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Des projets de villégiature freinés par la Commission de protection du territoire agricole

L'accueil du Camping Rémigny, au Témiscamingue.

Une décision de la Commission de protection du territoire agricole du Québec empêche le Camping Rémigny de procéder à un agrandissement.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Des projets de villégiature en milieu rural sont freinés par la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) en Abitibi-Témiscamingue.

Bien que soutenus par les municipalités et MRC concernées, les projets d’agrandissement du Camping Rémigny et de construction de chalets de villégiature sur l’île Nepawa ont tour à tour essuyé des refus dans des décisions rendues par la CPTAQ ces derniers mois.

Camping Rémigny

Au Témiscamingue, les propriétaires du Camping Rémigny, Annie Leclerc et Yanick Vachon, ont dû se résoudre à mettre sur la glace leur projet d’agrandissement en raison d’une décision de la Commission.

N’ayant que peu d’espace afin d’agrandir leur terrain de camping à l’intérieur de leur propriété actuelle, ceux-ci désirent acheter à la municipalité de Rémigny trois lots contigus à leur terrain.

Une carte de zonage sur laquelle se trouve le Camping Rémigny.

En vert se trouve la propriété actuelle du Camping Rémigny. Les lots concernés par la demande à la CPTAQ sont représentés en jaune.

Photo : Ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles du Québec

Comme ces lots se trouvent en zone agricole, une demande doit être faite à la Commission de protection du territoire agricole du Québec afin qu’y soient permises des activités autres qu’agricoles.

Dans la décision de la CPTAQ, on peut lire que la municipalité de Rémigny, la MRC de Témiscamingue et même l’Union des producteurs agricoles de l’Abitibi-Témiscamingue se sont montrées en faveur du projet.

Dans son argumentaire visant à appuyer la demande, la municipalité de Rémigny stipule qu’il n’y a pas vraiment de terrains "zonés blanc" disponibles à proximité pour une telle expansion.

Pour sa part, la MRC de Témiscamingue rappelle qu’avec un indice de -3,85, Rémigny est une municipalité dévitalisée dans laquelle l’économie doit être diversifiée et les installations touristiques améliorées.

Un chemin en forêt

Deux des lots visés pour l'agrandissement se situent de part et d’autre du chemin du Camping et sont couverts d'arbres.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Enfin, l’UPA d’Abitibi-Témiscamingue choisit de ne pas s’opposer au projet, étant donné que le secteur visé par la demande est peu dynamique et que le développement de l’agriculture dans la parcelle visée semble peu probable. Les lots en question sont essentiellement recouverts de forêt.

Malgré ces différents appuis des instances locales, la CPTAQ refuse la demande, mentionnant notamment que les parcelles visées ne représentent pas le site de moindre impact et qu’elle ne peut se résoudre à anéantir les possibilités d’utiliser les lots visés à des fins agricoles.

Chez les propriétaires du camping, la déception est palpable.

C’est quand même une grosse déception parce qu’on avait des beaux projets, on voulait rendre ça plus touristique, on voulait aussi agrandir plus près du centre de notre camping, donc c’est très dommage, affirme Annie Leclerc, qui a acheté le Camping Rémigny avec son conjoint au printemps 2021.

Annie Leclerc devant le bâtiment d'accueil du camping

Annie Leclerc est copropriétaire du Camping Rémigny.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

À ce moment, les démarches auprès de la CPTAQ avaient déjà été entamées par l’ancienne propriétaire.

Dans sa décision, la Commission argue qu’il reste des espaces sur la propriété actuelle du camping afin de procéder à l’agrandissement.

Mme Leclerc soutient cependant que la majorité de la superficie restante n’est pas propice à l’aménagement de terrains de camping.

C’est très rocailleux. Il y a une partie aussi que c’est de la swomp, donc c’est impossible de faire un agrandissement à cet endroit et sur le bord du lac, c’est très à pic, donc c’est quasi impossible, mentionne-t-elle.

Un espace accidenté dans un terrain de camping

Le terrain est accidenté à plusieurs endroits sur la propriété actuelle du Camping Rémigny.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Annie Leclerc indique que l’engouement est fort de la part des campeurs et se désole de ne pouvoir répondre à la demande.

On a des listes d’attente de gens qui aimeraient venir au Camping Rémigny, mais on ne peut pas les accueillir. Il faudrait vraiment faire des terrains, mais en les faisant loin, c’est peut-être quatre fois plus dispendieux. Ça aurait été un bel avantage pour nous d’avoir ces terrains-là, mais aussi pour le Témiscamingue. On a plein de beaux projets!, affirme Mme Leclerc.

Île Nepawa

À quelques kilomètres au sud-ouest de La Sarre, le propriétaire du verger de l’île Nepawa, Pierre Drapeau, a obtenu l’appui de la municipalité de Clerval et de la MRC d’Abitibi-Ouest pour son projet de construction de quatre résidences de villégiature sur un terrain lui appartenant.

Pour ce faire, la municipalité de Clerval a effectué une demande à la CPTAQ, au nom de Pierre Drapeau, afin que soit exclue de sa zone agricole une superficie de 2,89 hectares.

Il existe des terrains en zone blanche, non agricole, dans le secteur, mais ceux-ci appartiennent à des particuliers et ne sont pas à vendre.

Un pont couvert au-dessus d'un lac.

Le pont couvert menant à l'île Nepawa, à Clerval.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Conséquemment, la municipalité de Clerval se positionne afin que soit modifié le schéma d’aménagement et de développement de la MRC pour désigner une affection Villégiature de consolidation dans le secteur visé.

La MRC d’Abitibi-Ouest soutient le projet et s’engage à modifier son schéma d’aménagement en fonction de la décision prise par la CPTAQ.

Soulignant notamment le haut potentiel agricole de la superficie visée et la disponibilité de lots en zone blanche à l’est du pont de l’île Nepawa, l’Union des producteurs agricoles de l’Abitibi-Témiscamingue s’oppose au projet.

La CPTAQ est sans appel : la demande est refusée.

Un homme pose fièrement devant un pommier. Il tient dans sa main une pomme encore attachée à l'arbre.

Le propriétaire du verger de l'île Nepawa, Pierre Drapeau. (archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Pour Pierre Drapeau, qui souhaitait construire de petites habitations en bois, un peu comme au parc d’Aiguebelle, la déception est vive.

Le but, c’était de louer ces petites habitations-là, parce que j’ai beaucoup de touristes qui se disent toujours : "si on pouvait avoir un endroit où dormir, on pourrait venir travailler au verger." Ça aurait pu être très agréable dans ce sens-là, dit-il, en évoquant la pénurie de main-d'œuvre qui touche le secteur.

« Le problème qu’on a, c’est que c’est un processus qui est très long, présenter une demande à la Commission de protection du territoire agricole et la réponse est souvent non, peut-être à 99 % des cas. »

— Une citation de  Pierre Drapeau
Des pommiers poussent en rangée.

Des pommiers au verger de l'île Nepawa. (archives)

Photo : Radio-Canada / Mathieu Ouellette

M. Drapeau estime que les refus presque systématiques de la Commission nuisent à l’établissement d’une relève agricole dans les milieux ruraux dévitalisés.

Mes enfants auraient pu s’occuper de ça plus tard. On a trois grandes filles et il y en a qui aimeraient s’installer directement au verger. Elles n’ont même pas le droit de se bâtir chez nous pour nous aider. [...] Le dépanneur est fermé, la station de gaz est fermée, comment veux-tu attirer des gens en région? Je ne sais plus quoi penser et je ne sais plus quoi dire, se désole-t-il.

Il faut revoir l’application de la loi

Pour Claire Bolduc, préfète de la MRC de Témiscamingue, il est clair que la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles, adoptée en 1978, n’est plus adaptée à la réalité de 2022, particulièrement dans les régions éloignées.

Appliquer la loi avec la même intensité dans une région comme la Montérégie, et au Témiscamingue ou en Abitibi-Ouest, c’est illogique. La pression urbaine n’est pas la même, la pression pour l’agriculture n’est pas la même, la densité de population n’est pas la même et le modèle de développement des communautés n’est pas le même, souligne celle qui est agronome de profession.

Claire Bolduc pose devant deux oeuvres de l'artiste anichinabé Frank Polson.

La préfète de la MRC de Témiscamingue, Claire Bolduc.

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Mme Bolduc se désole que la vision, le travail et l’expertise des autorités municipales en ce qui a trait au développement du territoire ne soient pas pris en compte dans les décisions de la CPTAQ. Elle ne comprend pas qu’un projet qui obtient l’appui d’une municipalité, de la MRC et même de l’UPA puisse être ainsi contrecarré par des gens de l’extérieur de la région.

Les commissaires de la CPTAQ qui rendent le jugement n’ont pas les deux pieds sur le terrain au quotidien. Si vous regardez l’adresse des commissaires, regardez d’où ils sont, la majorité : Québec, Montréal et entre les deux, stipule-t-elle.

« Quand ils rendent une décision sur le territoire de l’Abitibi-Témiscamingue, est-ce qu’ils ont de la bouette sur leurs bottes? Est-ce qu’ils sont venus sur le terrain? Ont-ils visité et vécu dans les municipalités pour être capables de bien mesurer la portée de la décision qu’on attend d’eux? Non. La réponse, c’est non. »

— Une citation de  Claire Bolduc

Avec le dévoilement récent de la Politique nationale de l’architecture et de l’aménagement du territoire par le gouvernement du Québec, Mme Bolduc se dit optimiste de voir les choses s’améliorer.

Oui, je pense qu’on aura une meilleure écoute, qu’on aura un meilleur ascendant sur ce qui peut advenir dans notre territoire. On jugera l’arbre à ses fruits. On nous dit dans le discours de tous les partis politiques que le mur à mur n’a plus sa place dans la société québécoise. Il faut maintenant passer de la parole aux actes, conclut-elle.

L'Union des producteurs agricoles de l'Abitibi-Témiscamingue et la Commission de protection du territoire agricole du Québec ont refusé nos demandes d'entrevue dans le cadre de ce reportage.

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