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Retards pour délivrer les passeports : Ottawa crée un groupe de travail spécial

Des tentes et des chaises de camping sur un trottoir.

Des gens campent devant un bureau de Service Canada afin de pouvoir obtenir leur passeport.

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

Charles-Émile L'Italien-Marcotte

Ottawa crée un groupe d’intervention pour s’attaquer aux délais considérables non seulement pour ce qui est de l’obtention de passeports mais aussi en matière d'immigration et dans les aéroports du pays. Et il n’est pas exclu que la situation se détériore davantage, indique le coprésident de ce groupe, le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller.

Il ne s'agit pas de présenter des excuses [...] mais de passer à l’action et de débloquer quelque chose qui, visiblement, ne marche pas, a noté M. Miller en entrevue à Radio-Canada.

Selon lui, les délais actuels dans l’obtention d’un passeport ou en immigration sont un constat d’échec. C’est très clair, il est hors de question de tenter de le cacher, a-t-il avoué.

Le groupe d’intervention sera composé de membres du Conseil des ministres. Son rôle consistera non seulement à examiner la prestation des services mais aussi à repérer les lacunes dans les façons de faire qui causent les délais afin de les corriger. Le comité va alors formuler des recommandations au gouvernement fédéral.

Nous continuons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour améliorer la prestation de ces services afin qu’ils soient fournis de manière efficace et rapide, a déclaré le premier ministre Justin Trudeau, qui estime que les retards en matière d'obtention de passeports et en immigration sont inacceptables.

« Le premier ministre s’attend à des pistes de solution pour procéder à des changements à court terme. Ce sera au comité de trouver des solutions de façon concertée avec les ministres. »

— Une citation de  Marc Miller, ministre des Relations Couronne-Autochtones

Le groupe de travail va aussi se pencher sur des problèmes externes, notamment les pénuries de main-d'œuvre, qui peuvent contribuer aux retards dans les aéroports, que ce soit au pays ou à l'étranger.

Le ministre des Relations Couronne-Autochtones, Marc Miller, devant plusieurs drapeaux du Canada.

Le coprésident du groupe d'intervention ministériel, Marc Miller, veut trouver des solutions aux délais «inacceptables» en matière d'obtention de passeports, en immigration et dans les aéroports (Archives).

Photo : La Presse canadienne / David Kawai

Marc Miller reconnaît que ce n’est pas un comité de ministres qui va tout régler, mais [le groupe va] épauler les ministres concernés par les longs délais, à savoir la ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Karina Gould, le ministre des Transports, Omar Alghabra, et le ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Sean Fraser.

« Il faut que ça bouge : les Canadiens ont le droit d’avoir des services. »

— Une citation de  Marc Miller, ministre des Relations Couronne-Autochtones

Il a toutefois convenu qu’il y a un ralentissement [...] et qu'il faut trouver des solutions pour débloquer [la situation], trouver plus de personnel [et], à court terme et à moyen terme, procéder à des changements systémiques.

M. Miller croit que les membres du comité doivent travailler en équipe de façon intégrée, ne pas procéder en vase clos et voir s’il y a moyen de déployer des ressources [...] pour que [cela] ne se reproduise pas durant la période estivale et à l’automne.

Il a rappelé que l’accueil de réfugiés syriens, ukrainiens et afghans a été un travail important pour les ministres mais que les leçons apprises durant la pandémie permettront au comité de débloquer la situation des délais interminables.

Les ministres savent à quoi s’attendre [et] on va leur donner de l’aide, a conclu M. Miller.

Un chaos prévisible, croient des intervenants

Le groupe d’intervention annoncé samedi par Ottawa ne changera absolument pas la situation, a expliqué le vice-président directeur régional de l’Alliance de la fonction publique du Canada, Yvon Barrière, au micro d’Alain Gravel à l’émission Les faits d’abord, diffusée samedi sur les ondes d’ICI Première.

Il a souligné qu’il s’agit d’une mauvaise planification et des erreurs du ministère [et] que la crise aurait pu être évitée. Selon lui, de nombreux agents de passeports ont été prêtés à d’autres ministères pour s’occuper de l’assurance emploi et de la Prestation canadienne d'urgence (PCU), d’une part, et le gouvernement n’a pas cru bon de faire des embauches qui auraient permis de résorber la crise actuelle, d'autre part.

Pour M. Barrière, le même scénario se reproduit dans les aéroports, où il y a une pénurie d’agents frontaliers. Il manque 20 % des agents frontaliers à l’aéroport Montréal-Trudeau et 40 % à [l’aéroport] Pearson [de Toronto], a-t-il résumé.

Normalement, on embauche entre 300 et 400 agents frontaliers par année, et la pandémie a retardé ces embauches, a-t-il fait remarquer, ajoutant que leur formation s’étend sur 20 semaines. Or, compte tenu du temps de formation, la situation ne pourra pas se résorber à court terme, pense-t-il.

Nous n’avons pas commencé la semaine dernière à corriger les erreurs des ministres, nous avons commencé à la mi-janvier, a indiqué M. Barrière, qui doute que le cauchemar vécu par les voyageurs connaisse une issue rapide.

Un policier interpelle une personne dans une file d'attente.

Une présence policière a été nécessaire au complexe Guy-Favreau, à Montréal, où des citoyens se sont rués pour obtenir un passeport.

Photo : Radio-Canada / Vincent Rességuier

Mettre ça sur le dos des vacances ou des gens qui ont décidé de voyager, ce n’est pas ça, le problème, croit pour sa part Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile à l’UQAM.

M. Ebrahimi a soutenu au micro d’Alain Gravel que le problème est structurel : la pénurie de main-d'œuvre est en cause. Il soutient que les acteurs du milieu, notamment le syndicat des douaniers, les compagnies aériennes et les directions des aéroports, étaient au courant du fléau.

Il va falloir soutenir cette infrastructure-là, qu’on a laissée se détériorer dans un pays où on n’a pas de marge de manœuvre en termes d’embauches, a-t-il affirmé.

« C’était totalement prévisible. »

— Une citation de  Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l'UQAM

Les difficultés dans le secteur du transport aérien se font pourtant sentir partout dans le monde, mais le Canada est le pays qui réagit le moins vite, a-t-il critiqué.

Le Canada a attendu jusqu’à la dernière minute, une fois que c’est [arrivé] sur la place publique et [que c'est devenu] un scandale, [pour] réagir, a rappelé M. Ebrahimi.

Toutefois, le nombre de voyageurs a chuté par rapport au niveau pré-pandémie. Il serait en baisse de 75 %. Ce n’est donc pas un excès de passagers qui expliquerait le chaos dans les aéroports.

En Europe, la situation risque d’être difficile pour les voyageurs au cours des prochains mois en raison des menaces de grève dans certains aéroports et de la réduction d'horaires comme à celui de Heathrow, au Royaume-Uni.

Avec les informations de La Presse canadienne

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