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La langue française tarde-t-elle à adopter l’écriture inclusive?

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Marie-Philippe Drouin en compagnie d'Alexys Guay, à la Fête arc-en-ciel de Québec 2021, iels assurent la présidence de l'organisme Divergenres.

Photo : Marie-Philippe Drouin

Des leaders communautaires rappellent l’importance d’une rédaction épicène afin de reconnaître la diversité de genres et la non-binarité.

Iels relèvent les défis liés à l'intégration d'une écriture inclusive dans la langue française.

*Radio-Canada a choisi de respecter le choix d'identité des individus dans ce texte et utilise donc le pronom neutre iel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre.

Marie-Philippe Drouin fait partie du duo qui préside Divergenres, un organisme de soutien aux personnes trans, binaires et non binaires.

Pour iel, l’importance de l’écriture inclusive réside dans les défis auxquels iel fait face en tant que personne non binaire : On est dans un univers hostile. La violence indirecte dans les journaux, des discours antitrans, les messages de haine sur les réseaux sociaux.

Son quotidien est marqué par un mélange pas doux du tout; entre invisibilité et microagressions, raconte-t-iel.

Des microagressions qui peuvent prendre des formes directes ou indirectes.

« Les gens ne savent pas que je suis non binaire [sans que je le leur dise]. On utilise les mauvais pronoms, les mauvais accords pour parler de moi. On me pose des questions intrusives. On me demande de faire le travail intellectuel et émotionnel d’expliquer mon existence. »

— Une citation de  Marie-Philippe Drouin, de la coprésidence administrative de Divergenres

Le français vers une écriture plus inclusive, lentement mais sûrement

Karim Achab est professeur de linguistique et de français langue seconde à l’Université d’Ottawa. Il estime que la langue française fait office de retardataire en ce qui concerne l’écriture inclusive si on la compare à des pays nordiques comme les pays scandinaves.

« Le Danemark, à titre d’exemple, a déjà incorporé un genre neutre dans la langue suite à un projet pilote fait sur des enfants depuis [la garderie] jusqu’à l'âge adulte. Maintenant, ces adultes-là ne se rendent même pas compte que c’était un projet piloté sur eux quand ils étaient petits, c'est-à-dire qu'ils l’ont incorporé [le genre neutre] de façon naturelle. »

— Une citation de  Karim Achab, professeur de linguistique et de français langue seconde à l’Université d’Ottawa

Selon lui, la culture populaire ou institutionnelle entrave ou ralentit l’incorporation de cette forme de rédaction dans la langue française. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt à accepter qu’on modifie la langue, dit-il.

Sur le plan institutionnel, l’Académie française est réfractaire aux changements vers une écriture inclusive normalisée, ajoute-t-il.

Même son de cloche du côté de Nikita Kamblé-Bagal, doctorante préparant une thèse sur l’écriture inclusive à l’Université d’Ottawa.

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Nikita Kamblé-Bagal est étudiante au doctorat sous la direction d'Anaïs Tatossian au Département de français à l'Université d'Ottawa. Elle s'intéresse à l'écriture inclusive parce que c'est un sujet d'actualité.

Photo : Nikita Kamblé-Bagal

Une des raisons pour lesquelles l’écriture inclusive prend du temps à devenir la norme est le refus du changement, selon elle. Beaucoup de personnes disent que l’écriture inclusive rend la langue illisible parce qu’on ajoute de nouveaux signes, de nouveaux mots, dit-elle. Des études concluent que l’écriture inclusive n’alourdit pas les textes.

Elle souligne que plusieurs nouveaux signes ont été ajoutés à la langue française, dont le dièse (le hashtag).

« La première occurrence d’un nouveau mot peut ralentir la lecture. C’est vrai, on n’a pas l’habitude de le lire, mais dès la deuxième occurrence, notre vitesse de lecture retourne à la normale. »

— Une citation de  Nikita Kamblé-Bagal, étudiante à l’Université d’Ottawa

Elle constate, toutefois, certaines avancées à l’échelle de l'Ontario et aussi du Québec. En Ontario, au niveau politique, je commence à remarquer de plus en plus d’inclusivité dans les textes que je lis [...] à l’université aussi, note la chercheuse.

De plus, pour assurer une égalité des représentations entre les hommes et les femmes, certains organismes choisissent d’incorporer la féminisation des mots, ce qui est une façon d’écrire plus inclusive.

C’est le cas de l’organisme Action positive. Nous utilisons le point médian (participant·e·s) comme le prescrit la règle. Pour ce qui est des pronoms et des accords, le choix relève plus des personnes, affirme par écrit le directeur général Michel Lussier.

Les mots épicènes, c’est-à-dire des mots dont la forme ne varie pas selon le genre, peuvent être utilisés de préférence. Par exemple : secrétaire ou personnel médical en lieu et place d’infirmier et infirmière.

À Divergenres, nous priorisons l'écriture épicène et lorsque ce n'est pas possible, nous utilisons un savant mélange de graphie tronqué (point ou point médian) et de néologismes non binaires, écrit Marie-Philippe Drouin, également responsable des communications de l’organisme.

Marie-Philippe Drouin se bat pour que la société reconnaisse la diversité des genres, notamment par l’écriture inclusive. Iel affirme qu'il s'agit d'un combat politique et que de plus en plus de gens s’intéressent à la question. On reçoit beaucoup de demandes pour la formation. De plus en plus d’intérêts, que ce soit pour des conférences, ou des panels, des linguistes et des traducteurs, raconte-t-iel.

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