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L’Atlantique mène le bal de l’inflation au pays

Les trois provinces maritimes sont celles où l’inflation a le plus augmenté en mai. Terre-Neuve-et-Labrador connaît aussi une hausse supérieure à la moyenne.

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Les hausses des prix de la nourriture et des prix du carburant alimentent l'inflation.

Photo : Reuters / Jim Young

Radio-Canada

Les prix ne cessent d’augmenter au pays. L’inflation a atteint 7,7 % en mai au Canada. Selon Statistique Canada, c’est la plus forte augmentation depuis janvier 1983.

Les trois provinces maritimes sont celles où l’inflation a le plus augmenté en mai 2022, comparativement à mai 2021. L’inflation se situe à 11,1 % à l’Île-du-Prince-Édouard. Elle est à 8,8 % au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.

L’autre province de l’Atlantique, Terre-Neuve-et-Labrador, a vu son taux d’inflation grimper de 8 % pendant la même période. Légèrement supérieure à la moyenne nationale, ce n’est que la 6e hausse la plus importante sur 10 provinces.

Les deux responsables

L'inflation est alimentée principalement par deux composantes : la première c'est la hausse du prix du pétrole, la deuxième c'est la hausse du prix des aliments, explique l’économiste Richard Saillant en entrevue, mercredi.

C’est le prix des carburants qui fait particulièrement mal dans les Maritimes. Les dépenses en énergie représentent une part à peu près 50 % plus importante du portefeuille des gens des Maritimes que des Canadiens dans l'ensemble, dit M. Saillant.

Dans les Maritimes, l’huile à fournaise, c’est-à-dire le mazout, occupe un rôle plus important dans les chauffages de maisons que dans le reste du pays, où le recours au chauffage électrique ou l'emploi du gaz naturel sont plus répandus, explique-t-il.

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L'économiste Richard Saillant à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, en mars dernier.

Photo : CBC

Selon Statistique Canada, l’augmentation des prix de l'essence (+57,7 %) et du mazout et des autres combustibles (+120,2 %) ont contribué à une hausse beaucoup plus importante de l’inflation à l’Île-du-Prince-Édouard, en particulier.

Les loyers sont en hausse phénoménale à l'Île-du-Prince-Édouard, selon l’économiste. Le coût du logement y a augmenté de 9,1 %, deux fois plus que la hausse de 4,5 % en moyenne au Canada. Le chauffage fait monter les coûts pour se loger, rappelle Richard Saillant.

L’épicerie est chère, mais pas plus chère en Atlantique

La hausse du coût des aliments a aussi une grande part de responsabilité dans l’inflation actuelle. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 9,7 % entre mai 2021 et mai 2022.

Les prix à l'épicerie augmentent donc d'environ 2 % plus rapidement que l’inflation en général, constate Sylvain Charlebois, le directeur du labatoire des sciences analytiques en agroalimentaire à l'Université Dalhousie, à Halifax.

« Les prix augmentent plus rapidement à l'épicerie qu'ailleurs au sein de l'économie, ce qui n'est jamais une bonne nouvelle.  »

— Une citation de  Sylvain Charlebois, Université Dalhousie

Toutefois, cette augmentation n’est pas plus prononcée en Atlantique qu’ailleurs au Canada, précise M. Charlebois.

Quand on regarde les prix à travers le pays, dit-il, l’Atlantique en général est dans la moyenne. Il semble que la hausse du prix des aliments semble frappe plus dur au Québec et en Ontario, constate-t-il.

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Sylvain Charlebois est directeur du labatoire des sciences analytiques en agroalimentaire à l'Université Dalhousie (archives).

Photo : Radio-Canada

En Atlantique, on est dans le 8-9 % [d’augmentation] dans la plupart des catégories [d’aliments], poursuit Sylvain Charlebois. On s'entend que c'est énorme, mais comparativement à d'autres endroits au pays, on s'en tire pas si mal.

N’importe quel ingrédient, ça coûte plus cher, mentionne-t-il. Partout en magasin, il n’y a pas une section qui est épargnée par l’inflation.

La guerre en Ukraine a provoqué un nouveau cycle inflationniste, souligne par ailleurs Sylvain Charlebois.

L'Ukraine nourrit 400 millions de personnes par année, signale-t-il. Selon certaines indications, en ce moment, le pays ne produit qu'à la moitié de sa capacité habituelle.

Enfin, les problèmes de chaîne d’approvisionnement persistent.

Pour ce qui est de la chaîne d'approvisionnement, c'est vraiment une question de synchronisme de l'économie mondiale, dit M. Charlebois. Il mentionne le manque de conteneurs, le manque de travailleurs, le fait que la pandémie frappe certaines régions de façon différente, comme l'Asie, entraînant des mesures de santé publique plus restrictives das des villes portuaires de Chine en ce moment.

Tout ça fait en sorte que les chaînes [d’approvisionnement] tournent au ralenti, et lorsque les chaînes tournent au ralenti, bien ça coûte plus cher mobiliser quoi que ce soit, que ce soit sur l'eau ou sur la terre, résume-t-il. Les coûts de transport ont explosé, en plus du fait que le diesel et l’essence sont à des prix records.

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Le cours de la pandémie affecte les chaînes d'approvisionnement. Ci-dessus: une rue de Shanghai, en Chine, pendant une nouvelle vague de COVID-19, le 17 juin 2022.

Photo : Reuters / Aly Song

Quelle sortie de crise?

Les deux experts consultés mercredi croient que les consommateurs n’auront pas de répit avant le troisième trimestre de cette année, ou le début de l’année prochaine.

Le défi, dit l’économiste Richard Saillant, n’est pas de savoir si l’inflation va baisser, mais plutôt est-ce qu'elle va baisser suffisamment rapidement, puis est-ce qu'on va le faire d'une manière pour pouvoir éviter une récession?

Or, la plupart des experts semblent signaler qu'il y a une forte probabilité d'une récession d'ici 12 à 18 mois, souligne M. Saillant.

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Plein d'essence à l'Île-du-Prince-Édouard au printemps 2022.

Photo : Radio-Canada

De son côté, Sylvain Charlebois redoute que les mesures pour combattre l’inflation prises aux États-Unis par la Fed, la Réserve fédérale américaine, affaiblissent le dollar canadien et que le choc se fasse sentir jusque sur notre facture d’épicerie.

Si le dollar canadien faiblit, pour importer quoi que ce soit, ça va nous coûter plus cher, ce qui pourrait contribuer à l'inflation alimentaire encore plus, explique-t-il. Ce que j'espère, c'est que d'ici quelques semaines la Banque du Canada décide d'augmenter ses taux pour supporter le dollar canadien et les importateurs.

Je pense que la Banque du Canada risque de faire la même chose que la Fed américaine, avance-t-il.

Avec des renseignements d’Héloïse Rodriguez-Qizilbash

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