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GES : Québec raterait sa cible de 2030, mais pourrait se reprendre d’ici 2050

À moins de « réinjecter de la vigueur dans sa stratégie », le gouvernement n’atteindra pas la carboneutralité d’ici 2050, selon un rapport.

Une autoroute bondée de véhicules.

Au Québec, 44 % des émissions de gaz à effet de serre sont attribuables au secteur des transports.

Photo : Getty Images / buzbuzzer

Radio-Canada

Le temps manque pour que Québec atteigne son objectif de réduction de gaz à effet de serre (GES) à l'horizon 2030. Le gouvernement devra fortement renforcer ses mesures pour s'y rapprocher, notamment en plafonnant le parc automobile et en réduisant l'utilisation du voiturage en solo.

Les mesures mises en place par Québec permettent certes une diminution progressive des émissions, mais elles demeurent largement insuffisantes pour espérer une réduction de 37,5 % sous le niveau de 1990 d'ici 2030, selon un rapport de l'Institut de l'énergie Trottier (IET) de Polytechnique Montréal.

Et même si le gouvernement décidait de donner plus de mordant aux actions déjà mises en place, il pourrait au mieux arriver à réduire ses émissions globales de 25 à 30 % d'ici huit ans, soit bien en deçà de sa cible.

« C'est devenu banal de ne pas respecter nos cibles. Il s'agit pourtant d'une obligation légale. Or, quelles sont les conséquences suite à nos ratés? »

— Une citation de  Normand Mousseau, directeur scientifique de l'IET de Polytechnique Montréal

Les mesures actuellement en place ne permettront pas non plus d'atteindre la carboneutralité d'ici 2050, mais il est encore possible de renverser cette tendance, selon les auteurs du rapport.

Depuis 2015, aucun des principaux secteurs économiques – le transport, l'industrie, le bâtiment, l'agriculture, les déchets, et l'électricité – ne présente une tendance structurelle à la baisse en matière d'émission de GES, notent les chercheurs.

Bien que plusieurs secteurs économiques aient diminué leurs émissions de GES depuis 1990, ces réductions se sont produites généralement sur de courtes périodes, et ont été suivies de plateaux ou d'augmentations [...] en particulier dans le secteur des transports, soulignent le chercheur Simon Langlois-Bertrand et le directeur scientifique du rapport, Normand Mousseau.

Décourager le recours au voiturage en solo

Selon les auteurs du rapport, la solution passe notamment par des mesures plus agressives pour diminuer le voiturage en solo et contrer l'augmentation constante du parc automobile de véhicules légers.

En croissance depuis plus de 30 ans, le secteur des transports est le plus grand émetteur de GES de la province. En 2019, il comptait pour 44 % des émissions de gaz à effet de serre. Sa contribution potentielle à l'objectif de réduction pour 2030 est toutefois très limitée, notamment parce que la quantité de véhicules sur les routes du Québec augmente deux fois plus vite que la population.

Les nouveaux véhicules immatriculés fonctionnent encore très majoritairement à l'essence, rappellent les chercheurs.

En date du printemps 2022, environ 140 000 véhicules électriques circulent au Québec. Or, si on souhaite empêcher la croissance du nombre de véhicules qui fonctionnent à l'essence ou au diesel, il faudrait vendre 100 000 véhicules électriques par année, soit cinq fois les ventes de 2021, selon l'Institut de l'énergie Trottier.

Le gouvernement doit dès lors accélérer le déploiement d'infrastructures visant le transport actif et améliorer la qualité des services du transport actif déjà existant.

Afin d'accélérer la transition, l'IET soutient qu'il faut introduire un bonus-malus visant à accentuer l'adoption des véhicules électriques et à décourager l'achat de véhicules fortement émetteurs. Un tel programme permettrait l'octroi d'un bonus à l'acheteur d'un véhicule neuf qui consomme moins que celui qu'il possédait avant. À l'inverse, un montant supplémentaire serait imposé à l'achat d'un gros véhicule énergivore.

Les auteurs du rapport soulignent également l'importance d'accélérer l'élimination des barrières réglementaires au déploiement des véhicules électriques, en facilitant par exemple l'installation de bornes électriques pour les résidents d'immeubles à logements.

M. Mousseau plaide en outre pour la mise en place rapide d'une feuille de route afin d'électrifier le transport lourd.

Le rapport met aussi de l'avant l'importance de déployer la politique de mobilité durable 2030 du gouvernement du Québec, largement ignorée depuis son adoption.

Selon cette politique, rappelle M. Mousseau, il faut offrir à plus de 80 % de la population quatre modes de transports différents, donc il faut qu'il y ait des systèmes de transports publics et l'accès à la mobilité active partout au Québec.

Fin aux subventions à l'utilisation de diesel en agriculture

Le plan de l'Institut de l'énergie Trottier indique qu'il faut également mettre fin aux subventions à l'utilisation des combustibles fossiles en soutenant plutôt la décarbonation du secteur.

Les subventions à l'utilisation de combustibles fossiles représentent plusieurs centaines de millions de dollars par année, selon Norman Mousseau, qui a souligné que ces subventions sont offertes sous forme de dégrèvements de taxe.

Par exemple, si je suis agriculteur, je n'aurai pas à payer toutes les taxes sur le diesel que j'utilise, ce qui constitue une barrière à la décarbonation et à l'utilisation de technologies moins polluantes, précise le chercheur.

Parmi la série de propositions énumérées dans leur rapport, on retrouve en outre l'interdiction dès l'an prochain du chauffage aux énergies fossiles pour les bâtiments neufs et pour les édifices déjà existants qui changent de source énergétique.

Les pays qui avancent vers l'atteinte de leurs objectifs climatiques, tels que le Royaume-Uni, la Suède et d'autres, ne s'appuient pas d'abord sur un mouvement citoyen puissant, mais sur une classe dirigeante qui a pris ses responsabilités, rappellent les chercheurs.

Avec les informations de La Presse canadienne

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