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Le vote incertain des jeunes au second tour de la présidentielle colombienne

Une femme accompagnée de son jeune fils achète une casquette à l'effigie de Rodolfo Hernandez.

Une partisane de Rodolfo Hernandez achète une casquette à l'effigie de ce candidat à un vendeur dans une rue de Bucaramanga, en Colombie, à la veille du second tour de l'élection présidentielle.

Photo : Getty Images / Gabriel Aponte

Agence France-Presse

Il y a près d'un an, la rue colombienne s'enflammait avec les jeunes en fer de lance contre le gouvernement. Dimanche, pour le second tour de la présidentielle, ces mêmes jeunes pourraient bien modifier le cours des choses s'ils rompent avec leur abstentionnisme historique.

Printemps 2021 : sonné par la pandémie, le pays explose à l'annonce d'un projet d'augmentation des impôts par le gouvernement conservateur d'Ivan Duque. La classe moyenne, jeunes en tête, descend dans les rues des grandes villes. Le mouvement est durement réprimé par la police avec au moins 44 morts.

Il révèle un malaise profond dans une des sociétés les plus inégalitaires au monde. Un an plus tard, le problème social n'a pas été résolu [...], il s'est seulement calmé, analyse pour l'AFP Danny Ramirez, de l'Université du Rosario. Et il pourrait ressurgir à tout moment.

Dimanche, les Colombiens choisiront entre le sénateur de gauche Gustavo Petro, 62 ans, et un homme d'affaires indépendant idéologiquement inclassable, Rodolfo Hernandez, 77 ans, champion autoproclamé de la lutte contre la corruption.

Gustavo Petro envoie la main à ses partisans.

À Bogota, le candidat à la présidence de la Colombie Gustavo Petro salue ses partisans lors du premier tour de l'élection présidentielle, le 29 mai dernier.

Photo : Getty Images / Guillermo Legaria

Le scrutin s'annonce très serré. Dans la dernière ligne droite, les candidats font la chasse aux abstentionnistes (45 %) comme aux indécis (2 % à 5 %).

Selon l'institut de sondage Cifras y Conceptos, près de la moitié des jeunes n'ont pas voté au premier tour le 29 mai, ce qui représente un réservoir de neuf millions de voix.

Défiance envers les institutions, insatisfaction à l'endroit du système éducatif, chômage : 52 % des jeunes ne se sentent représentés par aucun des deux candidats. Par ailleurs, 81 % d'entre eux se méfient de l'exécutif, 80 % des partis politiques et 78 % du Parlement, selon une autre enquête qui date d'avril.

Ces nouvelles générations nées dans les villes, loin du conflit armé qui a éludé pendant des décennies la contestation sociale, encouragent les causes féministes, environnementales ou ethniques, constate M. Ramirez. Mais si elles dynamisent les débats électoraux, elles se rendent rarement jusqu'aux urnes.

Volonté de changement de la jeunesse

J'ai l'impression que ce sont les mêmes personnes que d'habitude qui gouverneront à nouveau [...]. Il vaudrait bien mieux que ce soit quelqu'un qui n'a pas tant d'histoire avec la politique, confie à l'AFP Sebastian Rodriguez, 22 ans, caissier à Bogota, qui votera blanc... s'il va voter.

Emploi, éducation, santé et violence sont pourtant les préoccupations de la jeunesse, énumère David Yepes, de la fondation Idées pour la paix, qui mène des recherches sur les manifestations de 2021. Il y a un certain nombre de promesses non tenues qui ont ouvert un trou béant entre les jeunes et les institutions, s'inquiète-t-il.

Selon les sondages, les jeunes s'identifient davantage au programme de M. Petro (62 %). À la tête de la mairie de Bogota (2012-2015), celui-ci a tissé des liens avec les jeunes en se posant en défenseur des droits de la personne, de l'environnement et de l'éducation gratuite. Il a soutenu sans réserve les manifestations de 2021 et critiqué la riposte du gouvernement.

Un homme marche près d'affiches qui montrent Francia Marquez.

Un passant marche à Bogota près d'affiches électorales représentant Francia Marquez, colistière pour la vice-présidence de la Colombie de Gustavo Petro.

Photo : afp via getty images / JUAN BARRETO

Son choix d'une Afro-Colombienne, Francia Marquez, comme colistière pour la vice-présidence s'est avéré payant : charismatique, elle a porté un discours féministe, écologiste et antiraciste qui résonne chez les jeunes, davantage que les dogmes habituels de la gauche latino-américaine.

Cristina Andrade, une psychologue de 25 ans, choisira Gustavo Petro essentiellement en raison de ses propositions et aussi parce qu'il est soutenu par Francia. Le plus important, c'est la question environnementale, que Rodolfo Hernandez n'a pas..., explique-t-elle à l'AFP.

L'ancien maire de la ville de Bucaramanga, surnommé le vieux de TikTok, a toutefois su, lui aussi, aborder la nouvelle génération.

Il ne se comporte pas comme un politicien traditionnel. Sa façon d'être et son discours disruptif lui permettent d'établir un lien facile avec les jeunes, explique Fabian Mayorga, 22 ans, coordonnateur du mouvement Jeunes avec Hernandez.

Le candidat indépendant promet qu'il répondra aux aspirations de la jeunesse s'il est élu et que la police antiémeute ne sera pas utilisée brutalement contre le droit des gens à manifester.

Il est cependant plus imprévisible dans ses projets, observe M. Ramirez. Nous ne savons pas comment il ferait face à une explosion sociale. Il a un style plutôt conflictuel [...] qui ne permet pas, pour autant que nous l'ayons vu, le dialogue ou le débat d'idées.

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