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Le marché du travail est plus favorable aux employés qu’aux employeurs

Des tasses à café et un comptoir de restaurant.

Promenade Café et Vin a récemment dû fermer faute d'avoir pu trouver un cuisinier.

Photo : Radio-Canada / Trevor Lyons

Si le monde de la restauration se prépare à la période estivale, de nombreuses entreprises ont des difficultés à recruter. Dans ce contexte de manque de main-d'œuvre, de nombreux travailleurs se dirigent vers d’autres métiers, au plus grand regret des restaurateurs, dont certains doivent mettre la clé sous la porte.

D’autres, comme Yvonnick Le Lorec, sont pleins d’espoir. Il travaille en ce moment aux derniers préparatifs de son nouveau restaurant sur la rue Sherbrook, à Winnipeg, qu’il compte ouvrir pour l’été.

La recherche du personnel a été tout un travail, reconnaît-il.

On a eu de la chance, on a mis des annonces sur Indeed. On a eu de la chance d’avoir des contacts aussi. Nos jeunes de la semaine dernière sont revenus travailler avec nous [sur le pont Provencher]. On ouvre aussi à Sherbrook d’ici quelques semaines. Il a fallu retrouver du personnel. On a même fait une annonce sur le réseau des PVTistes en France [NDLR : un forum de travailleurs titulaires de permis vacances-travail]. On n’a pas eu trop de retours, explique-t-il.

Malgré tout, il a réussi à trouver les profils qu’il cherchait et la question, de la rétention n’est pas loin.

Pour les postes à responsabilités, ils ne sont pas au [salaire] minimum. On a dit qu’on ferait un point après l’été avec l’ouverture du restaurant. Si on a une belle progression [...], il y aura certainement une revalorisation [des salaires], assure-t-il.

Comment trouver des travailleurs?

Pour de nombreux entrepreneurs du domaine de la restauration, le défi pour attirer des employés est grand. Cela dit, la tendance est généralisée.

Les secteurs qui sont en fort besoin présentement, c’est évidemment le domaine de la restauration, l’hôtellerie, la vente au détail, les petits commerces et aussi le domaine de la santé, constate Joël Lemoine, directeur de l’appui aux entreprises du Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba.

Professeur d’économie à l’Université de Saint-Boniface, Faiçal Zellama ne voit qu’une solution : augmenter les salaires.

L’augmentation salariale va permettre aux entreprises de retenir la main-d'œuvre. L’entreprise ou le restaurant vont gagner sur le coût de recrutement. Si ton salaire est faible, tu ne vas pas retenir, donc les gens vont quitter. Chaque fois, tu vas dépenser du temps et de l’argent pour recruter ton personnel, précise-t-il.

Selon M. Zellama, il faut aussi se concentrer, cet été, sur les jeunes pour les postes dans la restauration, à la condition de leur donner un peu de perspective.

Il fait remarquer que plusieurs de ses étudiants préfèrent travailler dans des centres d’appels plutôt que dans des restaurants comme serveurs.

« Les centres d’appels offrent des formations. Une grande partie de mes étudiants, parce qu’ils sont bilingues, sont mieux payés. »

— Une citation de  Faiçal Zellama, professeur d’économie à l’Université de Saint-Boniface

Directeur de l’appui aux entreprises du Conseil de développement économique des municipalités bilingues du Manitoba (CDEM), Joël Lemoine souligne aussi qu'il y a un bassin de candidatures plus restreint.

Un des grands problèmes, c’est qu’à cause de la pandémie, il n’y a pas eu plusieurs nouveaux arrivants pour augmenter le nombre d’employés disponibles pour travailler dans certains domaines, rappelle-t-il.

Il ajoute que les emplois à temps partiel l’été ne sont pas toujours très attirants non plus.

Les entrepreneurs déjà en difficulté

Augmenter les salaires n'apparaît pas comme une solution miracle pour tous, surtout dans un contexte de forte inflation.

Je ne dis pas que c’est une mauvaise solution, mais si c’est la réponse de tout le monde, la situation d’inflation va continuer, affirme le président de la Chambre de commerce de Saint-Boniface, Philippe Richer.

Joël Lemoine craint lui aussi de voir la hausse des salaires se répercuter sur le prix des assiettes.

Il affirme toutefois que le CDEM a une bonne base de données de candidats potentiels pour les employeurs.

Ce sont des gens locaux ou de nouveaux arrivants qui sont à la recherche d'emplois. On a du monde pour travailler chez eux. Il s’agit juste de trouver le domaine d’expertise pour faire la bonne combinaison, dit-il.

Ça donne au moins un certain niveau d’encouragement. Il n'y a peut-être pas le nombre qu’ils cherchent, mais on a certainement des gens qu’on est en mesure de placer, assure Joël Lemoine.

Yvonnick Le Lorec dans la cuisine de son nouveau restaurant en préparation.

Yvonnick Le Lorec s'apprête à ouvrir sa crêperie au centre-ville de WInnipeg cet été.

Photo : Radio-Canada

Yvonnick Le Lorec recherche de son côté du personnel bilingue, ce qui est loin d’être simple. S’il s’efforce de former en interne ses travailleurs et tente de créer une ambiance de travail conviviale, il a le sentiment que les métiers de la restauration ne sont pas les plus valorisés.

En attendant, il se serre la ceinture.

Depuis qu’on a commencé l’entreprise, ma compagne et moi, on ne se verse pas de salaire. On prend quelques dividendes pour vivre, affirme-t-il.

L'entreprise a trois ans. On est toujours en développement. Tous les ans, on investit beaucoup, et cette année, c’est un gros investissement avec le restaurant sur la rue Sherbrook. On espère pouvoir avoir un salaire, mais en attendant, on crée de la richesse et on crée de l’emploi, fait-il remarquer.

Avec des informations d'Alexia Bille

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