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Immigration : Québec incapable de fournir des études sur sa capacité d’accueil

Le bureau du MIFI à Montréal.

Le ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration n'a pas pu fournir d'analyse ou d'étude portant spécifiquement sur la capacité d'accueil du Québec.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ces dernières semaines, le gouvernement Legault a répété que la capacité d’accueil du Québec est limitée à 50 000 immigrants par année. Or, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) n’est pas en mesure de fournir une seule étude qui soutient cette affirmation, a constaté Radio-Canada.

Les informations et le travail d’analyse du Ministère sur la capacité d’accueil et d’intégration du Québec ne sont pas recensés dans un seul document, confirme par courriel la porte-parole du MIFI, Émilie Vézina.

Le MIFI a envoyé deux documents à Radio-Canada, mais ni l’un ni l’autre n’est une étude sur la capacité d’accueil du Québec. Il s’agit du cahier de consultation qui a servi pour planifier les seuils d’immigration en 2019 et d’un portrait statistique de la même année.

Aucun de ces deux documents ne montre que le Québec est incapable d’accueillir plus de 50 000 immigrants par année, comme l'affirment le premier ministre François Legault et son ministre de l'Immigration, Jean Boulet.

Jean Boulet en mêlée de presse.

Jean Boulet, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration du Québec

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Malgré cela, Mme Vézina assure qu’un travail d’analyse est fait pour que les seuils d’immigration reflètent la capacité d’accueil de la province.

Plusieurs indicateurs sont utilisés, soutient le MIFI, comme l’écart entre le taux de chômage des personnes immigrantes et des personnes natives, l’accès au logement, l’offre de francisation et les services d’intégration en région.

Arbitraire

On ne sait pas c'est quoi vraiment, la capacité d'accueil, reconnaît Anne-Michèle Meggs, ex-directrice de la planification et de la reddition de compte au MIFI, retraitée depuis 2019. On ne sait pas si ça devrait être plus ou moins!

Selon Mme Meggs, le MIFI n'a pas toujours les données qu'il faut pour mesurer ce genre de choses et, surtout, il n'y a pas de consensus sur la capacité d'accueil.

Ainsi, lorsque le premier ministre Legault ou le ministre Boulet proclament que la capacité d’accueil du Québec est limitée à 50 000 personnes par année, c’est assez arbitraire, affirme l’ex-fonctionnaire.

« On n'a jamais pu faire un lien direct entre le marché du travail et le nombre exact de personnes qu'on devrait accueillir chaque année. »

— Une citation de  Anne-Michèle Meggs, ex-directrice de la planification et de la reddition de compte au MIFI
Anne-Michèle Meggs en entrevue vidéo.

Anne-Michèle Meggs, ex-directrice de la planification et de la reddition de compte au MIFI

Photo : Radio-Canada / Zoom / Capture d'écran

Mme Meggs rappelle par ailleurs que, lorsque le Québec se fixe une cible de 50 000 immigrants par année, il s’agit de nouveaux arrivants qui obtiennent leur résidence permanente et qui, bien souvent, sont déjà sur le sol québécois.

En incluant les immigrants temporaires, il y a donc beaucoup plus que 50 000 nouveaux arrivants par année au Québec, affirme Mme Meggs. Selon elle, ne pas connaître notre réelle capacité d’accueil pourrait devenir problématique.

Est-ce qu'on a regardé le lien entre le nombre de personnes qui arrivent de l'étranger, peu importe leur statut, et le taux d'occupation des logements par exemple, ou les espaces en CPE, ou les espaces dans les écoles?

Ce genre de choses-là, on ne les a pas regardées dans le passé, dit-elle.

Ils ne le justifient jamais!

C’est aussi le point de vue du démographe Marc Termote, qui a récemment produit un rapport pour le gouvernement sur l’immigration. Il faudrait qu’on s’entende sur ce qu’est la capacité d’accueil, explique le démographe.

Si la capacité d’accueil est pensée en termes humanitaires, elle n'est pas la même que si elle est pensée en termes économiques, illustre M. Termote. Il faut d’abord savoir de quoi on parle.

« Ça ne veut pas dire que [la capacité de] 50 000 n’a pas de sens, mais il faut le justifier et ils [les membres du gouvernement] ne le justifient jamais! »

— Une citation de  Marc Termote, démographe
Marc Termote, sur une photo officielle.

Marc Termote, professeur associé au Département de démographie de l'Université de Montréal

Photo : Marc Termote

Dans son propre rapport, M. Termote recommande au Québec d’accueillir 58 000 immigrants par année, notamment pour éviter un déclin démographique dans la province.

Le ministre de l’Immigration, Jean Boulet, avait d’abord qualifié cette proposition de raisonnable, avant de se rétracter quelques heures plus tard sur Twitter.

Je me suis mal exprimé et j'ai été mal compris [...] Notre capacité d'accueil et d'intégration est limitée à 50 000 immigrants, écrivait-il le 26 mai dernier.

Anne-Michèle Meggs croit qu’il est grand temps que le Québec tienne des états généraux ou un sommet sur l’immigration pour qu’on puisse chercher un consensus sur cette question.

L'idée qu'on ait un forum où on pourrait bien comprendre les complexités du système [...] et voir ce qui est le plus important à court, à moyen et à long terme du point de vue de nos besoins économiques, linguistiques et socioculturels au Québec, ce serait important à ce stade-ci.

Une consultation sur les seuils d’immigration aurait normalement dû avoir lieu cette année, mais le gouvernement a préféré la reporter en 2023, en raison des élections provinciales qui seront déclenchées à la fin de l’été.

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