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Après des siècles de mystère, on sait enfin d’où venait la peste noire

Une illustration représentant le chaos semé par la peste dans l'Europe du Moyen Âge.

En seulement huit ans, la peste noire a tué jusqu'à 60 % de la population de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord.

Photo : Wikimedia Commons

Agence France-Presse

La pandémie de peste noire, qui a décimé une grande partie de la population européenne au Moyen Âge, a émergé en Asie centrale, dans l'actuel Kirghizistan, selon une étude mettant fin à près de sept siècles de questionnements.

C'est grâce à de l'ADN humain ancien, extrait sur un site funéraire du 14e siècle dans le nord du Kirghizistan, que les chercheurs ont pu remonter à la source. Leurs découvertes, publiées dans la revue Nature, tranchent un très vieux débat d'historiens.

L'épidémie de peste noire a atteint l'Europe en 1346 par le bassin méditerranéen, à bord de navires transportant des marchandises depuis la mer Noire. En seulement huit ans, la mort noire a tué jusqu'à 60 % de la population de l'Europe, du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Et marqué le début d'une longue vague, qui allait ressurgir par intermittence durant 500 ans.

Où est-elle née? L'une des pistes les plus communément avancées était celle de la Chine, mais aucune preuve robuste n'avait pu étayer cette théorie.

J'ai toujours été fasciné par la peste noire, et l'un de mes rêves était de résoudre le mystère de ses origines, a raconté l'historien spécialiste des catastrophes Phil Slavin, l'un des auteurs de l'étude, lors d'une conférence de presse.

Ce professeur à l'Université de Stirling, en Écosse, connaissait l'existence de deux sites funéraires médiévaux près de lac d'Issyk Kul, au Kirghizistan, qui avaient été fouillés à la fin du 19e siècle.

Parmi plus de 400 pierres tombales, une centaine étaient précisément datées : 1338-1339. Elles portaient une épitaphe mentionnant mort de pestilence, en ancien syriaque. Autant d'indices d'une surmortalité anormale au sein d'une communauté, sept ou huit ans avant que la peste noire frappe l'Europe.

Pour trouver la cause des décès, les chercheurs ont fouillé dans l'ADN dentaire de sept squelettes. La pulpe dentaire est une source précieuse, car c'est une zone très vascularisée qui donne une forte chance de détecter des pathogènes dans le sang, a expliqué à l'AFP Maria Spyrou, de l'Université de Tübingen en Allemagne, elle aussi auteure de l'étude.

L'ADN a pu être séquencé – un travail délicat tant il était fragmenté – puis comparé à une base de données contenant le génome de milliers de bactéries.

Verdict : les corps avaient été infectés par la bactérie Yersinia pestis, le bacille responsable de la peste noire, transmise à l'humain par les puces des rongeurs. Cette communauté avait donc bien été victime du fléau qui a frappé l'Europe quelques années plus tard.

Les analyses du génome de Yersinia pestis ont aussi révélé qu'il s'agissait d'une souche ancestrale de la bactérie, celle qui se trouve à la base de l'arbre génétique de la peste.

Les scientifiques associent justement l'apparition de la peste noire en Europe à un big bang génétique au cours duquel les bactéries souches se sont massivement diversifiées.

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