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Québec : destination de choix pour les itinérants

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Un itinérant sur un banc de parc. (archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Alexane Drolet

Des itinérants de tout le pays choisissent maintenant les rues de Québec comme refuge, selon des organismes communautaires de la région. Ils réclament des actions politiques pour freiner le phénomène.

Il est difficile d'avoir des statistiques précises sur l'itinérance, même pour ceux qui côtoient les plus vulnérables tous les jours. Par contre, les organismes sont unanimes : la ville de Québec accueille maintenant des itinérants provenant de tout le Canada et tous les paliers de gouvernement devraient être interpellés par ce phénomène.

Benoît Côté travaille depuis une trentaine d’années en intervention communautaire et santé mentale. Maintenant directeur du Programme d'encadrement clinique et d'hébergement (PECH), il sent un manque de volonté politique.

Ça manque atrocement d'innovation dans le secteur de l'itinérance. Il faudrait qu'il y ait une véritable volonté politique, affirme-t-il

Selon lui, les budgets attribués dans la lutte à l'itinérance devraient au minimum tripler pour être suffisants. Il y a des programmes au fédéral et au provincial, mais c'est nettement insuffisant pour arriver à l'objectif que s'est fixé le maire Marchand d'ici 2025 de mettre fin à l'itinérance à Québec, ajoute le directeur de PECH.

Une situation préoccupante, pour Bruno Marchand

Malgré le fait que l'itinérance concerne tous les ordres de gouvernement, le maire de Québec, Bruno Marchand, reconnaît que la Ville doit livrer des résultats.

La Ville de Québec doit être meilleure, le CIUSSS doit être meilleur, le ministère de la Santé et les organismes communautaires aussi. Nous devons tous être meilleurs, admet le maire.

Le directeur de PECH demande des actions politiques rapides. Nous pouvons combattre le phénomène de l'itinérance si on y met l'énergie, mais en ce moment, je ne le sens pas, ajoute M. Côté.

Le maire persiste et signe : la volonté est là, mais les résultats prendront quelque temps avant d'être concrets. Je comprends que des gens de l'extérieur n'ont pas vu encore les résultats et ils ont raison. Est-ce qu'on a les résultats que l'on devrait avoir en ce moment? La réponse, c'est non. Est-ce qu'on pose des gestes? Oui, affirme le maire Marchand.

Benoît Côté déplore la fermeture du Local dans le sous-sol de l'église Saint-Roch. Vendredi dernier, des centaines d'itinérants du quartier Saint-Roch ont perdu leur lieu d’accueil où ils étaient reçus sans condition.

Cette fermeture est triste, parce que c'est un maillon, un élément structurant dans la ville, confie M. Côté. Le maire de Québec tient à se faire rassurant malgré le fait qu'aucune solution concrète n'ait été suggérée par la Ville.

Le Local va renaître, il va y avoir un autre Local qui va répondre à des aspirations encore plus grandes, promet Bruno Marchand.

Le tourisme itinérance à Québec

Le directeur de PECH voit une augmentation d'un phénomène qu'il surnomme le tourisme d'itinérance.

Québec c'est assez attirant pour une personne qui voit qu'il y a le Festival d'été de Québec, de l'animation et des réseaux de services, affirme M. Côté. Ce dernier soutient que Québec a toujours été une ville populaire pour les personnes en situation d'itinérance pendant la période estivale. Mais cette année, l'engouement semble fulgurant, croit-il.

Cette tendance est extrêmement dangereuse, selon Benoît Côté, qui constate que le cycle de l'itinérance débute souvent de cette façon.

C'est un piège l'itinérance saisonnière. Les gens trouvent ça le fun, dit-il. Le directeur de PECH affirme que c'est plutôt les jeunes qui sont tentés par ce phénomène. Certains vont décider de vivre un trip qui mène, dans plusieurs cas, à l'itinérance à plus long terme, toujours selon M. Côté.

Souvent les jeunes se disent qu'ils vont aller dans les rues de Québec pendant l'été et ensuite se payer un appartement à l'automne, mais il n'y arrive pas. Ils commencent à consommer, ils deviennent "maganés" par la drogue et c'est comme ça que le cycle d'itinérance commence, ajoute-t-il.

Éric Boulay, le directeur général de Lauberivière.

Éric Boulay, le directeur général de Lauberivière, indique le nombre de nuitées, dans le centre, a augmenté de 67 % dans les dernières années. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Dominic Martel

Lauberivière : Québec trop attrayante?

Le directeur général de Lauberivière Éric Boulay ne veut pas montrer du doigt ses installations comme ce qui serait la raison de la hausse de l'itinérance à Québec. Plus les gens sont bien et plus on créer un lien de confiance et plus ça prend ce lien de confiance pour sortir les gens de la rue, affirme le directeur.

En près de cinq ans, il précise que le nombre de nuitées a augmenté de 67 %. On était à 24 000 couchers en 2017, et en 2021, c’est 42 000, d’après le directeur général.

Bien qu'il soit conscient de l'augmentation de l'itinérance dans la Capitale-Nationale et ailleurs, M. Boulay est outré lorsque quiconque fait un lien entre cette hausse et Lauberivière. Si c'est le cas, je dois faire quoi? Je vais enlever mes oreillers? Ils vont être moins bien? On va mettre des trous dans les murs? C'est un non-sens de penser ça, ajoute-t-il.

Lors du déménagement du centre d'hébergement, en mars 2021, le directeur était persuadé que Lauberivière deviendrait une référence en matière d’aide aux plus démunis. Malgré tout, il croit que l’itinérance a commencé à augmenter dès 2019, à Québec, donc avant le déménagement dans les nouveaux locaux.

En fait, la morale de cette histoire, c'est que le phénomène de l'itinérance prend de l'ampleur au Québec, et c'est assez phénoménal, conclut le directeur du refuge.

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