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Les données personnelles en jeu après l’abolition du droit à l’avortement aux États-Unis

Une femme tient une affiche où il est écrit «laissez mon corps tranquille» devant la Cour suprême des États-Unis.

Plusieurs personnes ont manifesté contre la décision de la Cour suprême des États-Unis vendredi de renverser l'arrêt Roe c. Wade, qui protégeait le droit à l'avortement à l'échelle nationale.

Photo : AFP / ROBERTO SCHMIDT

Agence France-Presse

La recherche d'un service de planification familiale sur Google, une discussion avec une amie enceinte sur Facebook ou des données sur une application de suivi du cycle menstruel : voilà autant de traces numériques qui pourraient être retenues contre des femmes et leurs « complices » en cas d'avortement dans certains États américains.

Des démocrates et des associations de défense des droits de la personne ont appelé les grandes plateformes technologiques à mieux protéger les données personnelles, dans la foulée de la décision vendredi de la Cour suprême des États-Unis de révoquer le droit fédéral à l'avortement.

La différence entre aujourd'hui et la dernière fois que l'avortement était illégal aux États-Unis, c'est que nous vivons dans une ère de surveillance en ligne sans précédent, a réagi sur Twitter Eva Galperin, directrice de la cybersécurité de l'ONG Electronic Frontier Foundation (EFF).

Si les entreprises technologiques ne veulent pas que leurs données se transforment en souricière [...], elles doivent cesser de récolter ces données maintenant. Il ne faut pas les vendre et il ne faut pas les avoir quand les mandats de justice arriveront, a-t-elle martelé.

Une récolte de données à double tranchant

Google et Meta (Facebook, Instagram, Messenger) suivent à la trace leurs utilisateurs et utilisatrices pour pouvoir vendre aux publicitaires des espaces de publicité très ciblés et personnalisés.

Les informations récoltées sont anonymisées, mais restent accessibles pour les autorités munies d'un mandat. Or, après la décision de la Cour suprême, de nombreux États conservateurs ont déjà prévu de bannir les interruptions volontaires de grossesse sur leur sol.

Le logo de l'entreprise Google.

L'entreprise mère de Google, Alphabet, continue d'engranger des profits très importants, en raison de sa position sur le marché de la publicité en ligne.

Photo : Reuters / Arnd Wiegmann

Certaines lois adoptées avant même l'arrêt de la Cour suprême, comme au Texas en septembre, encouragent de simples citoyens et citoyennes à intenter des poursuites contre des femmes soupçonnées d'avoir avorté ou des personnes les ayant aidées – même un chauffeur Uber qui les aurait emmenées à la clinique, par exemple.

Les technologies de Google risquent donc de devenir des outils pour les extrémistes qui veulent réprimer les personnes en quête de soins de santé liés à la reproduction, ont écrit 42 élus et élues des États-Unis dans une lettre ouverte adressée à la fin mai au dirigeant de Google, Sundar Pichai.

Car Google conserve des informations sur l'emplacement géographique de centaines de millions d'utilisateurs et d'utilisatrices de téléphones intelligents qu'il partage régulièrement avec des agences gouvernementales, ont-ils ajouté.

Les géants technologiques muets

Google n'a pas réagi à plusieurs sollicitations de l'AFP sur ce sujet. Meta et Apple n'ont pas répondu non plus.

Jusqu'à présent, ils sont restés discrets, remarque Corynne McSherry, directrice juridique de l'ONG EFF.

Ils peuvent et devraient faire beaucoup plus pour protéger la confidentialité des données des utilisateurs et utilisatrices, a-t-elle souligné. Et si cela perturbe leur modèle économique, c'est qu'il est temps de changer de modèle, a-t-elle renchéri.

L'association a publié une liste de recommandations à l'intention des plateformes : récolter moins de données, les chiffrer, ne pas les partager avec des entreprises douteuses ou encore ne pas obliger les utilisateurs et utilisatrices à s'authentifier.

L'organisation les appelle aussi à ne pas céder à toutes les éventuelles demandes, comme un mandat qui exigerait des informations sur tous les téléphones intelligents à proximité d'un service de planification familiale.

Un téléphone cellulaire avec ses différentes applications.

Les réseaux sociaux sont accusés d'utiliser les données personnelles de leurs utilisateurs et utilisatrices à des fins de publicité.

Photo : La Presse canadienne / Jenny Kane

Protéger ses données

Mais même si les entreprises faisaient des efforts, cela ne dispenserait pas les personnes concernées de prendre elles-mêmes des mesures pour protéger leurs données personnelles, reconnaît l'ONG.

Elle leur conseille de se servir de moteurs de recherche moins gourmands en données, comme DuckDuckGo, de messageries cryptées comme Signal ou ProtonMail, et même de réseaux virtuels privés (VPN). Il s'agit d'outils numériques prisés des militants et militantes et des journalistes dans les pays autoritaires.

Sur TikTok et Instagram, des influenceuses appellent en outre à supprimer les applications mobiles pour la fertilité ou la contraception.

Natural Cycles (NC) a entrepris de créer une expérience complètement anonyme, a déclaré vendredi Elina Berglund Scherwitzl, cofondatrice de cette application, sur Twitter.

L'objectif est de faire en sorte que personne – pas même Natural Cycles – ne puisse identifier l'utilisatrice, a-t-elle insisté.

Mais au-delà des entreprises, et des citoyens et citoyennes, la responsabilité de protéger les données sensibles devrait revenir aux autorités, rappellent des politiques.

Vue panoramique du Capitole, derrière deux drapeaux des États-Unis.

Le Capitole, à Washington, abrite le Congrès des États-Unis, constitué du Sénat et de la Chambre des représentants.

Photo : Reuters / Yuri Gripas

Ce n'est pas aux individus de trouver comment supprimer leurs traces, et quelles applications sont sûres ou pas. C'est à nous, au gouvernement, de faire notre travail, a estimé vendredi Sara Jacobs, une parlementaire démocrate en entrevue avec l'AFP.

Au début de juin, elle a déposé au Congrès un projet de loi (My Body My Data Act, ce qui signifie en français mon corps mes données) qui obligerait notamment les entreprises à ne récolter que les informations de santé strictement nécessaires pour fournir leurs services.

La Californie et certains États américains ont adopté ces dernières années des lois pour mieux encadrer la confidentialité des informations personnelles en ligne, mais le Congrès n'arrive pas à se mettre d'accord sur une loi fédérale.

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