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Un programme pour la traite des personnes dans les Premières Nations

AVERTISSEMENT : Cet article contient des détails qui pourraient choquer certains lecteurs.

Un portrait de trois personnes autour d'une table.

De gauche à droite : Joan Henhawk, Alex Martin and Jami-Lee Baxter.

Photo : Radio-Canada / Saira Peesker/CBC

Radio-Canada

Robin Antone a connu des années difficiles lorsqu'il était plus jeune.

Originaire de la Première Nation Oneida on the Thames, il a grandi dans la ville voisine de London, en Ontario, passant par diverses familles et foyers d'accueil. Plus tard, sa consommation d’alcool et de drogue a eu un impact sur sa vie. Il ajoute que le désespoir causé par la dépendance l'a rendu vulnérable à la traite des personnes.

Seulement, il ne réalisait pas ce dont il s'agissait à l'époque.

Il y avait ces gars avec qui j'avais l'habitude d'entrer en contact [...] et ils me demandaient si je voulais faire de l'argent , a déclaré M. Antone, 49 ans, en entrevue à CBC. Un jour, je suis allé chez cet homme avec un de mes "amis" de l'époque - un soi-disant ami. Il m'a présenté à cet homme, m'a fait boire et [...] m'a proposé de l'argent pour accomplir un acte sexuel.

M. Antone a déclaré que le même ami l'a mis dans des situations similaires plusieurs fois.

Je ne me suis rendu compte que plus tard dans ma vie que ce type était en fait un trafiquant d'êtres humains, parce qu'il profitait financièrement de me présenter à ces différents hommes.

M. Antone a caché ces expériences parce qu'il avait honte, mais il dit que le fait d'en parler ouvertement maintenant fait partie de son parcours de guérison depuis 1996. Il espère que cela incitera d'autres personnes à demander de l'aide.

Aujourd'hui, M. Antone travaille au Ganohkwasra Family Assault Support Services [Services d’aide aux familles victimes d’agressions de Ganohkwasra, traduction libre] des Six Nations de la rivière Grand, près de Brantford, en Ontario.

Un portrait de Robin Antone.

Robin Antone affirme qu'il n'avait pas compris, au moment des faits, qu'il était victime de traite de personnes.

Photo : offerte par Robin Antone

Il dit que le débat public sur la traite des personnes, qui s'est intensifié ces dernières années, l'a aidé à réaliser qu'il avait été une victime. Il a ajouté que le fait de mettre d’associer des mots à ses sentiments a contribué à son rétablissement.

C'est responsabilisant car, pour moi, c'est une partie de mon parcours de guérison, une pièce manquante du casse-tête.

Des services culturellement adaptés

Aider les membres de la communauté à mieux reconnaître ce qui constitue la traite des êtres humains est un objectif majeur pour Jami-Lee Baxter, superviseure des programmes pour les enfants et les jeunes de Ganohkwasra.

Une partie de ce travail comprend un programme appelé Deyogwadawenye, qui signifie nous voyageons ensemble en cayuga. Son équipe travaille d'arrache-pied à l'éducation communautaire, à la prévention de la traite des êtres humains et à la mise en place de mesures de soutien pour les victimes.

La prévalence de la traite des êtres humains dans la communauté n'est pas claire en raison du manque de sensibilisation et de suivi, ce que l'équipe de Deyogwadawenye espère changer, dit-elle.

Souvent, les cas sont signalés comme des cas de violence domestique et non comme des cas de traite des êtres humains, a déclaré Mme Baxter, dont l'équipe a reçu l'an dernier une subvention de 246 165 dollars du gouvernement de l'Ontario, dans le cadre d'une stratégie provinciale de lutte contre la traite des êtres humains qui prévoit l'augmentation des services culturellement adaptés aux communautés autochtones.

L'équipe a commencé son travail en avril 2021 et n'a jusqu'à présent identifié ou conseillé aucune victime, mais elle soutient un grand nombre de jeunes qui pourraient être à risque.

Selon Mme Baxter, l'éducation dans une perspective autochtone, ainsi que les soins et la thérapie adaptés à la culture, rendent le programme unique.

Les peuples autochtones ont été confrontés à la traite des êtres humains et à l'exploitation sexuelle dès l'arrivée des Européens. [...] Il y avait [...] du travail forcé dans les pensionnats également.

Selon le gouvernement de l'Ontario, la traite des personnes prend de multiples formes, notamment la traite sexuelle, la traite des travailleurs et le mariage forcé. [...] Elle peut inclure le recrutement, l'hébergement ou le contrôle des mouvements d'une personne en utilisant la force, la coercition physique ou psychologique ou la tromperie. Les trafiquants obligent souvent les victimes à faire un travail (par exemple, un travail domestique, physique et manuel) ou à accomplir des actes sexuels en échange d'un gain monétaire.

Dans les communautés autochtones les plus éloignées des grands centres, ou dans celles qui manquent de logements abordables ou accessibles, la traite des êtres humains peut consister à exiger des actes sexuels en échange d'un hébergement ou d'un transport, a déclaré Alex Martin, un travailleur social de Deyogwadawenye chargé de la lutte contre la traite des êtres humains.

Du côté des Six Nations, a-t-il ajouté, la proximité des grandes autoroutes est également un facteur de risque, car elle permet un accès facile aux personnes de l'extérieur de la réserve.

L'équipe pense qu'une quantité importante de ces activités se déroule dans la communauté. En mars, trois hommes - un des Six Nations, un de Port Dover et un de Burford - ont été arrêtés à la suite d'une enquête sur la traite des personnes et accusés de communication dans le but d'obtenir des services sexuels et de recherche de services sexuels.

Certains ignorent être victimes

Certaines de ces personnes [...] ne savent peut-être pas qu'elles sont victimes de la traite [de personnes], a-t-il ajouté, précisant que le groupe prépare un module éducatif pour les écoles.

Parmi les signes, on peut citer le fait que le nouveau petit ami ou la nouvelle petite amie plus âgé d'un jeune essaie de l'isoler de ses amis ou de sa famille, ou qu'une personne porte de nouveaux vêtements ou d'autres biens de consommation qu'elle n'a pas achetés elle-même. Il est également important de surveiller les comptes de jeu des jeunes afin de détecter les utilisateurs qui offrent des cadeaux sur la plateforme, comme de la monnaie virtuelle à utiliser dans le jeu, a déclaré M. Martin.

C'est effrayant pour les jeunes, pas seulement sur les réserves, mais partout.

En discuter avec ses enfants

Joan Henhawk, l'autre intervenante jeunesse du programme, a déclaré que le fait de se renseigner sur la traite des êtres humains l'a aidée à ouvrir la discussion avec ses propres enfants et à les inciter à partager l'information avec leurs amis.

L’organisation Deyogwadawenye encourage les membres de la communauté à appeler Ganohkwasra ou à contacter la police s'ils soupçonnent un cas de traite.

Malheureusement, obtenir l'aide des policiers peut être compliqué, selon les intervenants. M. Antone dit qu'il les a appelés lorsqu'il pensait que quelqu'un de son entourage se faisait leurrer, mais que les policiers n'ont rien pu faire parce qu'il n'y avait aucune preuve de violation des lois.

Si vous avez des adolescents, vous êtes concernés. Si vous avez Internet à la maison, cela vous concerne.

Avec les informations de CBC

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