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Tracadie paie près de 50 000 $ à des consultants proches du gouvernement conservateur

Hôtel de ville de Tracadie.

Tracadie a misé sur le travail d'un lobbyiste et d'une consultante pour faire avancer ses dossiers auprès de ministres et de fonctionnaires à Fredericton.

Photo : Radio-Canada / René Landry

En l’espace de trois mois, l’an dernier, la Municipalité régionale de Tracadie a payé près de 50 000 $ à un lobbyiste et à une consultante proches du gouvernement conservateur pour qu’ils représentent les intérêts de la municipalité à Fredericton.

Les services des consultants Éric Pelletier, un associé chez Prospectus Associates et ancien adjoint d'un ministre dans le gouvernement de Bernard Lord, et Diane Carey, une ancienne candidate progressiste-conservatrice dans Tracadie-Sheila, ont été retenus.

Diane Carey prononce une allocution à l'extérieur sur le bord de l'eau.

Diane Carey était candidate du Parti progressiste-conservateur dans Tracadie-Sheila, en 2020. Elle est ici accompagnée du premier ministre Blaine Higgs et de deux ex-candidats, Jean-Gérard Chiasson et Kevin Haché.

Photo : Radio-Canada / Rose St-Pierre

C'est un peu choquant, affirme le député libéral de Tracadie-Sheila, Keith Chiasson.

On remarque que ce sont des gens qui ont des liens avec le Parti conservateur, déplore-t-il. Ça fait penser à de la vieille politique et ça érode la confiance publique envers le système gouvernemental.

La couleur politique n'est pas un prérequis

Le maire de Tracadie, Denis Losier, assure que la couleur politique n’a rien à voir avec le choix du lobbyiste et de la consultante.

Le maire de Tracadie, Denis Losier

Le maire de Tracadie, Denis Losier, affirme que la couleur politique n'a rien à voir avec l'embauche de professionnels pour faire avancer les dossiers de la municipalité.

Photo : Radio-Canada / René Landry

Je crois qu’on a démontré dans le passé qu’on a été en mesure de travailler avec le Parti libéral, le Parti conservateur, affirme-t-il. Je pense que ces consultants-là travaillent avec toutes les couleurs politiques. Ça n’a pas été un prérequis pour les embaucher. On a voulu aller chercher des personnes compétentes.

Le maire Losier se montre toutefois conscient de ce qu’il appelle la ligne de communication avec le gouvernement provincial.

Il rappelle que lorsqu’il a été élu comme maire la première fois, en 2016, le député local était du même parti politique que le gouvernement. Le libéral Serge Rousselle représentait Tracadie-Sheila, tandis que le premier ministre était Brian Gallant.

L'Assemblée législative du Nouveau-Brunswick à Fredericton, le 21 mars 2022.

Le maire de Tracadie, Denis Losier, tient à ce qu'il y ait une bonne «ligne de communication» entre sa municipalité et le gouvernement provincial.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Le député Chiasson se trouve aujourd’hui dans l'opposition puisque le Parti progressiste-conservateur forme le gouvernement.

On sait que notre député local est le critique de la Gouvernance locale [le ministère de Daniel Allain, responsable des municipalités], ajoute le maire Losier. C'est certain que d'attaquer le gouvernement ou de soulever du négatif au gouvernement j'imagine que ça n'apporte pas une meilleure ligne de communication.

Ce sont des arguments que le député Keith Chiasson rejette du revers de la main.

« Peu importe la couleur, on est des collègues. »

— Une citation de  Keith Chiasson, député libéral de Tracadie-Sheila
 Keith Chiasson le 26 août 2020.

Le député libéral de Tracadie-Sheila, Keith Chiasson, dénonce l'embauche de ces professionnels qui ont des liens étroits avec le Parti progressiste-conservateur.

Photo : Radio-Canada

Il y a quand même un travail collaboratif qui se fait si un groupe veut rencontrer un ministre, argue-t-il. Moi, ça m'est souvent arrivé d'aller voir un ministre pour organiser une rencontre. Une telle rencontre ne m'a jamais été refusée même si les dossiers étaient chauds. Quand tu es nommé ministre, tu es ministre pour la province, tu n'es plus juste le représentant d'une circonscription.

Une pratique peu répandue

C’est loin d’être une pratique courante qu’une municipalité, une création du gouvernement provincial, embauche un lobbyiste pour tenter de faire avancer ses dossiers auprès de celui-ci.

Roger Doiron interviewé.

Roger Doiron, un ex-maire de Richibucto qui a présidé l'AFMB, assure qu'il n'a jamais entendu parler d'une municipalité francophone qui a embauché des lobbyistes.

Photo : Radio-Canada

Roger Doiron a été maire de Richibucto pendant 11 ans et président de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick jusqu’en 2016.

Il n’a jamais entendu parler d’une telle pratique chez les municipalités francophones de la province.

« J’ai eu pourtant plusieurs contacts avec bien des maires de différentes régions de la province, mais personne ne faisait mention qu’ils avaient embauché des lobbyistes. »

— Une citation de  Roger Doiron, ex-président de l’Association francophone des municipalités du N.-B.

Je pense que ce n’est pas une pratique du tout, tranche-t-il.

Une situation exceptionnelle

Le maire de Tracadie affirme que sa municipalité a vécu une situation exceptionnelle, après la démission de son directeur général, en juin 2021. La ville a peiné à trouver un remplaçant. Un nouvel administrateur est en poste depuis janvier dernier.

« Il fallait s'assurer que nos dossiers avancent. On a misé sur toutes les options possibles pour l'avancement de la Municipalité régionale de Tracadie. »

— Une citation de  Denis Loiser, maire de Tracadie

On a été en mesure de prendre une décision particulière dans une situation extraordinaire, plusieurs mois sans directeur général, dit-il. On avait besoin d’un pont entre les décisions du conseil et les fonctionnaires de la province dans différents départements pour que les dossiers puissent continuer et qu’on puisse avoir la bonne information.

Denis Losier considère que la municipalité en a eu pour son argent avec le travail du lobbyiste et de la consultante et que plusieurs dossiers ont ainsi pu avancer malgré l’absence prolongée d’un directeur général.

Il cite par exemple le dossier de la responsabilité de la gestion des nombreuses routes qui font maintenant partie de la ville depuis la fusion municipale avec les Districts de services locaux avoisinants.

Il indique que des négociations sont toujours en cours entre la municipalité et la province quant à savoir si ce sera la ville ou le gouvernement provincial qui aura la responsabilité de l’entretien de ces routes.

Une route à Tracadie.

Le dossier de la gestion des routes à Tracadie n'est toujours pas réglé. «Des négociations sont encore en cours avec la province», fait savoir le maire, Denis Loiser.

Photo : Radio-Canada / René Landry

Dans le dossier des routes, on avait besoin d’obtenir beaucoup d’informations, de recueillir les données, de monter les dossiers, d’aller chercher la bonne information, explique le maire. Il y a eu du travail de fait entre les personnes embauchées, les consultants, et les fonctionnaires de la province.

Les professionnels embauchés par Tracadie ont également travaillé sur plusieurs autres dossiers, selon le maire.

Que ce soit la Baie de Tracadie, le dossier de la phase deux de la rue principale, un permis d’utilisation d’un terrain dans le quartier deux, les suivis avec certaines portions de routes pour lesquelles on voulait changer la dénomination, il y a plein de dossiers, mentionne-t-il.

Il ajoute que le lobbyiste et la consultante ont préparé la tenue de réunions ou de rencontres entre le maire ou d’autres élus de Tracadie et des ministres.

Les factures

En juin 2021, Tracadie a accordé un contrat de 20 000 $  à la firme Prospectus Associates, qui a son siège social à Ottawa, pour mener ses relations gouvernementales.

Mais, cette somme a plus que doublé en l’espace de quelques semaines, passant de 20 000 $ à près de 50 000 $. Le nom de la firme ontarienne n’apparaît pas sur les factures, dont Radio-Canada a obtenu copies en vertu de la Loi sur le droit à l’information et la protection de la vie privée.

Le maire Losier souligne que le contrat a été approuvé par les élus.

« Il ne faut pas oublier que c'était une facture mensuelle. Donc, en tout temps, le conseil aurait pu cesser les opérations. »

— Une citation de  Denis Losier, maire de Tracadie

Le directeur général, Roger Robichaud, indique que l’argent a été versé à une compagnie à numéro à la demande du lobbyiste Éric Pelletier.

Monsieur Pelletier n’a pas l’intention de faire de commentaires. Pour des raisons de confidentialité, je ne commente pas les dossiers de mes clients, nous a-t-il répondu par courriel.

La consultante Diane Carey assure qu’elle ou son entreprise n’a pas obtenu de contrat de la municipalité de Tracadie. Elle explique qu’elle a travaillé en appui au lobbyiste. Elle a préféré ne pas faire d’autres commentaires.

La firme Prospectus Associate, qui se décrit comme l’une des plus importantes sociétés de conseil en affaires publiques offrant un service complet au Canada, ne nous a pas rappelé ni répondu à nos courriels.

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