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Pénurie de personnel : des professionnels de la santé demandent l’aide d’Ottawa

Une travailleuse de la santé adossée contre un mur qui regarde au loin.

Le nombre de postes vacants dans le secteur de la santé a grimpé en flèche selon des données de Statistiques Canada.

Photo : Shutterstock / Alliance Images

Radio-Canada

Des professionnels de la santé et des organismes du secteur soutiennent que le taux élevé d’épuisement professionnel et la pénurie de main-d’œuvre dans les hôpitaux du pays sont devenus « endémiques ». Ils demandent ainsi au gouvernement fédéral de s'asseoir avec les provinces pour trouver des solutions.

Selon des données de Statistique Canada, le nombre de postes vacants de travailleurs de la santé, principalement dans les hôpitaux, a grimpé de près de 92 % entre septembre et décembre 2021 comparativement à la même période en 2019.

Paul-Émile Cloutier est le président-directeur général de SoinsSantéCAN, un organisme qui représente les hôpitaux de recherche, les centres de santé et les organisations de santé au pays. Selon lui, la situation continue de s’empirer.

Il y a des manques de personnel dans tout le système de santé désormais, indique-t-il. Cette pénurie de main-d'œuvre n’est plus réservée qu’aux unités de soins intensifs ou aux urgences.

« C’est comme si nous nous dirigeons les yeux fermés vers une catastrophe. »

— Une citation de  Paul-Émile Cloutier, pdg de SoinsSantéCAN

Paul-Émile Cloutier explique qu’il existe 13 systèmes différents de soins de la santé dans les provinces et les territoires à travers le pays, mais qu’il n’y a pas d’organisme central qui collecte et analyse les données dans son ensemble. SoinsSantéCAN souhaite donc la création d’un tel organisme, dont le but serait de résoudre les problèmes de capacité dans les hôpitaux ainsi que de pénuries de main-d'œuvre.

De son côté, la présidente de l’Association médicale canadienne, la docteure Katharine Smart, a déclaré vendredi à l’antenne de Power & Politics de CBC avoir récemment discuté avec le ministre de la Santé Jean-Yves Duclos au sujet des défis auxquels fait face le système de santé au Canada.

Je pense que nous avons besoin d’un leadership fédéral qui reconnaisse vraiment que les défis que nous constatons dans l'ensemble du système de soins de santé ne sont pas uniques à une province ou à un territoire, soutient-elle. Nous avons besoin de ce leadership pour déterminer les enjeux prioritaires, et le financement nécessaire pour résoudre certains de ces problèmes.

Le ministre Jean-Yves Duclos a annoncé en mars dernier qu’Ottawa verserait 2 milliards de dollars aux provinces et aux territoires pour les aider à réduire les files d’attente et les retards causés par le délestage.

Anne Génier, une porte-parole de Santé Canada, indique que le gouvernement prend également d’autres mesures afin de réduire les arriérés du système de santé et s’attaquer à l’épuisement professionnel.

Dans une déclaration, elle souligne notamment l’engagement de 140 millions de dollars dans le dernier budget fédéral destiné au financement de la plateforme Mieux-Être Canada, dont le but est d'offrir des services et des outils gratuits et confidentiels en matière de santé mentale et de toxicomanie aux travailleurs de première ligne et d’apporter des changements législatifs visant à garder les lieux de travail libres de menaces, de violence et de harcèlement.

Un environnement de travail sain est essentiel à la rétention de travailleurs de soins de la santé, indique la porte-parole.

Anne Génier ajoute par ailleurs que le budget prévoit également 115 millions de dollars sur cinq puis, puis 30 millions de dollars chaque année par la suite, pour élargir le programme de reconnaissance des titres de compétences étrangers dans le secteur de la santé afin de permettre à des professionnels de la santé formés à l’international de travailler dans leur domaine au Canada.

Des millions de dollars ont également été réservés pour l’embauche et la rétention de travailleurs de la santé dans les communautés rurales et éloignées du pays, indique-t-elle.

Paul-Émile Cloutier et la docteure Katharine Smart estiment cependant que ces mesures ne sont pas suffisantes.

Il faut organiser une rencontre des premiers ministres pour discuter des enjeux en santé avec des partenaires du secteur,’’ croit Paul-Émile Cloutier. À mon avis, une telle réunion pourrait vraiment être utile parce que je pense que les provinces comprennent qu'il y a aussi un gros problème au niveau provincial.

Un environnement qui n’est plus sécuritaire

Une urgentologue en Ontario, la docteure Kari Sampsel, a donné sa démission en décembre dernier après 15 ans de travail puisqu’elle estimait que son environnement de travail n’était plus sécuritaire pour elle et ses patients.

L’ancienne urgentologue souligne avoir dû traiter certains patients dans leurs véhicules dans le stationnement de l’hôpital ou encore dans les couloirs parce que les urgences débordaient et il n’y avait pas de lits disponibles.

La docteur Kari Sampsel sourit à la caméra.

La docteure Kari Sampsel a démissionné après 15 ans en tant qu'urgentologue.

Photo : Fournie par Michelle Valberg

Elle n’a pas voulu nommer l’hôpital auquel elle travaillait par crainte de représailles.

La docteure Kari Sampsel indique qu’elle a senti qu’il était temps de partir lorsque son environnement de travail a commencé à avoir des répercussions sur sa santé mentale.

« Je ne fais plus un travail que j’aime parce qu’il était en train de me tuer. »

— Une citation de  docteure Kari Sampsel

Elle ajoute que son ancien département a maintenant un manque à combler de douze médecins à temps plein et que la plupart de ses collègues se plaignent d’épuisement professionnel.

Les gens ressentent le besoin de partir pour préserver leur bien-être. Le travail n’est pas le problème. Les circonstances le sont, conclut la docteure Kari Sampsel.

Soutenir davantage les professionnels de la santé

SoinsSantéCAN demande également au gouvernement fédéral plus de financement pour améliorer les environnements de travail et l’équilibre entre le travail et la vie privée, ainsi que plus de services en santé mentale pour les travailleurs de soins de santé.

Danielle Chaput a travaillé comme infirmière aux soins intensifs en Ontario pendant 12 ans. Elle dit avoir été diagnostiquée lors de la pandémie de fatigue de compassion, d’épuisement professionnel, et d’un trouble d’anxiété généralisé.

Danielle Chaput regarde la caméra, les bras croisés.

Danielle Chaput a d'ailleurs commencé sa propre entreprise pour soutenir les travailleurs de la santé et les autres personnes souffrant d'épuisement professionnel et d'anxiété.

Photo : Fournie par Danielle Chaput

Mme Chaput a déclaré que son point de rupture est survenu lorsqu'elle a réalisé qu'elle ne pouvait plus fournir les soins qu'elle estimait que ses patients méritaient en raison de circonstances dont elle n’avait pas le contrôle.

Je n'ai jamais vu une situation aussi grave en termes de nombre de départs

Danielle Chaput dit qu'elle prend moins de quarts de travail à l'hôpital pour travailler sur sa santé mentale. C'est très difficile d'y penser, car j'ai toujours voulu être infirmière, lâche-t-elle.

Avec les informations de Yasmine Hassan, de CBC

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