•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Envoyé spécial

La Colombie gangrénée plus que jamais par le narcotrafic

Medellin, légendaire fief de Pablo Escobar, est l’épicentre d’un trafic de cocaïne qui attire toutes les mafias du monde. Le capo du Cartel de Medellin est bien mort en 1993, mais son héritage a pris des proportions gigantesques. S'y attaquer sera le plus grand défi du nouveau président.

Chargement de l’image

Murale dans le quartier que Pablo Escobar a fait construire pour les pauvres.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Leprince

Jean-Michel Leprince

Depuis que les accords de paix avec les FARC de 2016 ont permis de voyager en Colombie de façon somme toute sécuritaire, Medellin est parvenue à charmer les touristes : ils ne cessent de vanter les innovations et l’hospitalité des paisas, les gens du pays d’Antioquia.

Les efforts déployés par ses maires et gouverneurs, comme Alonso Salazar et Sergio Farjardo, candidat malheureux à la présidence par deux fois, y sont pour quelque chose.

Medellin est ainsi devenue moins dangereuse, mais elle garde sa part d’ombre. Car elle est désormais la ville où tous les vices sont permis et attire à elle des touristes très sulfureux. Et gare à ceux qui émettent des critiques.

Luis Fernando Quijano, qui préside l’ONG de défense des droits de la personne CORPADES, est un homme menacé. Il a lancé, il y a 10 ans, le site Analisis urbano, qui publie tout ce qui touche à la violence commise contre les citoyens de Medellin et du département d’Antioquia. Ce qui lui vaut beaucoup d’ennemis.

En 2016, juste avant le référendum sur les accords de paix, perdu par le président Juan Manuel Santos, Luis Fernando Quijano nous avait dit : Medellin n’est pas le plus grand bordel du monde, mais c’est le moins cher.

Aujourd’hui il ajoute : Ici, c’est la rumba dura, la fête extrême, cocaïne et tourisme sexuel : femmes, hommes, garçons, petites filles, voire tous en même temps. Cela est un vrai bordel.

« Medellin est devenu le paradis de toutes les mafias du monde, danoise, néerlandaise, canadienne, à très haut niveau. »

— Une citation de  Luis Fernando Quijano
Chargement de l’image

Luis Fernando Quijano préside l'ONG de défense des droits de la personne CORPADES.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

L’héritage de Pablo Escobar

Luis Fernando Quijano dénonçait, il y a quatre ans, la présence à Medellin des cartels mexicains de Sinaloa et de Jalisco, nouvelle génération dans le trafic de coke sur la côte pacifique, qui venaient s’ajouter aux mafias locales : le Clan del Golfo et la Oficina de Envigado.

Cela dit, soutient Luis Fernando Quijano, le Clan del Golfo n’existe pas en soi. Il s’agit en fait des Autodéfenses Gaitanistes de Colombie, héritières des groupes narco-paramilitaires qui terrorisaient le nord du pays encore récemment. Et la Oficina de Envigado est l’héritière du cartel de Medellin et de Pablo Escobar. L’expression vient d’ailleurs de cette phrase qu’il disait à sa famille : je m’en vais au bureau la oficina  situé alors dans le quartier Envigado de Medellin. Le groupe, mystérieux mais puissant, est soupçonné d’avoir des ramifications dans toutes les couches de la société : police, armée, mondes des affaires et politiques.

La corruption est probablement le mal numéro un de la Colombie, et s’attaquer au narcotrafic qui l’alimente sera le plus grand défi de Gustavo Petro, récemment élu et premier président de gauche de l’histoire du pays.

On voit une enfilade de toits qui cascadent des collines

Medellin vue du barrio Comuna 13.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Tremblay

L’État narco

Sous le gouvernement du président sortant Ivan Duque (2018-2022), la situation s’est détériorée. Selon Felipe Tascon, économiste devenu spécialiste du narcotrafic, la Colombie produit maintenant 75 % de toute la cocaïne du monde, contre 50 % il y a quatre ans. La Bolivie et le Pérou fournissent le reste.

Sous Pablo Escobar, la Colombie ne cultivait pas la coca. Elle en est la première productrice du monde actuellement. Et l’argent illégal que ce trafic rapporte représente 6 % du PIB du pays, un pactole qui percole dans toutes les couches de la société.

Luis Fernando Quijano voyage dans un convoi de deux voitures blindées avec quatre gardes du corps fournis par l’État. Mais il cherche à faire sortir sa famille du pays, car elle n’est pas protégée.

« C’est comme si Pablo Escobar était encore vivant. La criminalité imprègne toute la société. L’héritage de Pablo Escobar se maintient parce qu’il s’est fortifié au fil des décennies. Il est là, incrusté dans l’État colombien. »

— Une citation de  Luis Fernando Quijano

Un État narco, complète l’économiste Felipe Tascon. Avec des mafias de la drogue qu’il faut ajouter aux groupes guérilleros ELN et aux dissidents des FARC.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !