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Quand l’invalidation de Roe c. Wade fait réagir dans les régions proches des États-Unis

Une manifestation pro-avortement devant la Cour suprême des États-Unis

Des organismes de Windsor-Essex aimeraient pouvoir accueillir des Américaines.

Photo : Reuters / Joshua Roberts

Radio-Canada

Les réactions sont vives dans Windsor-Essex après la décision de la Cour suprême des États-Unis d’annuler le jugement Roe v. Wade, qui protégeait le droit à l'avortement aux États-Unis depuis près de cinq décennies.

Pour Pat Papadeas, qui faisait partie d’un groupe de femmes de la région de Windsor qui ont participé à la Marche des femmes à Washington en 2017, après l’élection de Donald Trump, cette décision est terrible.

Je l’ai certes vue venir, mais, franchement, c’est dévastateur. Il y a un sentiment de désespoir, explique-t-elle.

« Celles d'entre nous qui sont allées là-bas - et celles qui ont soutenu cette marche - ont vu cela venir. C'est la réalité de la situation. »

— Une citation de  Pat Papadeas, militante pour les droits des femmes

Le jugement rendu vendredi casse la décision historique Roe c. Wade de 1973. Cette dernière avait conclu que la décision d'une femme d'interrompre une grossesse était protégée par le droit à la vie privée qui découle du 14e amendement de la Constitution américaine, lequel protège le droit d'un citoyen à la vie, la liberté et la propriété.

Pat Papadeas

Pat Papadeas se dit désespérée par la décision de la Cour suprême des États-Unis.

Photo : CBC/Amy Dodge

L’action de la Cour suprême pourrait réduire l'accès à l'avortement dans tout le pays en permettant aux États de le restreindre ou de l’interdire purement et simplement.

La jubilation des pro-vie

Catherine Eberhardt est la directrice de Windsor Against Abortion, un groupe anti-avortement qui fait campagne dans les rues de la ville en utilisant de grandes photos graphiques montrant des fœtus avortés.

Elle se félicite de cette décision et considère qu’il s’agit d’un grand jour pour le mouvement pro-vie aux États-Unis.

Mme Eberhardt accueillerait favorablement une action similaire au Canada, mais reconnaît que beaucoup de gens soutiennent le droit à l'avortement au pays, même si elle ne renonce pas pour autant à ses actions.

Si l'opinion publique ne change pas sur l'avortement, alors la loi qui serait mise en place serait légèrement inefficace parce que les gens penseraient toujours que l'avortement est acceptable, explique-t-elle.

« C'est pourquoi notre groupe va dans les rues et entame des conversations avec le public dans l'espoir de faire changer les esprits. »

— Une citation de  Catherine Eberhardt, directrice de Windsor Against Abortion

La résistance

La directrice artistique du Waawiiyaatanong Feminist Theatre à Windsor, Patricia Fell, souhaite pour sa part que le droit à l'avortement au Canada soit formellement inscrit dans la loi.

Elle s'inquiète des actions potentielles des politiciens canadiens qui ne soutiennent pas le droit à l’avortement, mais également de l'influence des lobbyistes américains sachant quels liens unissent les deux pays.

C'est ce vieux dicton : quand l'Amérique éternue, nous prenons froid, commente-t-elle.

« Je pense que beaucoup de personnes à Windsor ont la possibilité d'offrir aux femmes un lit pour une nuit après avoir subi une intervention. »

— Une citation de  Patricia Fell, directrice artistique du Waawiiyaatanong Feminist Theatre

L'organisation de Madame Fell gère une petite maison à Windsor pour des résidences d'artistes et prévoit d'offrir l'espace comme lieu de récupération pour les femmes américaines qui viendraient au Canada pour se faire avorter.

Patricia Fell debout dans un théâtre.

Patricia Fell souhaite que le droit à l'avortement soit inscrit dans la constitution canadienne.

Photo : Jacob Barker/CBC

Contactés, les hôpitaux locaux refusent de s’exprimer sur la question.

Pour ce qui est des responsables locaux de la santé, ils ne veulent pas non plus spéculer sur ce que l’annulation de Roe c. Wade pourrait signifier pour notre région, étant donné sa proximité avec Détroit.

Le Michigan contre La Cour Suprême

La gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, a pris la parole sur Twitter vendredi, pour dire aux résidents de son État qu'elle compte combattre la décision.

J'ai déposé une motion exhortant la Cour suprême du Michigan à se saisir immédiatement de mon action en justice pour protéger l'avortement pour les femmes du Michigan, écrit-elle.

« L'urgence de ce moment est claire : nous devons clairement indiquer si ce droit est constitutionnellement protégé par la loi du Michigan. »

— Une citation de  Gretchen, Whitmer, gouverneure du Michigan

En mai, une juge a suspendu l'interdiction latente de l'avortement dans le Michigan, vieille de plusieurs décennies, ce qui signifie que la procédure ne serait pas illégale dans l'État malgré la décision de la Cour suprême des États-Unis.

La loi du Michigan qui criminalise l'aide à l'avortement est en vigueur depuis 1931. Mais elle n'a eu aucun effet pratique depuis 1973, date à laquelle la Cour suprême a légalisé l'avortement dans tout le pays.

En mai, Elizabeth Gleicher, juge de la Cour des requêtes, a accordé une injonction préliminaire demandée par Planned Parenthood of Michigan, déclarant que l'interdiction de l'avortement violait probablement la Constitution du Michigan.

Après 50 ans d'avortement légal dans le Michigan, il ne fait aucun doute que le droit à l'autonomie personnelle et à l'intégrité corporelle dont jouissent nos citoyens inclut le droit d'une femme, en consultation avec son médecin, à interrompre une grossesse, avait déclaré la juge à l'époque.

Mme Gleicher avait indiqué que les autres lois du Michigan régissant l'avortement resteraient pleinement en vigueur.

La gouverneure démocrate du Michigan Gretchen Whitmer.

Gretchen Whitmer s'oppose à la décision de la Cour suprême.

Photo : Associated Press

Toutefois, vendredi, Mme Whitmer a déclaré que la loi de 1931, qui ne prévoit pas d'exceptions pour le viol ou l'inceste, risquait d'entrer en vigueur.

Et je suis déçue que les leaders législatifs du Parti républicain soient allés au tribunal pour défendre cette interdiction, a-t-elle déclaré sur Twitter.

L'injonction temporaire a fait l'objet d'un appel, et l'interdiction du Michigan pourrait revenir en vigueur, a déclaré Mme Whitmer.

Dans une déclaration, la médecin en chef du Michigan, la Dre Natasha Bagdasarian, a condamné la décision de la Cour Suprême.

La décision de mettre fin à une grossesse ou de la poursuivre doit être prise par une femme avec les conseils de sa famille, de sa foi et de son médecin - pas par la politique, a écrit Mme Bagdasarian.

« En tant que médecin, je sais que la décision de la Cour suprême des États-Unis de renverser près d'un demi-siècle de précédents protégeant un avortement sûr et légal viole la relation de confiance entre un patient et son médecin. »

— Une citation de  Natasha Bagdasarian, médecin en chef du Michigan

La médecin s’est dite préoccupée par l’impact négatif que la décision aura sur la santé des femmes, ajoutant qu'elle conteste le droit pour les femmes de faire avec leur médecin des choix basés sur leur santé.

Et elle ouvre la voie à des lois draconiennes comme l'interdiction criminelle de l'avortement en 1931 dans le Michigan, qui pourront prendre pleinement effet, a-t-elle précisé, ajoutant que cette décision est une punition à la fois pour les femmes qui cherchent à se faire soigner et pour les médecins et la communauté médicale.

D'après les informations de CBC.

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