sœurs américaines et leur dire : "Vous êtes les bienvenues au Québec." On veut qu'elles entendent notre solidarité. »

— Une citation de  Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire

Elle estime que les droits des femmes et des minorités sont constamment en danger. Avec Roe c. Wade, ce n'est pas juste le droit des femmes qui va "manger la claque", c'est aussi le droit des minorités sexuelles, c'est aussi le droit à la contraception. Je ne dirais pas qu'on est menacées, mais le danger est toujours sous-jacent, a affirmé Manon Massé.

Des manifestantes présentes craignent aussi que la décision de la Cour suprême aux États-Unis ait des répercussions de notre côté de la frontière. Je suis enragée, indignée, et je ne veux pas que le Canada ou le Québec reculent. Ce sont 50 ans de recul, a dit Monique Lauzière, présente à la manifestation de Montréal.

Josée Desrosiers, qui faisait partie de la foule, abonde dans ce sens. Est-ce qu'il existe des lois pour contrôler le corps des hommes? Non, il n'y en a pas, s'indigne-t-elle.

Elle estime qu'à compter de l'élection de Donald Trump aux États-Unis, en 2016, ça augurait mal pour les droits des femmes. Maintenant, il a laissé sa trace, dit-elle.

Mme Desrosiers s'inquiète aussi pour le droit des gais, la contraception, les mariages interraciaux et les droits des femmes. S'il y a quelque chose d'établi et qu'ils sont capables de reculer comme ça, qu'est-ce qui protège les autres choses qui sont acquises? a quant à elle soulevé Mme Lauzière.

Accès inégal au Québec

L'accès aux soins en avortement est inégal dans la province. C'est sûr que notre situation au Québec est beaucoup plus avancée qu'aux États-Unis, admet Mme Legault. Par contre, il y a trois régions qui ont un seul centre de services en avortement, et certains points ont seulement une journée de service par semaine. Donc, il y a des femmes et des personnes qui doivent attendre jusqu'à quatre semaines pour un avortement.

Manon Massé affirme qu'il faut améliorer les choses en offrant plus de services sur l'ensemble du territoire et que cela passe inévitablement par des investissements.

On doit aussi bonifier les services d'interruption volontaire de grossesse au troisième trimestre, dit-elle, car on allait encore occasionnellement aux États-Unis pour les femmes qui étaient au troisième trimestre.

Par ailleurs, l'accès à la pilule abortive est limité par des restrictions du Collège des médecins du Québec (CMQ). Le Collège des médecins doit "lâcher du lousse" : c'est notre vie, notre corps, et en ce sens, j'invite le gouvernement du Québec à brasser la cage, soutient Mme Massé.

Jess Legault soutient que les limitations sur l'avortement par voie médicamenteuse sont non fondées sur la science. Elle explique que ces restrictions ont été instaurées en 2015 par Santé Canada mais qu'elles ont été levées par toutes les autres provinces en 2019 avec les nouvelles données probantes qui ont montré que l'avortement par médicament est sécuritaire.

De plus, elle mentionne que dans les autres provinces, l'accès est simplifié puisque des sages-femmes et des médecins de famille peuvent prescrire la pilule abortive.

Par ailleurs, Mme Legault croit qu'avec la limitation du droit à l'avortement aux États-Unis, les groupes anti-choix tenteront de prendre de l'ampleur.

Au Québec, les femmes et les personnes qui font face à une grossesse non planifiée ont accès à trois ressources pro-choix pour les accompagner dans leur prise de décision alors qu'il y a une vingtaine de centres anti-choix. Elle affirme que ces centres diffusent de fausses informations et que cela pose un véritable danger pour les femmes.

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