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Des détenus ontariens dénoncent un projet pilote sur la sécurité dans les prisons

Les mains d'un détenu à l'extérieur des barreaux d'une cellule de prison.

Le programme pilote a été mis en place en septembre 2021 dans la prison et le centre correctionnel de Thunder Bay ainsi que le Centre de détention Toronto Est. (Archives)

Photo : La Presse canadienne

Radio-Canada

Des prisonniers ainsi que des militants pour les droits des personnes incarcérées dénoncent un nouveau programme pilote mis en place par le gouvernement ontarien dans des établissements carcéraux. Ce programme vise, selon la province, à évaluer les risques associés au comportement des détenus, mais il nuit considérablement à ces derniers, estiment de nombreux intervenants.

Dès le début de son incarcération au Centre de détention Toronto Est en septembre 2020, Bryan Herrington indique qu’il avait de bons rapports avec le personnel et qu’il était actif lorsqu’il sortait de sa cellule.

Mais tout a changé en janvier dernier.

Plusieurs prisonniers ont été répartis dans des unités de sécurité minimum, maximum et moyenne au sein du même centre de détention. M. Herrington, qui fait face à de graves accusations, dont l’appartenance à une organisation criminelle, a été placé dans une unité de sécurité maximum en attendant son procès.

C’est là que tout a empiré, raconte-t-il.

Bryan Herrington porte casquette bleue

Bryan Herrington est incarcéré au Centre de détention Toronto Est.

Photo : Bryan Herrington

Le prisonnier indique qu’alors qu’il pouvait passer plusieurs heures en dehors de sa cellule auparavant, il n’avait plus droit qu’à deux heures par jour, tout comme ses codétenus dans la même unité.

« Ça a été un changement radical pour nous tous. C’est un choc pour notre santé mentale.  »

— Une citation de  Bryan Herrington, incarcéré au Centre de détention Toronto Est

Ces changements découlent d’un projet pilote de la province connu sous l'acronyme SAFER (Security Assessment for Evaluating Risk) ou Évaluation des risques de sécurité. Le ministère du Solliciteur général de l’Ontario le décrit comme étant un outil visant à évaluer le risque de sécurité que représente un prisonnier au moment de son admission dans un centre de détention et tout au long de son incarcération, et qui aide le personnel à anticiper et à gérer les comportements inadéquats des prisonniers dans les établissements correctionnels.

Ce programme pilote a été mis en place en septembre 2021 dans la prison et le centre correctionnel de Thunder Bay ainsi que le Centre de détention Toronto Est.

À ce dernier, de nombreux prisonniers ont souvent souligné que la mise en œuvre du programme a engendré des confinements fréquents, des mauvais traitements des détenus de la part du personnel ainsi qu’une réduction des programmes offerts aux prisonniers.

Le président du syndicat des gardiens de la prison indique toutefois que le programme est efficace parce qu’il permet au personnel de mieux gérer leurs ressources, tout en permettant aux détenus des unités de sécurité minimum et moyenne de se sentir en sécurité.

Une vue extérieur le soir de la prison de Thunder Bay.

Les centres de détention de Thunder Bay est l'un des trois établissements carcéraux où le projet pilote de la province a été mis en oeuvre.

Photo : CBC/Jody Porter

CBC News a recueilli les témoignages de deux autres détenus de l’unité de sécurité maximum, qui voulaient garder l’anonymat de peur de subir des représailles. Ils affirment tous que le système de pointage employé dans le cadre du programme SAFER pour classer les prisonniers semble être arbitraire et que les révisions de leur classement — qui pourraient permettre de rétrograder les prisonniers et les placer dans des unités de sécurité inférieures — n’ont pas lieu à temps.

Les détenus disent aussi avoir subi et été témoin de violences de la part du personnel depuis la mise en place du projet pilote.

Les gens peuvent bien se comporter sans que leur score ne change, ou leur score peut s’améliorer sans qu’ils aient fait quoi que ce soit pour en arriver là, a indiqué l’un des détenus.

De la ségrégation réemballée, dénonce un organisme

Richard Miller, fondateur de l’organisme Keep6ix, un organisme sans but lucratif qui aide les personnes marginalisées à naviguer le système judiciaire, affirme avoir reçu des échos de nombreux détenus et de leurs familles depuis le lancement du projet pilote.

Ils se plaignent de ne pas pouvoir sortir prendre de l’air, de ne pas pouvoir communiquer avec leurs familles, indique M. Miller.

Il a d’ailleurs fait part de ces préoccupations, dans une lettre, à l’ancienne solliciteure générale Sylvia Jones, qui vient d’être remplacée par Michael Kerzner.

Il y a plusieurs prisonniers noirs qui allèguent avoir reçu des insultes raciales et des propos désobligeants. On leur a dit de retourner dans "leur cage" [...]. C’est du langage généralement employé dans un zoo et non pour s’adresser à des individus dans un centre de détention, peut-on lire dans la lettre de M. Miller.

Le programme SAFER équivaut à de la ségrégation réemballée, selon M. Miller, qui demande à la province d’y mettre fin.

Le ministère se défend

Dans une déclaration à CBC News, le ministère du Solliciteur général de l’Ontario indique qu’il compte évaluer l’efficacité des projets pilotes une fois qu’ils auront pris fin [...] et continue de chercher des outils et des ressources qui pourraient être employées dans les établissements carcéraux de l’Ontario pour s’assurer que les prisonniers et le personnel soient en sécurité.

Le ministère ajoute qu’il ne peut pas commenter des cas individuels, mais souligne que les prisonniers sont évalués régulièrement afin de déterminer le niveau de sécurité dans lequel ils doivent être placés.

Tous les agents correctionnels doivent se conformer au Code de conduite et de déontologie des Services correctionnels de l’Ontario, selon lequel le personnel doit maintenir un environnement de travail équitable, inclusif et exempt de toutes formes de discrimination et de harcèlement, souligne également le ministère.

Un homme tient les barreaux d'une cellule de prison.

Le ministère du Solliciteur général de l'Ontario indique qu'il compte évaluer l'efficacité du projet pilote une fois qu'il aura pris fin.

Photo : iStock

Le président de la section locale 582 du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario, Jason Mushynski, indique que tout nouveau programme connaît des écueils. Il affirme qu’au début de la mise en œuvre du programme SAFER, certains détenus placés dans des unités de sécurité maximum ont admis qu’ils avaient tenté de le saboter — ce que reconnaît l’un des détenus à qui CBC News a parlé.

M. Mushynski dit n’être au courant d’aucune allégation de comportement raciste de la part d’agents correctionnels.

Le système de pointage de SAFER est aussi équitable, observe-t-il, d’autant plus que le score d’un détenu est déterminé par un algorithme qui tient compte d’une centaine de facteurs comme l’âge, les antécédents d’un détenu et la gravité des accusations auxquelles il fait face.

Avec les informations de CBC News

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