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Une exposition pour sensibiliser l’Ouest à la rafle des années 1960

Des affiches de l'exposition.

L'exposition est présentée jusqu'à lundi à la bibliothèque municipale de Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Des survivants de la rafle des années 1960 ont parcouru l’ouest du pays ces dernières années pour sensibiliser la population à ce pan d’histoire encore méconnu. Ils terminent leur tournée à Vancouver avec une exposition qui comporte des témoignages d’Autochtones arrachés à leur famille dans le but d'être assimilés dans des communautés de Blancs.

Avertissement : ce reportage comporte des détails sur des traumatismes.

Menée par le gouvernement fédéral de 1965 à 1984, cette rafle a mené au déracinement de milliers d’enfants au Canada. Ils ont perdu leur famille, leur langue et leur culture respectives après avoir été envoyés ailleurs au pays et parfois même aux États-Unis et en Europe.

Pour éduquer les Canadiens en ce qui a trait à ce sombre épisode de leur histoire, le regroupement Sixties Scoop Indigenous Society of Alberta a organisé une exposition à la bibliothèque municipale de Vancouver en fin de semaine. Il s’agit de la dernière étape de la tournée de cet organisme en Colombie-Britannique après des arrêts à Cranbrook, Prince George, Kamloops, Kelowna et Victoria, notamment.

Beaucoup de gens ne savent même pas que la rafle des années 1960 est arrivée, indique Lorraine Champagne, secrétaire de l’organisme. On ouvre les yeux des gens sur ce qui s'est produit [...]. Nous avons déjà parcouru l’Alberta deux fois et la Saskatchewan aussi l’an dernier. Là, c’était au tour de la Colombie-Britannique, dit-elle.

Lorraine Champagne a été arrachée à sa famille à Peace River, en Alberta, lorsqu’elle avait trois ou quatre ans. Elle n’a jamais revu sa mère depuis. Quand j’ai été emmenée dans une maison de Blancs, j’ai toujours su que j’étais autochtone. C’est comme si je n’avais jamais été vraiment acceptée par les Blancs, explique-t-elle.

« Quand tu grandis dans une maison de Blancs, tu es ce qu’ils appellent une "pomme rouge à l’extérieur et blanche à l’intérieur". Tu n’es pas acceptée par ton propre peuple. Tu marches avec un pied dans chaque monde et tu te sens terriblement seule. »

— Une citation de  Lorraine Champagne, survivante de la rafle des années 1960

Le résultat du système de pensionnats

Les pensionnats pour Autochtones sont une réalité que tout le monde connaît à présent. Cependant, les Canadiens doivent comprendre qu’il y a quelque chose d’autre qui s'est produit et qui a fait perdurer la colonisation et le génocide de notre peuple, soutient Adam North Peigan, originaire de la Première Nation Piikani, en Alberta, et membre du comité de direction de l’organisme.

Tous ceux qui ont été envoyés dans les pensionnats pour Autochtones ont été brisés. Ils n’ont pas connu la moindre cohésion familiale, ils ont été élevés dans ces écoles et ils ne savaient pas vraiment comment s’occuper d’enfants. Nous en sommes le résultat, témoigne Lorraine Champagne.

Margaret Gisle sourit devant deux tableaux de l'exposition.

Margaret Gisle a pu obtenir une compensation du gouvernement fédéral pour avoir été arrachée à sa famille, mais pas sa sœur jumelle.

Photo : Radio-Canada / Chloé Dioré de Périgny

Margaret Gisle a été adoptée à l’âge de trois ans et demi avec sa sœur jumelle. Elles ont quitté Prince Rupert pour Powell River, en Colombie-Britannique, avec une famille norvégienne. Elle raconte que ses parents, ses grands-parents et ses arrière-grands-parents ont été envoyés dans des pensionnats pour Autochtones et que leur traumatisme a été transmis à leurs enfants.

De ma naissance à mes trois ou quatre ans, j’ai souffert de malnutrition, d’abus sexuels, de famine, j’ai eu la clavicule cassée, les pieds écrasés, une fracture du crâne. Ça a été horrible, raconte-t-elle, en larmes, des décennies plus tard.

Ce fut vraiment une expérience traumatisante parce que lorsque j’ai été adoptée, le ministère m'a dit que mes parents étaient mariés, que je n’avais jamais été victime d’abus de mon père et de mes oncles et que je n’avais ni frères ni sœurs. Mais moi, je m’en souviens, dit-elle.

« Le ministère a dit que c’était mon imagination. J’avais des insomnies parce que je faisais des cauchemars, je me voyais être abusée et je voyais mon jeune frère mourir d’hypothermie. »

— Une citation de  Margaret Gisle, survivante de la rafle des années 1960

Si, plus jeune, Margaret Gisle a voulu renier son identité à cause de ce passé traumatisant, elle explique que sa culture fait aujourd'hui partie de son processus de guérison. Quand j’entends les tambours, j'entends un cœur battre. Quand j'entends les chants, j’entends mes ancêtres. Pour moi, aucune autre culture ne peut remplacer la mienne.

Un traumatisme qui perdure

Au Canada, selon le recensement de 2016, plus de la moitié des enfants en famille d’accueil sont autochtones. Pourtant, ils ne représentent que 7,7 % de la population d’enfants au pays, d’après les données du gouvernement fédéral. Pour Lorraine Champagne, c’est le signe que les conséquences de ce système sont encore visibles aujourd’hui.

En 2018, une entente de principe de 875 millions de dollars a été conclue avec le gouvernement fédéral pour dédommager les victimes de cette rafle et pour conclure les poursuites intentées par des survivants.

Pour Margaret Gisle, le processus de réclamation a été éprouvant. Elle aurait aimé que le gouvernement fédéral, qui détient selon elle les registres de ces rafles, facilite la tâche aux survivants plutôt que de leur faire ressasser ces souvenirs traumatisants.

Adam North Peigan sourit à côté d'une affiche sur laquelle il apparaît le 19 juin 2022.

Survivant de la rafle des années 1960, Adam North Peigan demande au gouvernement de la Colombie-Britannique de s'excuser auprès des enfants arrachés à leur famille dans la province durant cette période sombre.

Photo : Chloé Dioré de Périgny

Les gouvernements de la Saskatchewan, du Manitoba et de l’Alberta ont déjà présenté leurs excuses officielles aux enfants qui ont subi la rafle des années 1960, explique Adam North Peigan.

Il demande maintenant au premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, de faire la même chose pour créer un mouvement de réconciliation dans tout l’Ouest.

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