•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’Ordre des CPA obligera les étudiants des régions à se déplacer pour leur examen final

Un groupe d'étudiants en sciences comptables de l'UQAT.

Les étudiants du DESS en sciences comptables de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue devront se rendre à Montréal ou à Gatineau pour passer l'examen de l'Ordre des comptables professionnels agréés du Québec.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Les étudiants du programme de DESS en sciences comptables de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, à Chicoutimi et à Rimouski ne pourront plus passer l’examen de l’Ordre des comptables professionnels agréés dans la ville où ils étudient.

Une décision de l’Ordre des CPA du Québec fait en sorte que les étudiants de ces trois établissements devront se rendre à Montréal, Québec, Gatineau, Trois-Rivières ou Sherbrooke pour passer l’examen, en septembre.

Pour une première fois en plus de 25 ans, les étudiants de Rouyn-Noranda, Saguenay et Rimouski devront quitter leur région vers les grands centres pour réaliser l’examen, qui s’étend sur une période de trois jours.

Pour payer les frais de déplacement, l’Ordre des CPA du Québec offre aux étudiants une compensation de 350$.

Le codirecteur du programme de DESS en sciences comptables à l’UQAT, François-Michel Denommé, juge très décevante la décision de l’Ordre.

« La première réaction, c’est sûr que ç’a été beaucoup de déception sur le coup. Ça m’a pris un petit 24 heures avant de digérer tout ça, mais par la suite, on s’est rendu compte que ça n’avait pas d’allure, raconte-t-il.

« C’est un coup dans les flancs pour la profession en région, pour l’expertise en région et pour la mission qu’on se donne à l’Université, mais aussi les comptables professionnels agréés qui sont dans les régions. »

— Une citation de  François-Michel Denommé, codirecteur du programme de DESS en sciences comptables à l'UQAT
François-Michel Dénommé,posant près des vitrines de l'UQAT.

François-Michel Denommé, codirecteur du programme de DESS en sciences comptables à l’UQAT.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Des conséquences possibles

En plus des coûts financiers associés à un déplacement vers un grand centre, M. Denommé soutient que la décision de fermer trois centres d’examen régionaux peut avoir des conséquences multiples pour les étudiants et les universités concernées.

On parle de stress, c’est l’examen d’une vie quand même, ces étudiants-là jouent leur carrière. À moyen et à long terme, on pense que ça pourrait avoir un effet néfaste sur la perception de notre programme, qui est un programme complet en Abitibi. On a un des meilleurs programmes au Québec, nos étudiants réussissent très bien aux examens. On n’a pas à être gênés de ce qu’on a ici, on a un programme de première qualité, mais là, on a peur que cette perception-là s’égraine avec le temps, indique-t-il.

Jade Brière, posant dans l'atrium de l'UQAT.

Jade Brière, candidate à la profession de CPA.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Selon Jade Brière, étudiante au programme et candidate à la profession de CPA, le fait de devoir aller passer l’examen à l’extérieur de la région représente un stress qu’elle et ses collègues auraient préféré éviter.

J’étais très déçue de savoir qu’il va falloir que je me déplace pour aller faire mon examen, déjà que c’est une étape très importante dans notre vie, c’est très stressant comme examen. Le fait de devoir aller à un autre endroit qui est inconnu, ça apporte un stress de plus. En plus, on nous a dit qu’on allait nous confirmer le lieu de notre examen seulement trois semaines à l'avance, donc on est un peu dans l’incertitude, ce n’est vraiment pas plaisant ou confortable, signale-t-elle.

Par courriel, l'Ordre des CPA du Québec a tenu à préciser que la période d'inscription pour l'examen de septembre se termine le 4 juillet prochain et que les étudiants recevront confirmation de leur inscription dans le centre de leur choix dans les jours suivant la clôture des inscriptions, soit trois mois avant l’examen.

350$ pour un voyage de trois ou quatre jours

Quant au montant offert en compensation pour le déplacement, Jade Brière abonde dans le même sens que M. Denommé, signifiant que ce sera nettement insuffisant pour couvrir les dépenses encourues.

Notre examen, c’est un examen de trois jours, donc il va falloir louer une chambre d’hôtel de trois à quatre jours, en plus des déplacements, avec le prix de l’essence qui a augmenté, les frais de repas et de la chambre d’hôtel, c’est vraiment au dessus de 350$, fait-elle remarquer.

D’après François-Michel Denommé, le fond du problème ne se situe cependant pas sur le plan financier. Ce qu’on veut, ce n’est pas de l’argent, ce n’est pas plus d’argent. Ce qu’on veut à la base, c’est que ces centres d’examen-là puissent réouvrir, mentionne-t-il en parlant de l’Abitibi-Témiscamingue, du Saguenay et de Rimouski.

L’Ordre des CPA s’explique

L'Ordre des CPA du Québec a refusé notre demande d'entrevue sur le sujet.

Par courriel, la présidente et chef de la direction de l’Ordre, Geneviève Mottard, a affirmé être consciente des répercussions de cette difficile décision.

La décision de tenir l’examen dans cinq centres régionaux plutôt que huit s’appuie sur les avis et conseils des experts en sécurité informatique qui nous accompagnent lors des examens. Le retour des examens en salle, l’utilisation d’une nouvelle version du logiciel d’examen et la pénurie de personnel hautement qualifié et formé au nouveau logiciel sont parmi les facteurs déterminants qui ont été pris en considération, précise Mme Mottard.

Mme Mottard indique par ailleurs que la fermeture des trois centres d’examen pour l’épreuve de septembre prochain sera reconsidérée pour les années à venir, en fonction de l’évolution du contexte dans lequel se déroulera l’examen.

L'extérieur de l'UQAT, à Rouyn-Noranda.

L'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Le ministre Dufour mécontent

Contacté par Radio-Canada, le ministre responsable de l'Abitibi-Témiscamingue et député d’Abitibi-Est, Pierre Dufour, a signalé être entré en contact avec la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, immédiatement après avoir appris la nouvelle.

Premièrement, autant Danielle McCann que moi-même trouvons ça très déplorable. Deuxièmement, c’est un mauvais message que ça envoie de la part de l’Ordre. Rouyn-Noranda, entre autres, c’est un secteur qui est très prisé au niveau de la comptabilité, ç’a toujours été un secteur très reconnu. De voir qu’on oblige des étudiants à être transférés à l’extérieur pour aller faire cet examen-là, avec un montant d’argent dérisoire, je peux vous dire une chose, on va essayer de voir pour que cette situation-là soit résorbée. L’examen est en septembre, ça donne un peu de temps à Mme McCann pour travailler le dossier, mais je peux dire une chose, on n’est pas très heureux de la situation aujourd’hui, exprime M. Dufour.

Pour Luc Filiatreault, CPA et associé au cabinet MNP, il importe que l’ensemble du processus menant au titre puisse être effectué en région, incluant l’examen de l’Ordre.

Chez MNP, on est des bureaux régionaux et tout notre recrutement est fait à travers les universités en région. Ç’a un impact parce que le recrutement est difficile autant pour nous que pour bien des entreprises, donc d’ajouter certaines restrictions comme ça, je pense que le recrutement va être encore plus difficile. On a besoin du plus d’étudiants possible, donc il faudrait enlever ces restrictions et permettre de faire l’examen en région, déclare-t-il.

Une attractivité mise à mal

Le ministre Dufour, comme le professeur Denommé, soutient que la compensation offerte aux étudiants par l’Ordre des CPA n’est pas suffisante, mais argue qu’il ne s’agit pas du principal enjeu.

Pour moi, ce n’est même pas une compensation. On a des étudiants qui gravitent à Rouyn-Noranda, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, à Rimouski. Qu’on trouve le moyen de faire en sorte que ces examens-là aient lieu dans leur région respective. Je pense que c’est ce qui est la logique, ce n’est pas d’essayer de commencer à trouver une méthodologie de fonctionnement qui vient encore une fois centraliser une sorte de prise de décision, dit-il.

Selon M. Dufour, l’attractivité de l’Abitibi-Témiscamingue et des autres régions éloignées peut être mise à mal par de telles décisions.

« Avec la pénurie de main-d'œuvre, on cherche par tous les moyens à essayer d’augmenter l’attractivité. Des éléments comme ça, ça va un petit peu à l’inverse. Pour nous, c’est de trouver le moyen pour que les étudiants puissent accomplir l’examen dans leur milieu respectif. »

— Une citation de  Pierre Dufour, ministre responsable de l'Abitibi-Témiscamingue

De son côté, François-Michel Denommé ne perd pas espoir et souhaite que l’examen de l’Ordre puisse avoir lieu dans l’ensemble des centres d’examen régionaux en septembre prochain.

À très court terme, on continue nos démarches avec l’Ordre, autant avec le conseil d’administration qu’avec la direction. On veut que les centres soient rouverts, autant à Rouyn, à Rimouski qu’à Saguenay, conclut-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !