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Le double meurtre dans le quartier chinois d’Edmonton aurait pu être évité

Hung Trang et Phuc Hoang, tués le 18 mai dans le quartier chinois à Edmonton.

Justin Bone est le présumé meurtrier de Hung Trang (à gauche) et de Ban Phuc Hoang (à droite).

Photo : Fournie par les familles de Hung Trang et Phuc Hoang /Yan Liang/RCI

Radio-Canada

Des avocats, travailleurs communautaires et spécialistes en dépendance aux drogues croient que le cas de Justin Bone souligne la nécessité pour les délinquants libérés d'avoir un accès plus rapide aux traitements en toxicomanie et un meilleur soutien après leur libération.

Justin Bone est inculpé de deux chefs de meutres au deuxième degré en lien avec la mort de deux hommes dans le quartier chinois d'Edmonton le 18 mai.

Il avait été libéré du centre de détention provisoire d'Edmonton à la fin du mois d’avril avec comme conditions de ne pas consommer de drogue ou d'alcool et de ne pas se trouver dans la capitale albertaine sans surveillance.

Il aurait également dû participer à un programme de traitement de la toxicomanie, mais un arriéré de patients faisait en sorte à ce moment que les transferts directs des établissements correctionnels n'étaient pas acceptés. Il est donc allé vivre chez un ami de la famille à Alberta Beach.

Excédé par l’abus de drogues et d’alcool de Justin Bone ainsi que par les menaces qu’il proférait à son endroit, ce dernier a demandé à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de Parkland de sortir Justin Bone de chez lui. C’est ainsi que, le 15 mai, la GRC l'a déposé dans l'ouest d'Edmonton.

Trois jours plus tard, l’homme de 36 ans a été arrêté en lien avec le drame qui a coûté la vie à Hung Trang et Ban Phuc Hoang. Les deux sexagénaires ont été battus à mort dans deux commerces distincts de la 98e Rue, dans le quartier chinois, près du centre-ville.

Dans une déclaration faite la semaine dernière, le ministre de la Justice Tyler Shandro a dévoilé que Justin Bone s'était fait offrir une place dans un autre centre de traitement qui n'avait pas de liste d'attente, mais n'a pas indiqué quand cette offre avait été faite.

La série d'événements menant au drame a suscité des critiques envers les actions de la police ainsi que les suivis offerts par les services sociaux.

Des avocats, des travailleurs communautaires et des spécialistes des dépendances croient que les patients qui sont libérés des centres de détentions sont négligés. Ils seraient très souvent livrés à eux-mêmes, sans suivi rapproché par les services sociaux afin de leur éviter de retomber dans la consommation de stupéfiants.

La police aussi critiquée

Outre les critiques visant les services sociaux, les actions de la police ont fait également l’objet de critiques.

Nous préparons les gens à rechuter, dénonce Mark Cherrington de la Coalition pour la justice et la défense des droits humains, un organisme à but non lucratif intervenant dans la région d'Edmonton.

Selon lui, il est extrêmement courant que des détenus libérés à condition de suivre un traitement de la toxicomanie soient déposés à Edmonton, généralement au centre-ville et tard dans la nuit, quand ils n'ont nulle part où aller.

En mettant ces personnes dans de telles conditions précaires, nous [leur ] imposons des facteurs de stress qui peuvent les amener à agir d'une manière qui pourrait être dangereuse pour elles-mêmes ou pour les autres, souligne Mark Cherrington.

Des dizaines de manifestants brandissant des pancartes demandent un renfort de la sécurité dans le quartier chinois d'Edmonton.

Le meurtre des deux sexagénaires avait donné lieu à une manifestation devant l'hôtel de ville, à Edmonton, pour réclamer le renforcement de la sécurité dans le quartier chinois (archives).

Photo : Radio-Canada / Emily Fitzpatrick

Plaidoyer pour plus d’espaces

La longueur des listes d'attente pour une place dans un centre de traitement de la toxicomanie varie dans la région d'Edmonton.

Par exemple, Our House Addiction Recovery Centre mentionne qu'environ 50 hommes se trouvent généralement sur la liste d'attente de l'organisation à but non lucratif. Lorsqu'une place se libère, elle est habituellement comblée en moins de 24 heures.

Services de santé Alberta, qui gère aussi des établissements en traitement de la toxicomanie, indique que le temps d'attente moyen pour accéder à un traitement au cours des derniers mois était de 22 jours.

Le gouvernement albertain affirme avoir financé, l'an dernier, deux fois plus de places que promis pour le traitement des dépendances.

Le ministre de la Justice Tyler Shandro convient que les plans de libération doivent être couronnés de succès, et qu'ils le seront lorsqu'un accès plus rapide à du soutien, y compris pour le traitement des dépendances, sera disponible.

Danielle Boisvert, avocate de la défense pénale à Edmonton et présidente de l'association d'avocats Edmonton's Criminal Trial Lawyers Association, croit qu'une solution de logement provisoire, semblable à un service d'urgence dans un hôpital, pourrait aider ceux qui risquent de récidiver.

Il doit y avoir une partie du système des services sociaux, à mon avis, qui soit là pour faire face à ces types d'urgences, suggère-t-elle.

Les spécialistes en toxicomanie s'entendent pour dire que le risque de rechute d'une personne qui vient de quitter un établissement correctionnel ou un centre de traitement est élevé.

Elle passe d'un environnement très structuré à un autre qui ne l’est probablement pas, et cela entraîne beaucoup de stress, explique la thérapeute en toxicomanie et psychologue agréée à Sherwood Park, Tracy McGimpsey.

Le psychologue agréé Jorge Ortiz, qui est basé à Edmonton et a passé de nombreuses années à travailler avec des détenus ainsi que dans des établissements de traitement, rappelle toutefois que les individus doivent être motivés, car ceux qui offrent des services ne peuvent forcer personne.

Il suggère une approche plus multidisciplinaire pour aider les gens à surmonter leurs dépendances et améliorer leur santé mentale.

Cela pourrait inclure du soutien culturel, notamment pour aider les autochtones comme Justin Bone, à guérir de traumatismes intergénérationnels, propose pour sa part Leigh-anne Sheldon, une psychologue agréée propriétaire d'une entreprise basée à Edmonton qui offre des services psychologiques aux autochtones.

Je crois personnellement que tout cela aurait pu être évité, partage-t-elle.

Avec des informations de Madeleine Cummings, Ariel Fournier, Janet French et Wallis Snowdon

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