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La tordeuse des bourgeons de l’épinette coûte cher à l’industrie forestière

Une tordeuse.

Une tordeuse au stade larvaire. L'insecte s'attaque principalement au sapin baumier, à l’épinette blanche et à l'épinette noire. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

L'épidémie de tordeuse des bourgeons de l'épinette (TBE) continue de se propager dans les forêts de l’Abitibi-Témiscamingue, et elle touche les affaires de l’industrie forestière.

La TBE est un insecte défoliateur qui infeste principalement le sapin baumier, l’épinette blanche et l'épinette noire.

Les entreprises forestières doivent couper les secteurs de forêt atteints par la tordeuse avant les autres secteurs, car elles doivent respecter les plans d'aménagement spéciaux (PAS) instaurés par la Direction de la gestion des forêts de l’Abitibi-Témiscamingue.

Quand on arrive pour récolter [le bois touché par la TBE], soit il casse sur le parterre de coupe ou en manipulation en bord de route, donc on a de la misère à ce qu’il se rende à l’usine. Et une fois rendu à l’usine, c’est sûr qu’un arbre affecté par la tordeuse n'a pas la même qualité, explique Geneviève Labrecque, cheffe forestière pour GreenFirst au Québec.

Les PAS visent à récupérer le bois atteint avant qu'il ne soit trop endommagé pour être transformé, mais ces directives entraînent des coûts importants.

Ce sont des opérations qui sont difficiles, onéreuses, pas faciles en termes de de récupération de bois, mais c’est une obligation qu’on a, de tous participer à récolter ce bois-là avant qu’il ne soit plus usinable, indique Alain Shink, représentant en approvisionnement forestier pour WestFraser à La Sarre.

« Il y a toutes sortes de données. On parle de 30 %, 35 %, 40 % de frais additionnels ou de pertes de récoltes. »

— Une citation de  Alain Shink, représentant en approvisionnement forestier pour WestFraser à La Sarre

Geneviève Labrecque souhaiterait que les PAS soient élaborés en considérant une gestion à long terme de la TBE.

Vous allez entendre plusieurs industriels dire qu'on est en réaction à l’infestation qui se déplace sur le territoire, alors que l’industrie, ce qu’on demande, c’est d’être plus en mode anticipation de l’épidémie, souligne-t-elle.

Plan aérien des coupes forestières.

Une forêt près du lac Roger, au Témiscamingue (archives)

Photo : Radio-Canada

Le gouvernement offre un crédit par mètre cube de bois récolté touché par la TBE. Par contre, il faut répondre à certains critères pour obtenir ce crédit.

Pour avoir droit à une aide financière, il faut qu’il y ait une certaine mortalité. Donc ce n’est pas le cas dans tous nos plans spéciaux en Abitibi, ils ne contiennent pas tous des aides financières, précise Nicolas Pouliot, chef de l'unité de gestion pour Rouyn-Noranda et lac Abitibi au MFFP.

Nicolas Pouliot est assis derrière son bureau.

Nicolas Pouliot, chef de l'unité de gestion de Rouyn-Noranda et du lac Abitibi au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (archives)

Photo : Radio-Canada / Piel Côté

Alain Chinke déplore que les crédits octroyés ne suffisent pas pour compenser les pertes financières lors des coupes dans les secteurs touchés par la TBE.

On a des craintes, on a peur que les entrepreneurs trouvent ça difficile. On compense, on absorbe une bonne partie des pertes parce qu’avec la pénurie de main-d’oeuvre, on ne veut pas perdre nos entrepreneurs, dit-il.

La TBE pose-t-elle des risques écologiques pour la forêt?

Selon le professeur en sylviculture et écologie forestière à l’UQAT Miguel Girona, il ne faudrait pas intervenir dans les secteurs touchés par la TBE, car elle fait partie de la dynamique naturelle des forêts.

Je propose de ne rien faire. L’épidémie fait partie des perturbations naturelles. Il faut qu’on commence à l’inclure dans le plan d’aménagement, affirme-t-il.

Une forêt de conifères décimée par la tordeuse des bourgeons de l'épinette.

Vue aérienne des dommages causés par la tordeuse des bourgeons de l'épinette (archives)

Photo : Christian Bélisle, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Le professeur Girona explique que la mort des conifères atteints par la TBE permet à d’autres essences de pousser, et la forêt devient plus diversifiée.

Le professeur adjoint au Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval Mathieu Bouchard indique que, généralement, les écosystèmes tolèrent bien la TBE et qu’après quelques années, les arbres morts repoussent.

« Là où ça vaut vraiment la peine d’aller récupérer, ce n’est pas tant pour maintenir la régénération forestière, ça va être beaucoup plus pour essayer de récupérer le bois avant qu’on ne soit plus capable de le transformer. »

— Une citation de  Mathieu Bouchard, professeur adjoint au Département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval

Les deux professeurs indiquent que la TBE joue un rôle écologique et que quelques années après une épidémie, s’il n’y a pas d’intervention externe, la forêt se régénère par elle-même.

Le chef de l'unité de gestion pour Rouyn-Noranda et lac Abitibi au MFFP, Nicolas Pouliot, souligne que l'objectif des PAS est d'éviter de futures épidémies.

Il y a un aspect écologique, il y a un aspect d’ajouter des essences [d’arbres], mais aussi économique pour le futur, pour avoir des essences qui vont résister [à la TBE], se rendre à maturité et qu’on puisse faire une récolte de plus grand volume dans le temps, affirme-t-il.

Les secteurs touchés par la TBE n’ont pas nécessairement atteint l’âge auquel on récolte habituellement les peuplements, alors dans ces cas, on doit devancer leur coupe.

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