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Erreurs et oublis révélés dans des déclarations de la GRC après la fusillade en N.-É.

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L'agent Wayne Bent de la GRC répond aux questions de Tom Macdonald, un avocat représentant certaines des familles des victimes de la tuerie qui est survenue en avril 2020 en Nouvelle-Écosse, dans le cadre de la commission d'enquête sur cette tragédie.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

La Presse canadienne

Dans les jours qui ont suivi la fusillade de masse qui a fait 22 morts en Nouvelle-Écosse, des déclarations publiques de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ont été truffées d'erreurs, de confusion et d'omissions, révèle un rapport récemment publié.

Le document, publié mardi par la commission d'enquête sur la tragédie de 2020, affirme également que des informations clés sur l'affaire, y compris les noms des victimes et les types d'armes utilisées par le tueur, ont été dissimulées au public plus longtemps que nécessaire.

La commission d'enquête n'a pas pour mandat d'attribuer le blâme, mais le document de 126 pages dresse une longue liste d'erreurs et de retards, dont certains ont suscité la colère des hauts gradés de la GRC à Ottawa.

Le résumé des preuves confirme que dans la nuit du 19 avril 2020, lorsque la GRC a tenu sa première conférence de presse sur les 13 heures de carnage, elle a initialement choisi de sous-estimer le nombre de personnes considérées comme des victimes.

Le haut responsable qui a dirigé les premières conférences de presse de la GRC, le surintendant Chris Leather, a déclaré après avoir été pressé par des journalistes que plus de 10 personnes ont été tuées. Cependant, avant sa conférence de presse de 18 h à Halifax, M. Leather savait que d'autres victimes avaient été retrouvées et que le bilan officiel était de 17 personnes tuées, selon le document.

Lors d'entrevues avec les médias plus tard dans la soirée, la cheffe de la GRC, la commissaire Brenda Lucki, a déclaré à CBC que 13 personnes avaient été tuées. Et juste avant 20 h cette nuit-là, Mme Lucki a informé La Presse canadienne que le nombre de victimes était de 17.

La confusion qui en a résulté a provoqué une avalanche de courriels parmi les cadres supérieurs de la GRC. Jolene Bradley, directrice des communications stratégiques au quartier général de la GRC à Ottawa, a envoyé un message à son homologue en Nouvelle-Écosse, disant : Cela n'aide pas que la [commissaire] donne le nombre! J'essaie vraiment de le remettre dans la boîte pour vous.

Lia Scanlan, directrice des communications stratégiques à Halifax, a répondu : Merci. Ça a l'air horrible et j'ai dû demander à toute mon équipe d'éteindre leurs téléphones. [...] Seigneur, aide-moi!!

À 22 h 21, Mme Scanlan a envoyé un autre courriel au quartier général disant : Puis-je faire une demande pour arrêter de changer le nombre de victimes? S'il vous plaît, permettez-nous de diriger la publication des informations. Cela semble fragmenté et incohérent.

Dans une entrevue de suivi avec les responsables de l'enquête, Mme Scanlan a déclaré que des représentants du gouvernement, dont le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, et le premier ministre Justin Trudeau, évaluaient ce que nous pouvions et ne pouvions pas dire lors des points de presse. Elle n'a pas donné plus de détails.

Mme Scanlan a déclaré à l'enquête que 10 était le nombre utilisé pour la première fois par la GRC de la Nouvelle-Écosse parce qu'à un certain moment, vous devez donner vos informations définitives.

Vers 23 h le 19 avril 2020, la GRC avait conclu que jusqu'à 22 personnes avaient été tuées. Le lendemain, M. Leather a indiqué que le nombre de morts était passé à au moins 19. La GRC n'a pas révélé le nombre définitif avant la publication d'un communiqué le 21 avril 2020.

À un autre moment de la première conférence de presse, on a demandé à M. Leather si le tueur était connu de la police. Il a répondu que non, mais ce n'était pas le cas.

Le matin du 19 avril 2020, la GRC a appris par les dossiers de la police que le tueur avait menacé d'assassiner ses parents en 2010 et avait accès à des armes d'épaule. Les dossiers ont également confirmé qu'il avait dit à une source policière en 2011 qu'il voulait tuer un policier. Et au début de 2020, il a eu une interaction bizarre, mais non violente, avec les policiers qui avaient garé leur véhicule dans le stationnement à côté de son entreprise de fabrication de prothèses dentaires à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse.

Quant à l'identité des victimes, M. Leather a déclaré le 20 avril 2020 qu'aucun nom ne serait divulgué tant que le médecin légiste de la Nouvelle-Écosse n'aurait pas confirmé l'identité de certaines personnes.

Cependant, les propres dossiers de la GRC montrent qu'à 17 h 25 ce jour-là, tous les proches parents des victimes avaient été informés de leur décès, et que le quartier général de la GRC avait confirmé son accord pour la divulgation des noms.

Le 25 avril, les médias ont confirmé les noms des 22 victimes, mais la GRC n'avait pas encore fourni de liste.

Le manuel opérationnel de la GRC indique que les noms des personnes décédées peuvent être divulgués une fois que les proches ont été avisés, mais seulement si la divulgation faisait avancer l'enquête, s'il y avait un problème de sécurité publique ou si les identités avaient déjà été rendues publiques par d'autres moyens.

La commissaire de la GRC, Brenda Lucki, a pour sa part émis une déclaration mardi soir pour nier s'être ingérée dans l'enquête sur la tuerie dans le but de rendre publiques des informations qui auraient pu nuire à celle-ci.

Selon le récit manuscrit d'une réunion s'étant tenue le 28 avril 2020, soit 10 jours après la tuerie, la grande patronne de la police fédérale aurait sévèrement blâmé la GRC de la Nouvelle-Écosse en reprochant à celle-ci de ne pas vouloir divulguer les détails concernant les armes utilisées par le tueur.

Selon l'auteur de ce récit – le superintendant Darren Campbell –, la commissaire Lucki aurait expliqué à ses interlocuteurs avoir promis au bureau du premier ministre Trudeau et au ministère de la Sécurité publique que ces informations, liées à une législation en suspens sur le contrôle des armes à feu, seraient révélées.

Le superintendant Campbell lui aurait alors répondu que la GRC de la Nouvelle-Écosse avait plutôt décidé de ne pas divulguer ces informations afin de ne pas nuire à l'enquête. Son récit a été rendu public mardi dans le cadre de l'enquête publique.

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