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Surdoses : la santé publique de Montréal demande elle aussi la déjudiciarisation

Plan rapproché de Mylène Drouin, assise.

La directrice régionale de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin, estime que cette mesure pourrait contribuer à prévenir les décès par surdoses (archives).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

La directrice régionale de santé publique de Montréal souhaite marcher dans les traces de Vancouver, qui bénéficiera d'une exemption du gouvernement fédéral pour décriminaliser, le temps d'un projet pilote de trois ans, la possession simple de certaines drogues sur son territoire.

En entrevue à Radio-Canada mercredi, la Dre Mylène Drouin a dit vouloir profiter de l'impulsion créée par cette annonce, la semaine dernière, pour réclamer, de nouveau, une déjudiciarisation de la possession simple de drogues sur le territoire montréalais, à tout le moins.

On veut remettre à l'agenda le dossier de la décriminalisation, mais surtout de la déjudiciarisation de la possession de drogue chez nos consommateurs, et ce, pour toutes les drogues, a-t-elle expliqué.

La directrice de santé publique estime que cette mesure pourrait s'ajouter à l'arsenal de son bureau afin de prévenir les décès par surdoses.

On a tout avantage à aller dans ce sens-là, parce qu’on le voit, la judiciarisation pour les consommateurs a des effets importants en termes d’accès aux services, de stigmatisation, de revenus, ç'a aussi des impacts sur leur travail, et parfois même sur leur famille.

On croit que ça pourrait permettre aux consommateurs de consommer dans des contextes beaucoup plus sécuritaires et d’éviter tous les préjudices associés à la judiciarisation.

La Dre Drouin voudrait donc pouvoir profiter d'une certaine ouverture d'esprit à Ottawa à ce sujet, et juge également qu’il y a une ouverture de la Ville de Montréal.

J'ai entendu qu'il y avait une ouverture [de la part d'Ottawa] à recevoir d'autres demandes, a indiqué la Dre Drouin, ajoutant que ses collègues de Toronto sont aussi sur le dossier.

La santé publique de Montréal souhaite la décriminalisation de la possession de drogues dures. Une démarche qui s'inspire de Vancouver qui vient d'obtenir une exemption du fédéral le temps d'un projet pilote. Un reportage de Kim Vermette.

Projet pilote en Colombie-Britannique

À compter du 31 janvier prochain, une personne de 18 ans et plus prise en possession d’une faible quantité de drogues illégales sur le territoire de la Colombie-Britannique ne sera pas arrêtée ni mise en accusation grâce à une exemption temporaire.

L'exemption s'appliquera pour une quantité cumulative maximale de 2,5 grammes d'opioïdes, de cocaïne, de méthamphétamine et de MDMA, pour une consommation personnelle.

Si la possession de petites quantités de certaines drogues est acceptée, leur trafic et leur production restent interdits par la loi.

L'exemption ne s’appliquera pas dans les écoles primaires et secondaires, les garderies, les transports en commun, les navires et les hélicoptères de la Garde côtière canadienne, ou encore les aéroports, puisque le transport au-delà des limites des frontières provinciales est également exclu.

Pour mettre ce projet pilote en place, la ministre fédérale de la Santé mentale et des Dépendances et ministre associée de la Santé, Carolyn Bennett, a invoqué l’article 56.1 de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, qui lui permet d’accorder une exemption de l’application de ladite loi.

L'exemption sera en vigueur en Colombie-Britannique jusqu'au 31 janvier 2026. À son échéance, l’exemption sera soit révoquée, soit remplacée par une autre.

Réactions favorables à Montréal

Le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, a indiqué qu’il voulait laisser la place à [la ministre] Carolyn Bennett, mais évidemment, il y aura des discussions entre une province, une ville et le fédéral [et] ça prend du temps.

Il a ajouté que la ministre Bennett voudrait voir ce qui se produit sur le terrain en Colombie-Britannique, mais on est ouvert à parler aux autres maires et mairesses et aux premiers ministres des provinces – je ne peux pas vous donner un échéancier.

L’idée de déjudiciarisation ou de décriminalisation de petites quantités de drogues dures a déjà fait son chemin chez de nombreux experts. C’est une avancée par rapport au statu quo, qui est une politique néfaste de manière générale, a mentionné le professeur agrégé de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal et spécialiste en toxicomanie, Jean-Sébastien Fallu.

Décriminaliser veut dire ne plus porter d’accusation criminelle, mais que fait-on ensuite? s’est interrogé M. Fallu. La décriminalisation qui n’est pas punitive et qui offre des services serait un pas dans la bonne direction, a-t-il assuré.

La déjudiciarisation et la décriminalisation de la possession de drogues pourraient, croit M. Fallu, réduire les peines criminelles, ce qui aurait un effet positif sur les personnes incarcérées et leur famille. Mais cela permettrait également de moins stigmatiser les utilisateurs de drogues et de les inciter à demander de l’aide.

M. Fallu est cependant conscient que l’objectif de la décriminalisation et de la déjudiciarisation n’est pas de diminuer la consommation, mais bien de garder les personnes en vie. Il faut donc une hiérarchisation des objectifs pour pallier les problèmes les plus pressants et urgents, comme maintenir les utilisateurs de drogues en vie, en santé et inclus dans la société.

Il a admis que la décriminalisation peut conduire à une banalisation de l’usage des drogues dures, mais il a rappelé que d’autres produits sont néfastes, comme l’alcool, et que le défi des autorités de santé publique est d’expliquer les risques associés à la consommation, a poursuivi M. Fallu.

À Montréal, la crise liée aux opioïdes n’est pas aussi grave qu’en Colombie-Britannique, mais le Québec n’est pas épargné, a affirmé la Dre Marie-Eve Morin, fondatrice du projet Caméléon à la clinique médicale La Licorne, en entrevue mercredi à l’émission Le 15-18 sur les ondes d’ICI Première.

La Dre Morin s’est dite étonnée que le projet pilote de déjudiciarisation des drogues dures se limite à la Colombie-Britannique. Ce devrait être dans tout le Canada, selon moi.

Elle a mentionné que, durant la pandémie, il y a eu deux fois plus de décès liés aux surdoses qu'à la COVID-19 à Vancouver et que sept ou huit décès par surdose y étaient recensés chaque jour durant cette période.

Selon la Dre Morin, la déjudiciarisation est essentielle pour aider les toxicomanes et les opiomanes. Ce n’est pas un crime d’être toxicomane, a-t-elle noté, et le fait d’avoir un dossier criminel n’est pas banal, c’est un boulet que les gens traînent.

La déjudiciarisation ne ferait pas augmenter la consommation de drogues dures, a estimé la Dre Morin. Au contraire, cette mesure permettrait aux personnes de se faire traiter et déstigmatiserait la maladie.

Ce ne sont pas seulement les gens dans la rue qui ont des problèmes de consommation, a ajouté la Dre Morin. Beaucoup de personnes incarcérées actuellement pour possession de drogue devraient [se trouver] dans des centres où ils pourraient traiter leur dépendance.

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