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S’adapter aux canicules sans devenir des « sociétés climatisées »

Deux personnes sont debout à la plage avec des gratte-ciel derrière.

Fin juin 2021, une canicule extrême s'est installée sur tout l'Ouest canadien, avec des températures allant jusqu'à 47,9 °C par endroits.

Photo : Ben Nelms / CBC

La Presse canadienne

Un an après le dôme de chaleur mortel en Colombie-Britannique, des experts lancent une mise en garde sur la climatisation qui, selon eux, n’est pas une solution durable face aux canicules. Ils prônent plutôt des mesures d’aménagement urbain pour éviter un désastre environnemental.

Du 25 juin au 1er juillet 2021, la Colombie-Britannique a vécu un épisode de canicule extrême, qui a causé la mort de 619 personnes en une semaine. Les victimes étaient principalement des personnes âgées ou ayant des problèmes de santé chronique qui vivaient seules, d’après le Bureau du coroner de la Colombie-Britannique.

Parmi ces décès, 98 % se sont produits à l'intérieur.

Je crains que la ventilation mécanique devienne une mesure parapluie pour tous les bâtiments, ce qui est extrêmement problématique, affirme Adam Rysanek, professeur associé en systèmes environnementaux à l’école d’architecture de l’Université de la Colombie-Britannique.

Nous allons totalement nous habituer à ces sociétés climatisées, avec nos fenêtres fermées tout le long de l’année, ajoute celui qui dirige le groupe de recherche de l’université sur les décisions concernant les bâtiments.

Dans le West End, un quartier vancouvérois, plusieurs habitants gardent leur volets clos pour maintenir un semblant de fraicheur à l'intérieur.

Dans le West End, un quartier vancouvérois, plusieurs habitants gardent leurs volets clos pour maintenir un semblant de fraîcheur à l'intérieur.

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Or, la façon dont les bâtiments sont construits, voire colorés, peut aider à pallier le problème, soutient Adam Rysanek. Les surfaces plus claires réfléchissent moins la lumière, que ce soit sur les bâtiments ou les routes asphaltées.

Ces solutions, qui ont fait leurs preuves, devraient être davantage prises en compte par l'industrie de la construction et les urbanistes, selon lui.

Une branche d'arbre avec des feuilles jaunes et desséchées sur fond de ciel bleu, d'arbres avec des feuilles vertes et un immeuble.

La Commission des Parcs de Vancouver affirme que les arbres sont assoiffés en raison de la vague de chaleur et ont besoin de l'aide des résidents.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Politique robuste de végétalisation urbaine à adopter

Si les villes ne s’assurent pas qu’il y a suffisamment d’arbres autour des bâtiments, on se tire une balle dans le pied, en matière de charge énergétique et de demande en refroidissement des futurs bâtiments, dit Adam Rysanek.

La végétation joue un rôle de protection, en leur créant de l’ombre, et contribue également au refroidissement par évaporation des espaces.

Adam Rysanek appelle les gouvernements à adopter des politiques très robustes de végétalisation et d’aménagement du paysage pour réduire les risques de canicules extrêmes.

Metro Vancouver s’est donné comme cible d'accroître sa canopée urbaine de 32 à 40 % d’ici 2050. Toutefois, un rapport de 2019 note que la végétation existante est en déclin dans la région, à cause du développement urbain.

À Coal Harbour, les jeux d'eau font le bonheur des enfants.

À Coal Harbour, à Vancouver, les jeux d'eau font le bonheur des enfants.

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Résoudre les problèmes de multiples façons

La restauration des espaces de canopée urbaine peut avoir d’autres bénéfices, renchérit Alex Boston, directeur général du Programme des villes renouvelables de l’Université Simon Fraser, qui a participé au panel de révision du dôme de chaleur de 2021 du Bureau du coroner de la Colombie-Britannique.

Les arbres et la végétation peuvent aider à réduire les risques d'inondation, tandis que les parcs peuvent servir de hub social pour réduire l’isolement et créer un sentiment d'appartenance à la communauté, explique-t-il.

Le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans qui vivent seules augmente. Or, ce sont deux facteurs de risque importants soulignés dans le rapport du Bureau du coroner, rappelle Alex Boston.

Les aînés ayant des problèmes de santé chroniques et vivant avec une forme de privation sociale ou matérielle sont également plus touchés.

« Il peut s’agir de leur salaire, de la nature de leur maison, de leur quartier qui n’a peut-être pas suffisamment d’arbres. Tous ces facteurs entrent en jeu, et nous devons tous les régler de façon simultanée. »

— Une citation de  Alex Boston, directeur général, Programme des villes renouvelables

Nous avons des problèmes complexes. Si on ne pense qu’à un composant isolé, on ne maximise pas les bénéfices de régler ces problèmes. Nous devons faire de la résolution multiple, ajoute-t-il.

Une affiche à l'entrée d'un magasin Canadian Tire.

Une affiche à l'entrée d'un magasin Canadian Tire indiquant qu'il n'y a plus de climatiseurs ni de ventilateurs disponibles.

Photo : ben nelms/cbc / Ben Nelms

Climatiseurs trois fois plus demandés d’ici 2050

L’utilisation de climatiseurs dans les espaces résidentiels a augmenté de 34 % depuis 2001 en Colombie-Britannique, d'après un rapport de BC Hydro de 2020. Près du tiers des répondants ont indiqué qu'ils programmaient leur thermostat à moins de 19 degrés Celsius.

Pourtant, les appareils de climatisation portatifs consomment 10 fois plus d’énergie qu’un système de climatisation central ou une pompe à chaleur, indique le rapport.

À l’échelle mondiale, la demande en climatiseurs pourrait tripler d’ici 2050, d’après un rapport de l’Agence internationale de l’énergie de 2018. C’est autant que l'électricité consommée aujourd'hui par toute la Chine et l’Inde ensemble, d’après les estimations du rapport.

Deux personnes assises sur un banc devant un lac enfumé.

Des personnes regardent un lac enfumé à Kamloops, en Colombie-Britannique, pendant les feux de forêt de l'été 2021.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Poursuivre dans cette direction compliquera l’atteinte des cibles de réduction des gaz à effet de serre pour limiter les changements climatiques, affirme Adam Rysanek.

« Si on exacerbe le problème, le coût de développement des bâtiments sera négligeable face aux impacts climatiques que l’on va subir. »

— Une citation de  Adam Rysanek, professeur associé, Université de la Colombie-Britannique

Le gouvernement de la Colombie-Britannique devrait prévoir des mesures incitatives sur les options de refroidissement non mécaniques pour les maisons et les bâtiments commerciaux, selon lui.

Installer des ventilateurs et des systèmes de refroidissement par rayonnement serait efficace pour aider les résidents, avant même qu’ils aient besoin d’allumer leur climatiseur, soutient Adam Rysanek. Nous devons encourager les décideurs politiques à réaliser qu’il y a un monde d'options devant nous, dit-il.

Le pire reste à venir

Les changements climatiques accroissent la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur, prévient Rachel White, professeure associée du département de la Terre, des Océans et des Sciences atmosphériques de l’Université de la Colombie-Britannique.

Quand nous aurons des canicules normales dans le futur, elles seront plus intenses que celles auxquelles on est habitués, prévient-elle.

Nous devons agir maintenant pour éviter que la situation ne devienne effroyable dans 40 ou 50 ans, conclut Adam Rysanek.

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