•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Mine de graphite dans Lanaudière : « Pour moi, ça va devenir un égout à ciel ouvert »

Daniel Tokatéloff (à gauche) et Claude Boutin.

Daniel Tokatéloff (à gauche), secrétaire de l'Association pour la protection du lac Taureau, et Claude Boutin s'opposent au projet de mine de graphite.

Photo : Vincent Rességuier

La mine de graphite à Saint-Michel-des-Saints, dans Lanaudière, continue de diviser la population. Des citoyens opposés au projet viennent de lancer leur propre évaluation environnementale des cours d'eau.

Claude Boutin manipule une perche sur laquelle est fixé un bocal. Il collecte un échantillon dans le ruisseau à l'Eau Morte situé à moins d'un kilomètre de la mine de graphite.

Il fait partie d'un collectif d'une quinzaine de citoyens qui font des collectes sur 25 lieux d’échantillonnage depuis plusieurs semaines. Leur objectif est de documenter l'état des cours d'eau autour du site minier.

Ils entendent réaliser les prélèvements selon les plus hautes normes scientifiques. Pour cela, ils ont reçu une formation de la part de la Société pour vaincre la pollution, pilotée par le vulgarisateur scientifique Daniel Green, ancien chef adjoint du Parti vert du Canada.

On veut cataloguer ce qu'on peut prendre avant les gros travaux de la mine et effectuer un suivi avec un labo très sérieux, précise Claude Boutin.

Claude Boutin, opposant au projet de mine graphite de Saint-Michel-des-Saints

Claude Boutin prélève un échantillon dans un ruisseau à quelques centaines de mètres de la mine de graphite

Photo : Vincent Rességuier

Il est accompagné par Daniel Tokatéloff, qui remplit une fiche standardisée. Elle va servir à répertorier des milliers de prélèvements.

Cet ingénieur à la retraite estime qu'il ne faut pas négliger les impacts des rejets miniers à long terme, ce qu'il nomme l'effet d'accumulation. Pour le moment, la mine est en phase d'exploration. Nouveau Monde Graphite est tenu de respecter les normes en vigueur, mais il estime que les restrictions ne sont pas assez sévères.

« Il y a des concentrations maximales qu'ils doivent respecter. Premièrement, ces concentrations sont très élevées. On a fait la comparaison avec les normes américaines. Elles sont beaucoup plus faibles [ici]. Deuxièmement, il y a plus d'éléments qui sont examinés aux États-Unis. Troisièmement, qui fait les contrôles de ces rejets? La minière elle-même. Il n'y a pas d'inspecteurs du ministère de l'Environnement. Le ministère de l'Environnement est inexistant. Nous, on dit que ce n'est pas acceptable. »

— Une citation de  Daniel Tokatéloff, secrétaire de l'Association pour la protection du lac Taureau

Les nuisances pourraient, selon lui, perturber la faune et la flore sur une bonne partie du bassin versant de la rivière Matawin. Pour moi, ça va devenir un égout à ciel ouvert, s'exclame-t-il. Le lac Taureau, un secteur touristique populaire, est situé à quelques kilomètres de là, en aval du ruisseau à l'Eau Morte.

Des résidus miniers à risque

Dans la région, une partie de la roche contient une grande quantité de soufre. Au contact de l'air et de l'eau, il peut se transformer en acide. Pour cette raison, les résidus miniers doivent faire l'objet d'une grande attention.

« Tous les drainages de la mine s'en vont par le ruisseau à l'Eau Morte. Il va y avoir 100 millions de tonnes de déchets miniers qui vont être empilés. Toutes les mines à ciel ouvert ont des drainages miniers acides, c'est le gros problème de l'industrie. »

— Une citation de  Daniel Tokatéloff
Une vue aérienne du site.

Le projet minier Matawinie prévoit l'extraction de 100 000 tonnes de graphite sur un peu plus de 25 ans.

Photo : Nouveau Monde Graphite

Dans ses bureaux à Saint-Michel-des-Saints, Martine Paradis nous montre sur une maquette le dispositif qu'elle a mis en place pour protéger les cours d'eau. La vice-présidente de Nouveau Monde Graphite assure que les risques de contaminations sont contrôlés.

« On a des centaines de puits pour les eaux souterraines. On échantillonne tous les cours d'eau environnants, les milieux humides. C'est ça qui nous sert à faire nos études et à prédire ce qui va arriver. À chaque année, on a un suivi des eaux de surface, des eaux souterraines, sur le site et à proximité du site. »

— Une citation de  Martine Paradis, vice-présidente de Nouveau Monde Graphite
Martine Paradis, vice-présidente de Nouveau Monde Graphite

Martine Paradis devant les bureaux de Nouveau Monde Graphite à Saint-Michel-des-Saints

Photo : Vincent Rességuier

Le gouvernement du Québec a autorisé le projet par décret en 2021. Le BAPE avait pourtant recommandé la réalisation d'une étude hydrogéologique plus étoffée sur la méthode d'entreposage des déchets.

Mme Paradis se dit très confiante quant à l'efficacité de ce procédé novateur qu'elle a mis sur pied, une option totalement assumée.

Mais plusieurs citoyens de la région n'ont pas confiance et jugent que cette méthode d'entreposage en codisposition n'a pas fait ses preuves.

Ils ne sont pas les seuls. Cette méthode ne fait pas l'unanimité dans le milieu scientifique, mais elle a convaincu Benoît Plante, chercheur à l'Institut de recherche en mines et en environnement. Il a participé à la planification de la gestion des déchets miniers, son domaine de prédilection.

Le projet minier de Nouveau Monde Graphite, qui a obtenu le feu vert de Québec, suscite des craintes environnementales à Saint-Michel-des-Saints.

Schéma explicatif de la méthode de codisposition retenue par Nouveau Monde Graphite

Photo :  courtoisie

Ce professeur à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue confirme qu'il s'agit d'une nouvelle façon d'entreposer les rejets. Elle s'appuie, dit-il, sur une combinaison de plusieurs méthodes utilisées ailleurs.

Il reconnaît que le procédé est ambitieux, qu'il n'est pas sans risque et que sa mise en application devra être surveillée de près.

« J'ai un optimisme prudent, ça va prendre un suivi très serré lors de la construction, ça va prendre des mesures de suivi des performances des matériaux. C'est toutes des choses qu'on peut faire, et ce que j'aime de l'approche, c'est la flexibilité. Si jamais il y avait un problème de contamination, ils peuvent ajuster le tir. »

— Une citation de  Benoît Plante, professeur à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

Nouveau Monde Graphite veut démarrer la phase de production d'ici 2025. La durée d'exploitation doit s'étaler sur 26 années. Le graphite est notamment utilisé pour la fabrication des batteries pour véhicules électriques.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !