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Les pêcheurs pélagiques du sud de la Gaspésie lancent un appel à l’aide à Ottawa

Alexis Deschênes et Paul St-Pierre Plamondon discutent avec des pêcheurs de homard.

Le candidat péquiste Alexis Deschênes et et le chef du Parti québécois Paul St-Pierre Plamondon discutent avec des pêcheurs de homard.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Alice Proulx

« On a été jetés à l’eau sans bouée, on va couler », lance Norbert Duguay, un pêcheur rencontré dimanche sur le quai de Newport. Ce que d'autres capitaines et lui réclament : un appui financier d'Ottawa, qui a interdit la pêche au hareng et au maquereau en mars dernier. Une délégation péquiste, dont le chef Paul St-Pierre-Plamondon, est allée à leur rencontre dimanche pour appuyer leurs revendications.

Cette décision avait été prise, deux jours avant l'ouverture de la pêche commerciale au hareng, par le ministère des Pêches et des Océans Canada (MPO) afin de régénérer les stocks des deux espèces qui seraient en zone critique.

Depuis, les pêcheurs pélagiques sont sans réponse de la part d'Ottawa, qui tarde à se prononcer quant à une possible compensation financière.

Selon le président du Regroupement des pêcheurs pélagiques professionnels du sud de la Gaspésie, Ghislain Collin, une dizaine de pêcheurs sont actuellement dans une position très critique.

Il y a beaucoup de pêcheurs de hareng et de maquereau dans le sud de la Gaspésie, mais ceux qui vivent seulement de la pêche pélagique, on parle d’une dizaine de capitaines. Ils ont été touchés totalement et ils n’ont rien d’autre, soulève-t-il.

Ghislain Collin, en entrevue avec Radio-Canada.

En plus d'être lui-même pêcheur, Ghislain Collin est président du Regroupement des pêcheurs pélagiques professionnels du sud de la Gaspésie.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

M. Collin constate que certains membres du regroupement traversent une période très difficile.

« C'est de la grosse détresse.  »

— Une citation de  Ghislain Collin, président du Regroupement des pêcheurs pélagiques professionnels du sud de la Gaspésie

Il rappelle que de nombreux pêcheurs avaient investi dans le but de se préparer à cette saison de pêche qui n'a jamais eu lieu.

Les gars ont préparé leurs bateaux, ils ont fait des investissements, ils ont commencé à engager leurs hommes de pont et ils ont commencé à travailler sur les bateaux, précise M. Collin.

Des pêcheurs aux abords du quai regardent à l'eau alors que des prises sont remontées.

Les pêcheurs vivent une situation difficile.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Il souhaiterait que le MPO prenne le temps de s'asseoir avec chacun des pêcheurs touchés par cette décision et qu'il constate les répercussions que celle-ci a eues sur eux.

Chacun d’entre eux est différent, a un bateau différent, des équipements différents et des besoins différents. […] Même si le MPO nous disait [de prendre la mer], le mal est déjà fait. Les équipages sont partis ailleurs, il faut tout rebâtir à neuf, souligne Ghislain Collin.

Selon lui, certains pêcheurs espèrent avoir un rachat de permis et d'autres aimeraient que cette suspension soit levée.

Des pêcheurs laissés pour compte

Le capitaine Tom Langelier fait partie de ces pêcheurs qui ne vivent que de la pêche au hareng et au maquereau.

« Je ne sais pas comment je vais faire pour survivre dans les prochains mois, c’est un casse-tête. On vit de jour en jour et demain matin, on ne sait pas ce qui pourrait arriver. »

— Une citation de  Tom Langelier, pêcheur pélagique
Tom Langelier sourit en regardant la caméra.

Tom Langelier est l'un des pêcheurs touchés par l'interdiction de pêche au hareng et au maquereau décrétée par Pêches et Océans Canada.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

J’ai mis toutes mes économies de côté pour les mettre dans mon bateau […] Maintenant, mes gars, je fais quoi avec eux? Bonne chance, l’année prochaine, on ne les aura plus. S’ils pouvaient au moins délivrer des permis pour qu’on puisse aller pêcher un peu, ça ne serait pas si pire, mentionne-t-il.

De son côté, le pêcheur Norbert Duguay estime que la situation est dramatique pour son entreprise.

« De 70 à 80 % de mes revenus proviennent du pélagique. On parle d’une perte de revenus de 100 000 $ pour mon entreprise. Je ne pourrai pas passer à travers cette période tout seul, sans l'aide du gouvernement. »

— Une citation de  Norbert Duguay, pêcheur
Norbert Duguay, en entrevue avec Radio-Canada.

Norbert Duguay est un pêcheur professionnel depuis une trentaine d'années.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Son bateau a été mis à l'eau le 10 mai dernier, mais depuis, il est resté à quai la majorité du temps.

J’ai eu une semaine de pêche et depuis ce temps-là, mon bateau est encore au quai. Je pars pour deux semaines au turbot et c’est tout ce que je vais pouvoir faire comme pêche, avoue-t-il.

M. Duguay affirme que ses employés ne pourront bientôt plus bénéficier de prestations d'assurance-emploi.

Le PQ demande à Ottawa d'agir

Les élus du Parti québécois (PQ) mettent de la pression sur Ottawa pour qu'une solution qui permettrait aux pêcheurs de se sortir la tête de l'eau soit trouvée.

On a fait le plaidoyer au gouvernement du Québec, auprès du ministre des Pêches André Lamontagne, pour qu’il mette de la pression sur le gouvernement fédéral. On ne sait pas s’il a obtenu une réponse, mais chose certaine, à l’heure actuelle, il faut que ça bouge, confirme le député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau.

« On ne peut pas abandonner des gens comme ça à leur sort. »

— Une citation de  Joël Arseneau, député péquiste des Îles-de-la-Madeleine
Joël Arseneau, photographié pendant une entrevue.

Le porte-parole du Parti québécois en matière de pêches, Joël Arseneau, a aussi pris part à l'annonce dimanche.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

C’est important pour nous d’être en appui aux pêcheurs pélagiques du sud de la Gaspésie qui connaissent une saison qui a été suspendue de façon très cavalière par le gouvernement fédéral à la veille du départ, juge, à son tour, la députée de Gaspé, Méganne Perry Mélançon.

De passage dans la région dans le but de confirmer l’investiture d’Alexis Deschênes à titre de candidat du PQ dans Bonaventure, Paul St-Pierre-Plamondon a aussi tenu à tendre la main aux pêcheurs.

Si j’étais premier ministre, on aurait un pays et puisqu’on aurait un pays, on aurait décentralisé tous les pouvoirs entourant les pêches sur une base régionale. […] Là, on a un exemple tellement épouvantable. Il y a quelqu’un à Ottawa qui a pris une décision sans préavis, sans qu’on ait les fondements scientifiques, et ça affecte la vie de plusieurs pêcheurs, indique le chef péquiste.

Alexis Deschênes serre la main d'un homme, tout souriant.

Le candidat péquiste dans Bonaventure, accompagné de son chef, a profité de son passage au quai de Newport pour serrer quelques mains.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Dans le même ordre d'idées, Alexis Deschênes estime que la manière dont les pêcheurs ont été traités est inhumaine.

Ça n’a juste pas d’allure de traiter les gens de cette façon-là. Alors, c’est notre travail de venir les écouter, de les appuyer et de mettre de la pression parce que présentement, c’est très décevant, admet-il.

« Sérieusement, je suis scandalisé quand j'entends ce qui leur arrive. […] La ministre fédérale des Pêches est [insensible]. »

— Une citation de  Alexis Deschênes, candidat péquiste dans Bonaventure
Alexis Deschênes, qui envoie la main en direction de la caméra, est photographié aux côtés de Paul St-Pierre Plamondon.

Avant de prendre la parole dans le cadre d'un point de presse, le candidat péquiste Alexis Deschênes et son chef, Paul St-Pierre-Plamondon, ont fait une sortie en mer.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Il réitère que bon nombre de pêcheurs seront obligés d'obtenir de l'aide sociale si le statu quo demeure.

Ces gens-là, ils étaient prêts, ils avaient investi, ils avaient préparé leur saison de pêche. La moindre des choses pour le gouvernement, c’est d’abord de leur donner un soutien, un certain revenu. […] On ne peut pas laisser les gens comme ça en disant ‘’crevez, organisez-vous et nous on passe à autre chose’’, poursuit M. Deschênes.

Un moratoire déguisé?

Selon les élus, cette suspension de pêche du gouvernement fédéral a tout l'air d'un moratoire.

Une saison de maquereau et de hareng, ça se prépare depuis le mois de novembre et on a annoncé seulement le 30 mars dernier qu’il n’y aurait pas de pêche cette année, mais on ne sait pas non plus quand la pêche va reprendre. On ne parle pas d’un moratoire, mais ça ressemble à un moratoire déguisé, soutient Méganne Perry Mélançon.

La députée.

Méganne Perry Mélançon rappelle que la préparation à la pêche au hareng et au maquereau demande beaucoup de temps et d'argent (archives).

Photo : Radio-Canada / Perrine Bullant

Joël Arseneau abonde dans le même sens quant à l'interdiction de pêche.

On n’ose même pas parler d’un moratoire, mais d’une suspension, ce qui fait que ça dispense le gouvernement fédéral de prendre ses responsabilités par rapport à ces pêcheurs-là à qui on enlève le gagne-pain, avance-t-il.

« Je ne pensais pas qu’en 2022, on pouvait vivre une situation d’irresponsabilité fédérale à ce point dans le domaine des pêches. C’est comme si on n’existait pas en Gaspésie et je trouve ça absolument honteux. »

— Une citation de  Joël Arseneau, député péquiste des Îles-de-la-Madeleine

Jusqu'à maintenant, le MPO indique que la décision sera revue uniquement après la prochaine évaluation des stocks de maquereau et de hareng.

Avec les informations d'Isabelle Larose

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