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Au « bout du rouleau », des profs de francisation déplorent leurs conditions de travail

La francisation des immigrants est un enjeu primordial du gouvernement Legault.

Entrée du bureau du MIFI à Montréal.

Plus de 500 professeurs sont responsables de la francisation des immigrants pour le ministère de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Précarité », « climat de travail nocif », « manque de stabilité », « favoritisme », « stress continu » : les enseignants responsables de la francisation des immigrants au Québec ne mâchent pas leurs mots contre leur ministère.

On endure tout et on a peur de parler, car contrairement à d’autres professeurs, on est considérés comme des fonctionnaires de l’État, résume un enseignant, qui a plus d’une dizaine d’années d’expérience dans ce domaine.

Comme lui, plusieurs de ses collègues ayant témoigné auprès de Radio-Canada ont requis l’anonymat, par crainte de représailles professionnelles, pour déplorer leurs conditions de travail et leurs relations avec le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Legault, en 2018, des dizaines de millions de dollars ont été investis pour offrir des cours de francisation aux nouveaux arrivants. Un effort important salué par ces profs, qui réclament désormais une amélioration de leurs propres réalités.

« Le gouvernement offre des cours de français aux immigrants, leur donne des allocations, mais pour nous, rien ne bouge. »

— Une citation de  Un enseignant de francisation

Aux yeux du Syndicat des professeurs de l’État du Québec (SPEQ), le malaise est réel.

La francisation est devenue un enjeu extrêmement important [pour le gouvernement caquiste], avec la survie du français et l’intégration des immigrants, souligne Jean Vallières, le président du SPEQ.

Pourtant, assure-t-il, nos conditions de travail sont vraiment en arrière. Il y a vraiment un retard considérable et des professeurs vivent dans des conditions inacceptables.

Un statut précaire dénoncé

Selon les dernières données du SPEQ, seuls 70 des 539 professeurs de francisation du MIFI détiennent une permanence. Un statut précaire qui inquiète bon nombre de ces employés.

La durée d’une session de francisation est de 11 semaines. C’est la durée de notre contrat. Toutes les 11 semaines, on attend que le téléphone sonne. Il ne faut pas rater l’appel, soupire une enseignante, qui travaille depuis des années avec le MIFI.

Mais si j’en parle publiquement, on ne me donnera pas de contrat, croit-elle. C’est inhumain, lâche-t-elle. Tout ce qu’on veut, c’est un peu de stabilité. On ne veut pas travailler ailleurs.

Dans un récent courriel interne, après avoir répondu aux questions de Radio-Canada, le SPEQ a d’ailleurs rappelé à ses membres leur devoir de réserve et leur a demandé d’éviter d’échanger avec les journalistes.

« C’est une réalité, une aberration. Je suis fatiguée par les conditions que nous impose le MIFI. »

— Une citation de  Une enseignante de francisation

Malgré des compensations financières offertes par le MIFI, l’absence d’acquis sociaux s’avère révoltante, estime un collègue. On est au bout du rouleau.

Le jour où je m'absente, où je suis malade, je ne suis pas payé, relate-t-il.

« On se sent vraiment abandonnés de tous côtés. On trouve ça injuste et méprisant. »

— Une citation de  Un enseignant de francisation

Certes, on a une majoration salariale pour les vacances, par exemple, mais ça ne remplace pas une caisse de retraite. On n’a aucune garantie et les contrats peuvent cesser à tout moment, détaille un autre enseignant.

Des négociations en cours, selon le MIFI

Interpellé par Radio-Canada, le MIFI n’a pas voulu réagir, en invoquant des négociations en cours pour le renouvellement de la convention collective, qui est échue depuis 2020.

Une entrevue avec le sous-ministre Benoît Dagenais, responsable de la francisation, nous a aussi été refusée. Tous les efforts sont déployés par le gouvernement pour parvenir à un règlement, nous a-t-on simplement indiqué.

Selon la convention collective actuellement en vigueur et en fonction de leur expérience, ces professeurs de francisation peuvent toucher annuellement entre 41 000 $ et 84 500 $. Trop peu, avance le SPEQ, qui souhaite une équivalence salariale avec les enseignants du milieu collégial, mais aussi une revalorisation de leur métier.

Les profs de francisation ne font pas juste enseigner le français, ce sont des agents d’intégration, juge Jean Vallières. Ils doivent véhiculer les valeurs de notre société. Ils ont besoin de soutien et d'accompagnement. Ils ont un rôle fondamental, mais ils ne se sentent pas écoutés.

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