•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Une application pour prévenir les surdoses sera disponible partout en Alberta

Jusqu'ici, 440 usagers se sont inscrits auprès de l'application.

L'application DORS sur un téléphone cellulaire.

L'application DORS, un acronyme anglais pour «système numérique de réponse aux surdoses», est maintenant fonctionnelle partout en Alberta, selon la province.

Photo : CBC / Janet French

L’application mobile DORS, conçue pour avertir les services d’urgence lorsqu’une personne qui a consommé de la drogue perd connaissance, sera désormais fonctionnelle partout en Alberta ou presque, a annoncé le ministre associé à la Santé mentale et aux dépendances, Mike Ellis.

L’application a été développée par la Calgarienne Aware360. Le gouvernement provincial l'a testé à Calgary l’été dernier, pour ensuite étendre son utilisation à Edmonton, puis dans la zone sanitaire sud.

Désormais, elle est fonctionnelle « à la largeur de la province ». Le gouvernement précise qu'il travaille avec les Premières Nations et les établissements métis pour la rendre accessible pour les membres de leurs communautés.

Les usagers doivent l’activer avant de prendre une dose. Une alarme sonne ensuite à des intervalles de quelques minutes, s’ils ne la désactivent pas, ils recevront un appel. S’ils ne répondent pas, une ambulance sera envoyée à leur adresse.

Je l’ai utilisée [...] et j’ai beaucoup aimé cela [l’application], dit Ophelia Cara, une Calgarienne qui consomme des opioïdes et milite en faveur des services de réduction des risques.

La jeune femme, qui gère sa dépendance en consommant des opioïdes prescrits par petites doses, dit qu’elle préfère habituellement que quelqu’un soit présent ou au téléphone avec elle lorsqu’elle consomme.

Elle utilise souvent une autre application, NORS, qui permet aux usagers de parler au téléphone avec une autre personne ayant de l’expérience avec les drogues pendant qu'ils consomment, afin que cette dernière puisse appeler les secours en cas d’urgence.

Mais quand je n’ai pas envie de parler [...] j’utilise DORS. Comme ça, je peux quand même savoir que je suis en sécurité et que si quelque chose tourne mal, de l’aide va arriver. Ça me donne une autre couche de protection , explique Ophelia Cara.

Selon Mike Ellis, environ 70 % des personnes qui meurent d’une surdose étaient chez elles et seules.

La réalité de la dépendance, c’est que ça isole les gens. Et quand on utilise des opioïdes, cela peut être extrêmement dangereux, dit-il.

Le fonctionnement de DORS est similaire à celui de Lifeguard, une application lancée en Colombie-Britannique en 2020.

Peu de données sur l’efficacité de l’application

Une application mobile comme DORS n’est pas une mauvaise idée , selon la Dre Bonnie Larson, une médecin de famille spécialisée en dépendances à l’Université de Calgary.

Elle déplore toutefois le manque d’études et de données publiques sur son efficacité.

Je peux parler de DORS à mes patients, mais je ne peux pas leur dire si c’est une bonne solution pour eux ou non, car je ne sais pas si ça fonctionne.

Elle rappelle que l’idée d’une application de ce genre a été proposée il y a quelques années. Cette proposition incluait toutefois une approche clinique et des études sur l’efficacité et l’utilisation de cette mesure par la population.

Le gouvernement conservateur uni a annulé ce projet en 2020. Il a lancé DORS neuf mois plus tard.

C’est dommage parce qu’on en saurait beaucoup plus sur l’efficacité de ce type d’intervention dans notre contexte, en Alberta, si le projet original n’avait pas été annulé, croit la Dre Larson.

Les premières données sur DORS ont été partagées cette semaine par Mike Ellis. Près d’un an après son lancement, l’application a été téléchargée plus de 900 fois et compte quelque 440 usagers enregistrés.

Mike Ellis assure aussi que des ambulances ont été envoyées dans certains cas, mais n’a pas été en mesure de dire combien de fois.

La compagnie qui a développé l’application britanno-colombienne Lifeguard partage certaines de ces informations sur Internet.

Elle y a comptabilisé 46 vies sauvées grâce à ce programme depuis mars 2020. L’application comptait plus de 7800 usagers enregistrés en décembre. Elle a été téléchargée plus de 11 000 fois.

Le gouvernement albertain assure pour sa part qu’il collecte continuellement des données sur l’efficacité de l'application, incluant le nombre de sessions et d’interventions par les services paramédicaux.

Des sondages de satisfaction sont également imbriqués dans l’application.

La province a investi plus de 400 000 $ jusqu’à maintenant pour développer et implanter DORS. Les coûts d’exploitation seront déterminés au fur et à mesure que l’utilisation de l’application se répand.

120 Albertains morts en mars 2022

Après avoir atteint un nouveau record en novembre et décembre dernier, le nombre de morts par empoisonnement aux opioïdes a enfin commencé à montrer de premiers signes de ralentissement pendant les trois premiers mois de 2022.

Il y en a eu 120 en mars, en comparaison avec 122 pour ce même mois en 2021. Les zones sanitaires d’Edmonton et de Calgary en ont enregistré 40 chacune. La zone Nord en a enregistré 16, la zone Sud 14, et la zone Centre 10.

Je peux qu’espérer que nous allions vers une situation qui s’améliore, mais je pense qu’il est beaucoup trop tôt pour le dire, pense la Dre Larson.

Elle ajoute qu’une application mobile peut être bien utile, mais pas autant que des centres de consommation supervisée ou de l’approvisionnement sécuritaire.

S’ils avaient utilisé [l’argent qu’ils ont mis dans l’application] pour garder le centre de consommation supervisée de Boyle Street ouvert, ils auraient pu sauver des centaines de vies. On ne sait pas si DORS en a sauvé une seule, souligne-t-elle.

Ophelia Cara, même si elle croit en l’utilité des applications mobiles, croit aussi qu’elles ne peuvent même pas se comparer aux centres de consommation supervisée.

NORS et DORS sont fantastiques parce qu’on y a accès de partout, mais ils ne peuvent pas nous fournir des aiguilles, ni des seringues propres, dit-elle.

Il y a également des conseillers et du soutien beaucoup plus complet dans les centres de consommation supervisée.

Ophelia, qui raconte avoir fait plusieurs surdoses avant de commencer à fréquenter ces services, dit qu’elle n’a eu aucune complication médicale liée à sa consommation depuis un an et demi.

Même si le gouvernement albertain ne cache pas qu’il préfère mettre l’accent sur le traitement et la sortie de la dépendance, il a assuré à plusieurs reprises qu’il ne s'opposait pas complètement aux services de consommation supervisée.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !