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Voici comment cinq pays ont diminué la violence par arme à feu

L’Australie, qui a aboli toutes les armes ayant plus de deux munitions dans leur système de tir, a vu son taux d’homicides par balle chuter de 42 % sur une période de sept ans.

Un homme regarde dans la mire d'un fusil.

Le problème des armes à feu est aussi dans la mire de nombreux pays ailleurs dans le monde.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

La violence par arme à feu fait régulièrement les manchettes ces dernières semaines. Pour lutter contre ce problème grandissant, nos gouvernements peuvent s'inspirer d'autres pays qui ont instauré des mesures ayant donné des résultats probants. Voyage autour du monde avec un spécialiste de la question des armes à feu, Francis Langlois.

Mars 1996. Un homme fait irruption avec quatre armes de poing dans une école d'Écosse, au Royaume-Uni. Il assassine 16 enfants et leur institutrice. À peine un mois plus tard, c'est aussi l'horreur en Australie. Un tireur tue 35 personnes et fait 23 blessés dans le paisible petit village de Port Arthur, en Tasmanie.

Ces massacres ébranlent ces pays à tel point que des modifications importantes sont apportées à leurs lois sur les armes à feu. Londres et Canberra veulent désarmer partiellement leur population. La détention d'arme de poing est dans la plupart des cas interdite aux citoyens du Royaume-Uni, à l'exception de l'Irlande du Nord.

L’Australie a aussi grosso modo banni toutes les armes qui avaient plus que deux munitions dans le système de tir. Donc, à partir de ce moment-là, il n'y en a plus eu de tueries de masse; la même chose en Angleterre, sauf pour des attentats terroristes. Mais ça, c'est une autre chose, commente Francis Langlois, professeur d'histoire au Cégep de Trois-Rivières et spécialiste des armes à feu.

En Australie, 650 000 armes sont restituées à l'État peu après le massacre de Port Arthur. Le taux de suicide par arme à feu diminue de 57 % et le taux d'homicides par balle chute de 42 % au cours des sept années qui suivent la tuerie de 1996, selon des données du gouvernement australien.

De gens pleurent devant une croix.

Des gens pleurent les victimes de la tuerie de Port Arthur, lors du 10e anniversaire de cette tragédie qui a profondément bouleversé la société australienne.

Photo : Getty Images / Ian Waldie

Plus récemment, la Nouvelle-Zélande a également adopté des restrictions importantes sur les armes après les attentats de Christchurch commis par un tireur d'extrême droite qui a tué 50 personnes le 15 mars 2019. Six jours plus tard, la première ministre Jacinda Ardern annonçait l’interdiction des armes semi-automatiques et des fusils d’assaut dans le pays.

L'exemple d'Israël

Restreindre l'accès aux armes à feu sauve des vies, résume Francis Langlois.

C'est le cas d'Israël, qui a un taux d'homicide inférieur à celui du Canada : 1,5 par 100 000 habitants en 2019, par rapport à 1,95 pour le pays de Justin Trudeau en 2020. Ce petit pays du Moyen-Orient compte pourtant beaucoup d'armes en circulation en raison de sa situation géopolitique.

Avant d'émettre une licence de port d'arme à un citoyen, l'État demande de cocher « oui » à toute une série de conditions : âge minimal, examens prouvant la bonne santé physique et mentale, absence de casier judiciaire et possession d'une seule arme à la fois. La vente de chaque balle est aussi soigneusement enregistrée.

En Israël, une interdiction aux soldats d’emporter chez eux leurs armes de service pendant une longue permission est également en vigueur depuis 2006. Deux études militaires concluent que cette seule mesure a permis de diminuer le taux de suicide à entre 40 et 57 % par année dans l'armée.

« Il y a tout un protocole d'entreposage des armes. [...] [Les militaires] doivent déposer leurs armes. Elles sont accessibles en cas d’attaque. Mais si je suis dépressif, il va y avoir quelqu’un qui va demander : pourquoi tu veux ton gun? »

— Une citation de  Francis Langlois, spécialiste de la question des armes à feu

Des métropoles plus sécuritaires

Le spécialiste rappelle aussi que la médiatisation des récentes tueries de masse et la facilité déconcertante à se procurer des armes aux États-Unis font parfois oublier que certaines métropoles comme New York, Washington et Philadelphie sont nettement plus sécuritaires qu'elles l'étaient dans les années 90. À cette époque, il n'était pas rare que des balles perdues tuent de jeunes victimes innocentes dans Harlem ou le Bronx.

« Malgré ce qu'on dit, que tu sois à Montréal, Toronto, Philadelphie ou New York, on vit dans une société qui est plus sécuritaire que dans les années 90. Oui, il y a une augmentation des crimes par arme à feu depuis la pandémie, mais il faut garder ça en perspective. »

— Une citation de  Francis Langlois, spécialiste de la question des armes à feu
Une vue du pont de Brooklyn et New York la nuit

De nos jours, New York est plus sécuritaire la nuit par rapport aux années 90, davantage marquées par la violence.

Photo : afp via getty images / DON EMMERT

La prévention, la clé

Même s'il est facile de s'y procurer une arme à feu sur le marché noir, la Grosse Pomme est parvenue à faire diminuer d'environ quatre fois son nombre d'homicides en 25 ans en misant davantage sur la prévention avec plus de travailleurs sociaux, notamment.

Des événements ou programmes sont aussi organisés, comme des soupes populaires auxquelles participent des policiers afin d'établir des liens entre les autorités et les communautés, explique Francis Langlois.

[Les décideurs] se sont dits : "OK, c'est ici que les gens se rencontrent pour se tirer dessus? Eh bien, on va mettre des lumières ou on va créer un parc. Et on va organiser des conférences de presse quand il y a une fusillade avec [des victimes], des pasteurs locaux, des policiers... On va montrer qu'on ne se laissera pas intimider", raconte l'expert, qui est membre de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Plusieurs études démontrent que la violence est virale, explique M. Langlois, c'est-à-dire qu'un meurtre entraîne souvent une revanche et ainsi de suite.

« Que les criminels négocient entre eux, qu'ils fassent des mauvais deals, c'est une chose, mais évitez de tirer. Et si vous tirez, eh bien, tirez-vous entre vous, mais essayez de ne pas avoir de balles perdues. Il y a beaucoup de programmes pour aller rencontrer ces gens-là.  »

— Une citation de  Francis Langlois, spécialiste de la question des armes à feu
Francis Langlois porte des écouteurs, assis devant un micro.

Francis Langlois est professeur au Cégep de Trois-Rivières et chercheur associé à l'UQAM sur la question des armes à feu.

Photo : Radio-Canada / Laurent Boursier

Effet domino

Les efforts déployés dans les métropoles américaines ont provoqué un effet domino de conséquences positives, estime M. Langlois. De récentes études montrent notamment que les résultats scolaires des enfants ont augmenté ces dernières années dans les quartiers défavorisés de New York, autrefois minés par la violence.

Or, un taux de scolarité plus élevé contribue également à diminuer la criminalité. Il y a maintenant d'autres avenues pour ces jeunes plus éduqués que de suivre les pas de mauvaises personnes, souligne M. Langlois.

« Même s’ils n’avaient jamais vu d’armes, les jeunes étaient occupés à survivre dans la rue dans les années 90. Leurs parents les gardaient à la maison puisqu’ils craignaient une balle perdue. »

— Une citation de  Francis Langlois, spécialiste des enjeux liés aux armes à feu

Il faut détourner les gens qui vont se tourner vers la criminalité; c'est tuer le problème dans l'œuf. La violence par arme à feu est très virale. Elle entraîne la vengeance. Il faut donc défaire les conditions qui engendrent cette violence, mentionne le spécialiste.

Une femme parle en conférence de presse.

Geneviève Guilbault lors de l'annonce de la mise en place de la stratégie Centaure, à la fin septembre 2021

Photo : Radio-Canada / Charles Contant

Et la stratégie Centaure?

Francis Langlois voit par ailleurs d'un bon œil Centaure, cette stratégie déployée depuis le 1er octobre 2021 pour lutter efficacement contre la violence provoquée par les armes à feu au Québec. À condition, toutefois, que la répression à la criminalité soit également accompagnée d'une prévention efficace auprès des jeunes en situation de vulnérabilité.

Nous ne sommes pas les simples victimes ou témoins d’un phénomène qui se développe et auquel on ne peut rien faire. Au contraire, souligne le spécialiste. Les résultats de Centaure seront mesurables à moyen terme, prédit Francis Langlois : Idéalement, il faudrait que le gouvernement fédéral et les gouvernements voisins des autres provinces embarquent aussi.

Quelques données depuis le déploiement de Centaure

  • Plus de 200 millions de dollars investis dans le projet
  • 394 armes saisies, majoritairement des armes de poing
  • 426 arrestations
  • 97 enquêtes en cours
  • Les armes sur le marché noir au Québec se vendent entre 3000 et 8000 $ chacune. Elles sont majoritairement achetées aux États-Unis, pour un prix qui varie de 300 à 500 $.

Avec la collaboration de Tommy St-Yves

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